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Chronique

En marge d’un certain mois de juin 1967

Par Mohammed GERMOUNI | Edition N°:5050 Le 21/06/2017 | Partager

Mohammed Germouni a été successivement directeur dans une banque  nationale de développement, un ancien haut fonctionnaire  et professeur d’université. Son dernier ouvrage actuellement en librairie est intitulé «Le protectorat français au Maroc, un nouveau regard», publié chez L’Harmattan, Paris (Ph. MG)    

La paix dans le monde a de tout temps été défendue par quelques sages, tant sont fragiles et courtes ses manifestations, comme c’est le cas depuis la Deuxième Guerre mondiale, le camp de la guerre l’ayant souvent emporté ici et là pour des considérations et des raisons diverses. Faute de paix véritable, on s’est rabattu alors sur une expression diplomatique a priori dépourvue de sens, à savoir  la guerre froide.

Qualifiée ainsi de façon schématique pour caractériser une opposition systémique et parfois violente de deux camps irréductibles, celui des USA, se proclamant porte-parole de la liberté contre celui de l’URSS et du socialisme dictatorial, chacun cherchant à élargir sa zone d’influence  à travers le monde. Et ce, au sortir d’une longue guerre meurtrière qui a épargné peu de régions de la planète, entre 1938 et 1945, mais menée alors en commun contre le fascisme et le nazisme en Europe ainsi que leur allié japonais.

Vrais et faux voisins

Pour notre propos, au Proche-Orient, une des grandes poudrières s’il en est, la guerre n’a jamais arrêté ou presque, d’ailleurs toujours avec l’accord et l’intervention desdites grandes puissances. Depuis le partage de la Palestine en 1948 à l’initiative

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Guerre des 6 jours: Si une mention spéciale doit être faite de la guerre dite des «Six Jours», c’est parce qu’elle peut aider à mieux appréhender une bonne part des principales tragédies mondiales qui se sont succédé au cours des cinq dernières décennies (Ph. AFP)

de la Grande-Bretagne, jusqu’à la guerre actuellement en cours en Syrie et en Irak contre les islamistes, sans oublier la sanglante guerre Iran-Irak ou celle du Koweït ou du Yémen,  en passant par la brève mais traumatisante guerre israélo-arabe d’un certain mois de juin 1967 qui a marqué les esprits ainsi qu’une époque.

Au total, ce sont près d’une dizaine de conflits armés qui ont opposé successivement ou concomitamment vrais et faux voisins dans cette région, devenue encore plus sensible et stratégique en raison d’une forte concentration des importantes réserves mondiales en pétrole et gaz.

Si une mention spéciale doit être faite de la guerre dite des «Six Jours», c’est parce qu’elle peut aider à mieux appréhender une bonne part des principales tragédies mondiales qui se sont succédé au cours des cinq dernières décennies. Les récentes et graves révélations de la presse américaine, selon lesquelles les responsables israéliens n’avaient pas exclu l’hypothèse de l’usage de l’arme nucléaire en cas de défaite militaire en juin 1967, face aux armées arabes, éclairent ainsi d’un jour un rapport de forces en présence qui s’est même encore gravement détérioré au profit de l’Etat hébreu au cours du demi-siècle écoulé.

Connu en Israël des chroniqueurs militaires proches de l’armée depuis le début de ce nouveau siècle, ce scénario ayant porté le nom d’«Opération Samson», en référence  sans doute au fameux chef hébreux trahi par la belle Dalila selon la Bible, ne pouvait être dévoilé, paraît-il jusqu’ici, en raison de la censure militaire qui interdisait la divulgation d’un secret d’Etat, en particulier celui relatif au potentiel  nucléaire.

Se préparer à utiliser «l’arme ultime»

Tout avait commencé en mai 1967, lorsque la guerre serait devenue pratiquement inévitable entre Israël  et trois pays arabes voisins (Egypte, Syrie et Jordanie) réunis alors au sein d’un commandement militaire commun. Il paraîtrait que  contrairement à ce que certains avaient cru à l’époque, le Premier ministre travailliste, Levi Eshkol, son cabinet restreint et les militaires qui les entouraient ne voulaient pas de ce conflit, tant ils redoutaient une débâcle pouvant entraîner la disparition du «foyer national juif».

C’est ainsi que le même responsable aurait alors ordonné à l’armée israélienne de se préparer à utiliser «l’arme ultime», le nucléaire. A ce propos, et tel que cela vient d’être  divulgué récemment  par la presse internationale et autres documents désormais du domaine public, l’Etat hébreu ne disposait alors en tout et pour tout que de deux simples bombes A qui n’étaient pas encore miniaturisées pour être montées sur un avion chasseur-bombardier, ni être adaptée à une tête de missile.

50 ans plus tard...

Digne d’un grand roman d’espionnage, ladite «Opération»  prévoyait donc que des commandos triés sur le volet transporteraient l’une de ces bombes à bord d’hélicoptères  super Frelon de fabrication française. La bombe devait être déposée  par une

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Vue du premier bateau israélien qui passe le détroit de Tiran le 13 juin 1967 après la prise de Charm El Cheikh aux Egyptiens par les Israéliens lors de la guerre des Six Jours (Ph. AFP)

mission suicide et sans possibilité de fuite, au sommet d’une montagne du Sinaï, non loin d’une base militaire égyptienne, devant attendre l’ordre personnel du Premier ministre.

Selon le New York Times, qui a eu  accès aux mémoires déclassifiés du général de brigade Itzhak Yaakov, une des conditions qui avaient  été mises par Eshkol à l’utilisation de la bombe, était qu’elle ne devait l’être que si la guerre devait tourner au net désavantage d’Israël et que l’armée égyptienne parvienne à Ashdod, soit à quelque 25 kilomètres de Tel-Aviv.

Cinquante ans plus tard, nous savons que ladite guerre n’a duré que six jours, que les armées arabes engagées furent défaites à tous les niveaux, que des terres égyptiennes, syriennes et jordaniennes furent occupées depuis, que d’importantes populations palestiniennes furent réduites à l’exil, à la résistance, et qu’aucune résolution des Nations unies n’a été respectée  à ce jour par Israël.

Le récit et rappel de ces évènements auraient pu s’arrêter là, mais il s’avère que, selon le général défunt Yaakov, disparu il y a deux ans, après avoir dirigé le service nucléaire pendant des décennies et qui a failli être emprisonné pour divulgation de secret d’Etat, rapporte que Moshé Dayan, héros de la guerre des Six Jours et  ministre de la Guerre, craignant une débâcle lors de la guerre du Kippour en 1973, aurait demandé à Golda Meir, alors Première ministre, d’appliquer une version actualisée de «l’Opération Samson», en chargeant des bombes sur des chasseurs-bombardiers cette fois-ci.

Le sort des seules armes classiques fut encore favorable à l’armée israélienne et l’option nucléaire sera de nouveau abandonnée.

Opération Samson, Saison 3?

Le statut d’unique puissance nucléaire régionale de l’Etat hébreu étant un secret de Polichinelle. Serait-ce de la douce rêverie que d’espérer un Proche-Orient pacifié à terme, où toutes ses populations pourraient vivre en bon voisinage, sans une épée de Damoclès du genre d’un éventuel troisième épisode d’une «Opération Samson»?

 

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