Economie

Les vertigineuses disparités de la carte scolaire

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:5031 Le 25/05/2017 | Partager
Les 15 ans et plus ont passé en moyenne 5,6 ans sur les bancs de l’école
Dans certaines communes, la moyenne ne dépasse pas 1 an!
L’arrondissement d’Agdal Ryad à Rabat aussi bien loti que les pays développés
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Seulement 4 régions sur 12 enregistrent une moyenne d’années de scolarisation dépassant 6 ans. Celle de Laâyoune-Sakia El Hamra arrive en tête, avec une moyenne de 7,08 années. Marrakech-Safi, elle, se classe dernière, avec une moyenne de 4,76 ans

Le système d’enseignement marocain fait partie des plus inégalitaires au monde, avait relevé la Banque mondiale dans son dernier mémorandum économique choc sur le Maroc. La généralisation de la scolarisation (proche de 100% au primaire) ne s’est pas accompagnée d’une amélioration de la qualité, comme c’est le cas dans d’autres pays.

Mais plus dramatique encore, elle ne s’est pas accompagnée d’une réduction des inégalités. L’Atlas territorial des disparités en éducation, élaboré par le Conseil supérieur de l’éducation, et présenté hier mercredi à Rabat par son Instance nationale d’évaluation, vient confirmer ce constat. L’objectif de l’équité et de l’égalité des chances prôné par la vision 2015-2030 semble bien lointain.

Le nombre moyen d’années de scolarisation des 15 ans et plus est d’à peine 5,64 en 2014, selon le document. 76% des pays dans le monde dépassent cette moyenne. Chez les 15 meilleurs, elle dépasse 12 ans. Le Maroc fait partie des 24% les moins performants. Il se classe ainsi 136e sur 175 pays. «Cette moyenne n’atteint même pas les 6 ans prévus pour les études primaires», regrette la directrice de l’Instance, Rahma Bourqia. Ce mauvais classement peut s’expliquer par deux principaux facteurs: le poids de l’analphabétisme, et le retard dans l’extension de l’enseignement secondaire qualifiant et le supérieur.

L’Atlas appréhende les disparités et les inégalités en matière d’accès à l’éducation  sur 3 niveaux: la région, la province et la commune. En plus de la moyenne des années de scolarisation, les experts de l’Instance ont fondé leur approche sur l’estimation d’un deuxième indicateur, celui de l’indice de Gini, évaluant les inégalités territoriales d’accès à l’école. Plus il est proche de zéro, moins les inégalités sont fortes.

Les deux indicateurs ont permis de confirmer de manière claire les disparités qui existent entre les 12 régions du Maroc, et qui prennent de l’ampleur au sein même de la région ou la province. La région de Laâyoune-Sakia El Hamra est première du classement, avec une moyenne de 7,08 années de scolarisation, et un indice de Gini d’une valeur de 0,42. Vient ensuite la région de Casablanca-Settat (6,71 années), suivie de Rabat-Salé-Kénitra (6,35 années).

En dernière position, l’on retrouve Marrakech-Safi, avec la plus faible moyenne, soit  4,76 ans, et un indice de Gini de 0,58. Béni Mellal-Khénifra est avant-dernière, avec 4,85 ans et un indice de Gini de 0,57. Ces deux régions sont les seules où la moyenne d’années passées à l’école est inférieure à 5.

Par contre, celles de Laâyoune-Sakia El Hamra, d’Eddakhla-Oued Eddahab, de Casablanca-Settat et de Rabat-Salé-Kénitra affichent les niveaux d’inégalités les plus faibles et les moyennes de scolarisation les plus élevées (supérieures à 6 ans). Cependant, si l’on zoome de plus près, pour descendre au niveau des provinces et des communes, l’on se rend compte que les disparités se creusent au sein mêmes des régions.

Globalement, à peine 12% des communes enregistrent une moyenne de scolarité supérieure à 6 ans. Seules 7 d’entre elles possèdent un score variant entre 9,8 et 12,1 ans. A leur tête, l’arrondissement d’Agdal Ryad  à Rabat avec 12,15 ans, soit un niveau comparable à celui des pays développés.

Par contre, certaines communes possèdent une moyenne ne dépassant guère une année de scolarisation. C’est le cas, par exemple, de Tahelouante, Assais (Essaouira), Bouabout Amdlane (Chichaoua), Oulad Ali Mansour (Tétouan)… Les communes situées dans le monde rural (1.282 sur un total de 1.538) sont les plus pénalisées. 1.043 d’entre elles ne dépassent pas un niveau d’éducation de 4,1 années. Contrairement aux communes urbaines, dont 69%, soit 176, ont une moyenne dépassant 6 ans.

Enormes gaps entre communes

L’Atlas 2017, basé sur les données du dernier recensement 2014, relève l’effet du nouveau découpage régional, qui tend à réduire les disparités entre les régions en comparaison avec l’ancien découpage. Ainsi, l’écart entre la première et la dernière région dans l’ancien découpage est de l’ordre de 4 années de scolarité, alors que dans le nouveau, la différence passe à seulement 2 années. Les chiffres sont donc à prendre avec précaution. Et c’est en allant vers des territoires plus réduits que l’on se rend compte de l’ampleur des inégalités. Par exemple, l’écart entre la première et la dernière commune du classement atteint 11,66 années de scolarisation!

 

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