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Des tattoos contre les coups

Par Manon MASSET | Edition N°:5052 Le 23/06/2017 | Partager
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Ce travail est devenu une véritable mission pour la tatoueuse, qui aide ces femmes         à se réapproprier leur corps meurtri et à tourner la page (Ph. Vadim Braydov)

Entre psychologie et tatouage, Evguenia Zakhar, 33 ans, transforme gratuitement les cicatrices de victimes de violence conjugale en de véritables œuvres d’art dans son salon d’Oufa, en Russie.

ans un petit sous-sol, à l’angle de la principale avenue d’Oufa, capitale de la république russe du Bachkortostan, Evguenia s’applique à dessiner les contours de fleurs, le long de fines cicatrices. Face à elle, le bras étendu sur la table de travail, Dinara pince les lèvres de douleur, sans un mot. À 20 ans seulement, la jeune femme a connu le pire. Battue par son père dès sa naissance, puis par son mari, la jeune femme garde ces traces d'un passé douloureux sur tout son corps. Aujourd’hui, elle a quitté son compagnon et vit seule avec sa fille de 3 ans, Amelia. «En voyant mes cicatrices, ma fille s’est mise à se dessiner les mêmes traits sur les bras… J’ai honte, je ne le supporte pas», confie Dinara. Evguenia écoute attentivement, avant de lancer, la gorge serrée: «On va faire en sorte que tout cela ne reste qu’un mauvais souvenir».
Evguenia Zakhar, 33 ans, n’est pas une tatoueuse comme les autres. Tous les lundis, dans son salon d’Oufa, en Russie, elle camoufle et transforme gratuitement les cicatrices des femmes victimes de violence conjugale en de véritables œuvres d’art.
Inspirée par le travail de la tatoueuse brésilienne Flavia Carvalho, qui recouvre les cicatrices des femmes battues, la jeune femme originaire d’Oufa s’est lancée dans l’aventure en août 2016. Depuis, elle propose gratuitement ses services via le réseau social russe, Vkontakte.
En six mois, plus de 200 femmes sont passées entre ses mains expertes. Elle consacre tous ses lundis à ces clientes victimes d’un père, mari ou amant violents, devenant pour elles une véritable psychologue. «Au début, c’était pénible d’entendre tous ces récits, mais au fur et à mesure, j’ai appris à écouter. Aujourd’hui, je les incite même à partager une dernière fois leur histoire – avant de l’oublier à jamais, une fois le tatouage terminé», confie-t-elle.
Dans l’avenir, Evguenia souhaite parcourir la Russie à moto, avec son compagnon, afin d’offrir ses services à des femmes battues d’autres régions. Un projet qui n’est encore qu’un rêve: la jeune femme est à la recherche de sponsors pour le financer.
L’engagement de la tatoueuse est d’autant plus symbolique dans une Russie qui a récemment introduit une loi dépénalisant la violence domestique. Le texte a suscité de vives réactions au sein de la société, certains craignant que la nouvelle loi ne banalise le phénomène.
Chaque année, selon le ministère russe de l’intérieur, 26.000 enfants sont victimes de violences de la part de leurs parents, 36.000 femmes sont victimes de violences conjugales et 12.000 femmes décèdent sous les coups de leur conjoint, soit une femme toutes les 40 minutes. Dans le monde, près d’une femme sur trois est victime de violence domestique.

Manon MASSET

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