Economie

Education nationale/Cour des comptes: L’école navigue à vue!

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5049 Le 20/06/2017 | Partager
Le manque de planification scolaire débouche sur une multitude d’anomalies
38% des élèves scolarisés dans des classes encombrées
La carte scolaire partagée entre déficit et excédent d’enseignants
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Les recrutements annuels d’enseignants sont loin de couvrir les besoins. Cette situation dure depuis des décennies. Malgré cela, de plus en plus de départs anticipés à la retraite sont autorisés. En 2016, le ministère en a permis  6.614 contre 956 en 2010

«La rentrée scolaire 2016-2017 est la pire de toutes», nous disaient les experts de l’éducation. Le déficit d’enseignants, en principe prévisible, a aggravé les sureffectifs des élèves en classes (jusqu’à 70). Certaines écoles ont même été obligées d’engager des bénévoles pour assurer les cours.

Des milliers d’enfants n’ont pas eu droit à une scolarité normale durant tout le premier semestre. Un scandale qui n’a fait réagir personne. Ni ministère, ni syndicats, si ce n’est quelques parents partis manifester devant les académies régionales. 11.000 enseignants contractuels ont été engagés in extremis pour sauver la situation.

La Cour des comptes, avec sa dernière enquête sur la gestion de la rentrée 2016-2017, vient confirmer ce constat, en pointant du doigt le manque patent de planification, donnant lieu à tout un ensemble de dysfonctionnements. Première anomalie relevée, les classes encombrées. 38% de la population scolarisée, estimée à plus de 5,9 millions d’élèves poursuivent leur scolarité dans des classes en sureffectif, c’est-à-dire, dépassant 40 élèves (21 en moyenne dans la zone OCDE).

Cela représente 49.696 salles de cours. Le cycle collégial est le plus encombré, avec un taux de 49%, contre 29% pour le lycée et 16% pour le primaire. Parallèlement, l’année 2016-2017 enregistre  81.581 classes allégées, avec un effectif inférieur à 24 élèves, notamment en milieu rural (78.916 au primaire).

La carte scolaire, pour sa part, enregistre la coexistence à la fois d’un déficit de 16.700 profs, tous cycles confondus, et d’un excédent de 14.055. «Il s’agit d’un calcul arithmétique tenant compte de l’horaire hebdomadaire réglementaire à effectuer par enseignant, le nombre d’heures par matière et le nombre de classes à prendre en charge», explique un spécialiste des questions éducatives.

Le manque d’enseignants concerne le milieu urbain à hauteur de 62%.  Casablanca-Settat, Fès-Meknès et Marrakech-Safi concentrent plus de 46% du déficit. Cette situation pousse les écoles à «entasser» les élèves dans les classes, à supprimer des séances de travaux pratiques, réduire l’horaire réservé à certaines matières, confier des cours à des profs non spécialisés ou pas suffisamment formés… cela se répercute automatiquement sur la qualité des enseignements.

L’exploitation des établissements scolaires, quant à elle, n’est pas optimale. 1.092 établissements ont, par exemple, fermé leurs portes (dont 933 écoles primaires). Par ailleurs, 16.262 salles, en bon état d’usage, ne sont pas utilisées pour l’enseignement.

Plus de la moitié (9.103) sont fermées et le reste (7.159) est utilisé à d’autres fins (archives, réunions…). Ce gâchis représente l’équivalent de 1.360 établissements d’une capacité d’accueil de 652.800 élèves. Le ministère ne maîtrise pas non plus les besoins en création, avec des écoles fermées à quelques années de leur création, faute d’élèves. 

La Cour des comptes revient, également, sur la qualité des infrastructures. A titre d’exemple, 9.365 salles sont délabrées, certains établissements ne sont pas raccordés aux  réseaux d’assainissement, d’eau et d’électricité, ni équipés en blocs sanitaires et ne disposent pas de suffisamment d’espaces dédiés à la récréation.

«Ces insuffisances sont dues, principalement, à la non-maîtrise du processus de planification et de gestion des déterminants de la rentrée scolaire. A savoir, les élèves, les enseignants, les infrastructures et l’appui social», fustige la Cour des comptes. 

Le ministère ne dispose pas de système d’information intégré et fiable. Il ne possède pas, non plus, de document retraçant sa vision prospective du développement du système éducatif, ni de carte prospective de la planification pluriannuelle. Les données de la carte scolaire, quant à elles, ne sont pas fiables. La planification scolaire s’en trouve affectée.

Au niveau de la scolarité, 40% des enseignants du lycée effectuent 14 heures de cours par semaine, au lieu des 21 heures réglementaires. Au collège, 42% enseignent 18 heures au lieu de 24. Cette dernière enquête de la Cour des comptes met le doigt sur un problème fondamental, celui de la rareté des compétences en management qui pèse sur tout le système.

Une gestion RH inefficiente

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Les Académies régionales (Aref)  n’ont pas la main sur leurs ressources humaines, qui restent gérées au niveau central. Par exemple, les Aref n’ont pas leur mot à dire concernant les opérations de mobilité des enseignants. Au final, ces opérations ne font que répondre à la demande de mutation, sans aucune logique éducative derrière.   
Au ministère, les RH sont curieusement chapeautées par trois directions. En l’absence d’un système d’information fiable, la gestion est loin d’être optimale. L’évaluation des besoins en enseignants, par exemple, n’est pas vraiment maîtrisée. En 2016-2017, le besoin estimé en profs du collège est de 1.231 selon les prévisions de 2006, et de 5.011 selon celles de 2013, soit une différence de 307%.
Le personnel des Aref, pour sa part, continue d’exercer sans bénéficier d’un statut propre, même si cela est prévu par la loi 07-00 promulguée en mai 2000.

Tayssir: Les parents pas payés depuis 2 ans!

Les programmes de lutte contre l’abandon scolaire ont également été scrutés par la Cour des comptes. Les allocations du programme Tayssir (de 60 à 140 DH par élève selon le niveau scolaire), par exemple, n’ont pas été versées depuis la rentrée 2015-2016. Les fournitures scolaires, offertes dans le cadre de l’opération Un Million de cartables, pour leur part, sont distribuées avec un retard de 2 mois. Par ailleurs, 566 collèges ruraux ne sont pas dotés d’internats, alors qu’ils sont censés en être tous équipés. En outre, 212 internats affichent un taux d’occupation de 200%, avec des conditions d’accueil inappropriées, tandis que d’autres, au nombre de 246, fonctionnent avec un taux d’occupation ne dépassant pas 4%!  Enfin, 7.023 établissements ne comptent pas de cantines. Du coup, les repas sont servis dans des salles de cours, ou en plein air, à 457.000 élèves. La Cour des comptes pointe aussi du doigt la faiblesse des moyens alloués aux programmes sociaux. L’abandon scolaire, lui, demeure élevé. 218.141 élèves ont quitté l’école en 2016-2017, selon les données de Massar.

 

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