Tribune

Le capital immatériel du «vivre-ensemble» mis à l’épreuve

Par Anas BOUJIR | Edition N°:5040 Le 07/06/2017 | Partager

Anas Boujir est cadre financier dans l’administration marocaine. Il est diplômé en finances et services de gestion financière de l’Ecole supérieure de commerce de Troyes en France (Ph. Privée)

Riche de ses affluents culturels et carrefour des civilisations universelles, le Maroc s’est toujours posé comme terre d’accueil et de tolérance entre Marocains d’abord, mais aussi avec le reste du monde. Cette richesse nationale, reconnue historiquement, est un véritable capital immatériel et un avantage compétitif que des générations y sont contribuées rien que pour le consolider et le protéger.

Cette diversité culturelle, fruit de plusieurs siècles de gestation, frottements ethniques et même confrontations raciales, est le symbole vivant de notre identité nationale. C’est dans ce contexte que les Marocains ont appris à vivre ensemble avec des familles composées dans cette différence, et où leurs descendants bâtissaient des traits d’union culturels favorisant ainsi l’homogénéité sociale.

Bien entendu, la monarchie a travaillé à la préservation des conditions de cette unité. Elle s’est portée garante face aux tentatives multiples de porter tout préjudice à ce modèle sociétal unique, mais aussi, elle a veillé à rapprocher les multiples cultures et traditions dont jouit le Maroc et les exporter même à l’étranger.

Al Hoceïma, risque de communautarisme

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Jets de pierres sur les forces de l’ordre à Imzouren, le 3 juin 2017. Les diverses valeurs communautaires qui constituent le Maroc sont-elles menacées par les mouvements d’Al Hoceïma? (Ph. L’Economiste)

Les évènements d’Al Hoceïma, au-delà des tenants et aboutissants de leurs revendications, présentent un défi majeur à cet idéal marocain et à notre conception du vivre-ensemble qu’on a construit pendant des siècles. Ce besoin de faire entendre une préoccupation et de briguer des aspirations socioéconomiques est confronté naturellement à une inquiétude populaire légitime de basculer à la déstabilisation et l’instabilité, et cela est fait à la lumière d’un constat d’échec établi des «Printemps arabes» et le chaos qu’ils ont généré partout dans le monde arabe.

Cette inquiétude a donné lieu à un débat virtuel vif et intense, principalement sur les réseaux sociaux entre partisans et opposants de la démarche, ses menaces et les raisons de son existence. Si à ce stade d’analyse et des évènements, l’éventualité d’une dérive n’est pas engagée, le risque d’une fracture sociale et d’une escalade du communautarisme est sérieux. Cette effervescence menace d’accentuer les clivages ethniques, de radicaliser les communautés et d’ouvrir la brèche d’intrusion étrangère.

Le devoir de protéger notre vivre-ensemble, loin des considérations politiques et des lectures circonstancielles étroites, met toute une génération face à sa responsabilité historique de préserver, je le souligne, notre cohésion nationale. Dans l’histoire des peuples et des nations, les passages difficiles ont la vertu de cimenter le vivre-ensemble, redéfinir le projet sociétal et promouvoir l’idée de toute une nation, seule condition à retenir est de poser un cadre patriotique intransigeant face à l’ingérence extérieure et qui respecte les symboles, l’histoire et notre vivre-ensemble.

 

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