International

L’éducation financière, dès le plus jeune âge

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5031 Le 25/05/2017 | Partager
La famille puis l’école pour développer l’apprentissage par la pratique
Maîtrise des dépenses, identification des documents financiers…
Les jeunes doivent avoir accès à des services réglementés
chiara_monticone_031.jpg

Chiara Monticone est analyste de politiques publiques au sein de l’Unité d’éducation financière et de protection du consommateur de l’OCDE. Elle travaille sur différents aspects liés à la culture financière comme l’égalité hommes-femmes, les compétences financières des TPE/PME et l’enquête PISA sur les compétences financières des élèves. Auparavant, Monticone était chercheuse à l’Université de Turin (Italie) où elle a obtenu sa thèse en économie. Dans cet entretien, elle explique l’intérêt d’une meilleure maîtrise de la culture financière (Ph. OCDE)

- L’Economiste: Comment promouvoir la culture financière chez les jeunes élèves?
- Chiara Monticone:
Les connaissances dépendent d’abord du degré de compréhension des parents et de la famille, tant par les ressources auxquelles ils leur donnent accès que par leur implication directe. Plus d’un élève sur deux indique discuter de sujets financiers avec ses parents chaque semaine ou chaque mois. Dans 10 pays et économies, les élèves discutant de sujets financiers avec leurs parents obtiennent de meilleurs scores en culture financière que ceux n’en discutant jamais, même après contrôle de leur statut socio-économique. Mais, attention aux effets pervers. Si les parents ont des connaissances assez faibles, ils ne pourront pas transmettre grand-chose à leurs enfants. Les élèves peuvent aussi apprendre à travers leurs expériences personnelles avec l’argent en utilisant des produits financiers simples (compte bancaire, une carte prépayée…).

- Que comprennent-ils aux questions d’argent et au monde de la finance. N’est-ce pas un domaine purement «technique»?
- Cela peut paraître un domaine technique, mais les jeunes y accèdent à un âge précoce. Ce qui leur permet de faire le bon choix dans leurs études et d’acquérir des compétences pour devenir autonomes et construire leur avenir. En moyenne, dans les pays et économies de l’OCDE, 22% des élèves se situent au niveau 1 de compétence en culture financière ou en-deçà.
Ce pourcentage est supérieur à 20% au Brésil, au Chili, en Espagne, aux Etats-Unis, en Lituanie, au Pérou, en Pologne et en République slovaque. Ces élèves sont au mieux capables de reconnaître la différence entre ce qui relève d’un besoin ou d’un désir, de prendre des décisions simples à propos de dépenses quotidiennes et d’identifier l’objet de documents financiers courants, tels que des factures.
- Doivent-ils être avertis des risques?
- Même sous la supervision de leurs parents, il est important que les jeunes puissent avoir accès à des produits et services financiers sûrs et réglementés. Tout dépend du contexte de chaque pays notamment celui du Maroc. Les élèves doivent comprendre les risques associés aux différents produits et services, afin qu’ils puissent se familiariser avec le système financier en toute sécurité même avant d’être pleinement en droit de souscrire eux-mêmes des contrats financiers.

- Y a-t-il une corrélation entre les compétences financières et les autres matières?
- Evidemment. Il existe une forte corrélation entre la performance en culture financière et celle en mathématiques et en compréhension de l’écrit, même si une part significative des compétences mesurées dans cette évaluation est propre à la culture financière. Il faut aider les élèves à tirer le meilleur parti de leurs apprentissages dans les matières de l’enseignement obligatoire, qu’il est également possible de compléter par des contenus plus spécifiques à la culture financière. Celle-ci permet aux élèves de connaître leur droit et responsabilité. Ils peuvent reconnaître les messages frauduleux et être capables de lire et assimiler les premiers documents financiers (bulletins bancaires ou une fiche de paie…).

- De quelle manière peut-on susciter l’intérêt des élèves pour ce programme?
- La mondialisation et les technologies numériques ont généralisé l’accès aux services et produits financiers, tout en rendant leur gestion plus complexe. La responsabilité de l’investissement dans des études supérieures ou de la planification de la retraite incombe par ailleurs de plus en plus aux individus.
Les jeunes sont désormais plus susceptibles de rencontrer des situations où ils doivent définir leurs priorités de dépenses, avoir connaissance de nouveaux types de fraudes, savoir que certains articles qu’ils souhaitent acheter font l’objet de frais supplémentaires et se montrer vigilants face à certaines offres commerciales.

- Les pédagogies actuelles sont-elles efficaces pour une meilleure maîtrise de la culture financière?
- Différentes initiatives périscolaires peuvent accompagner les jeunes dans leur «apprentissage par la pratique», telles que des vidéos, des concours, des outils interactifs et des jeux sérieux, par le biais de plateformes numériques et/ou traditionnelles. Ces initiatives ne servent pas tant à diffuser des informations qu’à doter les jeunes de connaissances appliquées et à leur permettre de faire l’expérience de situations et de décisions financières en toute sécurité avant de les rencontrer dans la vie réelle. Il faut aussi commencer par un programme pilote de moindre envergure et élargir le programme selon l’expérience par pays.
Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY
 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc