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Société

Hirak du Rif: «Arrêtons les affabulations autour du séparatisme»

Par Hamza TASSOULI | Edition N°:5047 Le 16/06/2017 | Partager
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Mohamed Neshnash, ex-président de l'OMDH et porte-parole de l'Initiative d'Al Hoceïma (Ph. L'Economiste)

- L'Economiste: Cette «initiative d'Al Hoceïma» joue-t-elle l'intermédiaire entre le hirak et les autorités de Rabat?
- Mohamed Neshnash:
Pas du tout. On n'est chargé dans cette mission par aucune des parties  que vous évoquez. C'est une initiative qui émane de présidents d'ONG, d'académiciens et d'intellectuels. Elle n'est dictée que par la conscience de ses animatrices et leur souci d'enquêter sur ce qui se passe à Al Hoceïma après la vague des arrestations. Nous avons jugé utile de nous rendre sur place pour écouter la vérité au lieu de se contenter d'informations colportées à longueur de journée sur les réseaux sociaux. Personne ne nous a obligés à le faire, mais si cette «mission» pourra jouer ce rôle, pourquoi pas?

- Qui avez-vous contacté?
- Le maximum de personnes qui pourraient éclairer notre lanterne: les autorités locales avec à leur tête le wali de la région Mohamed El Yaakoubi, qui entre nous, est en train de faire un travail formidable à son niveau pour trouver des solutions aux revendications du hirak. Mais il n'a plus d'interlocuteurs. Maintenant que les leaders du hirak sont en prison et que les arrestations touchent encore des centaines de personnes. Nous avons pris contact aussi avec les élus locaux, les parlementaires de la région, les familles des prisonniers, et les quelques jeunes encore dans le feu de l'action qui n'ont pas été arrêtés. Nous avons collecté le maximum de données et le compte-rendu de cette visite sera publié dans un rapport après la fin de cette mission qui n'est pas encore terminée car d'autres visites à Al Hoceïma sont encore prévues.

- Vous avez parlé de jeunes, quel âge ont-ils  et que font-ils dans la vie?
- La plupart sont des jeunes au chômage, âgés de moins de 26 ans. Certains sont encore mineurs. Plusieurs ont décroché leur bac mais sont matériellement dans l'impossibilité d'aller à l’université continuer leurs études dans une autre ville. Ce sont ces jeunes-là qui étaient le fer de lance des protestations, et ils ont raison car toutes les portes leur sont fermées.

- Quelles seraient vos premières conclusions de ces investigations?
- Il y en a plusieurs et nous allons les formuler sous forme de recommandations aux autorités après la fin de cette «mission».
La première de ces conclusions est que le hirak d'Al Hoceïma, qui a duré maintenant 7 mois, est, d'après notre enquête, un mouvement de protestation pacifique où jamais la violence n'a été utilisée, ni de la part des manifestants, ni de celle des autorités. Les rares fois où cette violence a été constatée est enregistrée ce vendredi 27 mai, après la sortie de Nasser Zefzafi de la mosquée et la tentative de son arrestation, ainsi qu'à Imzouren, à une vingtaine de km d'Al Hoceïma. Ce sont souvent les forces de l'ordre qui en ont été les victimes. Mais c'est le caractère pacifique qui l'a emporté. Je dirais même que c'est une leçon de civisme et de responsabilité que de manifester pendant 7 mois sans heurts violents avec les forces de l'ordre, qui n'ont jamais commis d'impair. La deuxième conclusion est le chômage qui sévit dans la ville et la région d'une façon générale: pas d'unités industrielles, pas d'agriculture... c'est le vide complet. Le pire est que les partis politiques dans cette région sont quasi-absents, et il n'y a pas d'instances qui pourraient jouer l'intermédiaire entre la population et les pouvoirs publics. Les élus locaux qui pourraient remonter l'information et jouer ce rôle d'intermédiaire jouissent d'une piètre réputation dans la ville. Et le gouvernement, qui devrait les écouter est lui aussi aux abonnés absents. Et c'est finalement l'approche sécuritaire qui a été, hélas, choisie.

-Vous avez vérifié le nombre d'arrestations?
-A part les personnes qui sont déjà en prison, nous avons constaté que les arrestations se comptent par centaines. Il nous semble inadmissible de continuer à traiter ce dossier avec une approche sécuritaire, cela ne pourra qu'envenimer davantage les relations entre la population locale et les autorités de Rabat. D'où la nécessité d'établir un climat de confiance entre les deux, un préalable nécessaire pour dépasser cette crise. La première de nos recommandations sera la libération des prisonniers arrêtés dans ce hirak, seules pourront être jugées les personnes ayant trempé dans des actes contre la loi, comme l'utilisation de la violence, contre lesquelles on retient des preuves irréfutables.

- Et ces informations sur le séparatisme de ce mouvement?
- Des affabulations. Ce mouvement de protestation n'a nullement, comme cela circule dans les réseaux sociaux ou de la part de quelques responsables, comme mobile, des manœuvres séparatistes. Que des drapeaux de la république du Rif ou amazighs aient été brandis par les manifestants, ce n'est pas une preuve de séparatisme, mais une affirmation de spécificités locales dont Rabat doit tenir compte.
Propos recueillis par Hamza TASSOULI

 

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