Competences & rh

Education: La parole donnée aux élèves

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5029 Le 23/05/2017 | Partager
Un conseil des élèves voit le jour à Sidi Bernoussi, une expérience inédite
45 lycées et 28 collèges y sont représentés
Les jeunes expriment leurs problèmes, proposent et gèrent des projets parascolaires
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Des jeunes à la personnalité bien affirmée, éloquents, professionnels, ont présenté les résultats de leurs enquêtes terrain, lors d’un débat qu’ils ont eux-mêmes organisé le 10 mai dernier. D’autres ont exposé leurs créations (Ph. Khalifa)

Le tiers des élèves qui quittent l’école le fait parce qu’il ne l’aime pas! (ONDH, 2014). Ces enfants et adolescents n’apprécient pas l’école car elle ne fait pas grand-chose pour les retenir. Elle ne leur offre pas un espace agréable, ne les passionne pas, ne libère pas toutes leurs potentialités. Au contraire, elle les pousse vers la porte de sortie.

Il est donc possible d’éviter un tiers des abandons scolaires en mettant simplement de la vie dans les établissements. C’est le pari qu’a pris la direction provinciale de l’Education nationale de Sidi Bernoussi à Casablanca, qui compte près de 200 établissements scolaires (public et privé).

La direction a d’abord décidé de donner la parole aux élèves. Une série de réunions a été organisée en 2014 entre le délégué provincial, Abdellatif Chaouki, et des groupes de lycéens. Principale revendication des jeunes: qu’on les écoute! Ce sont, en effet, généralement eux que l’on oublie d’écouter. La direction a ainsi décidé de créer un conseil provincial des élèves, formé de 22 membres représentant 22 lycées publics, ainsi que d’enseignants et de cadres administratifs.

Cette année, 28 collèges publics et 23 lycées privés se sont joints à l’initiative. Chaque élève, membre du conseil, dispose de sa propre équipe au sein de son établissement. Les jeunes peuvent ainsi avoir un accès direct à la direction provinciale, parler de leurs problèmes, faire part de leurs revendications et proposer des activités diverses (conférences, pièces de théâtre, chants, courts métrages, micro-trottoirs…). Les premières ont été sous forme de formations en faveur des élèves sur différentes thématiques, comme la citoyenneté, l’environnement, le développement personnel, la PNL,… offertes par des experts bénévoles. 

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«Nous tenons à ce que les élèves se sentent comme des partenaires essentiels et des acteurs à part entière. Grâce à cette approche collaborative, nous avons développé une confiance mutuelle», relève Amina Alahyane, l’une des cadres bénévoles de la direction, qui coordonne les activités des lycéens et collégiens et les assiste dans leurs différents projets.

En 2017, le conseil a été réparti en 5 zones: Sidi Bernoussi, Sidi Moumen, Anassi, Tacharouk et Al Azhar. Chapeautée par un coordonateur, enseignant ou directeur de collège, chaque zone a été chargée de réaliser une enquête sur un thème particulier, comme la violence et le harcèlement, la triche, l’absentéisme et les drogues. Les résultats ont été restitués lors d’une conférence-débat le 10 mai dernier, au complexe culturel Hassan Skalli. Les élèves ont aussi présenté leurs recommandations et livré des œuvres artistiques traduisant les sujets choisis.

«A l’issue de l’année scolaire, les jeunes se débarrassent de leurs idées noires, changent complètement d’avis sur l’école et se mobilisent même durant leurs vacances scolaires. Leurs résultats aussi s’améliorent», se réjouit Amina Alahyane. Les jeunes apprennent, par ailleurs, à gérer des projets, à travailler en équipe, à s’exprimer, à défendre leurs idées… tout ce que l’école ne leur apprend pas. 

L’initiative a également permis à la direction de découvrir et de célébrer des élèves brillants qui excellent dans différents domaines (voir article ci-contre). Mais aussi des enseignants passionnés, innovants, qui se donnent corps et âme pour leur métier. Ceux-là qui, souvent, faute d’encouragement et de reconnaissance, finissent par jeter l’éponge.

Réforme: Une histoire d’hommes et de femmes d’abord

Partie de rien, accompagnée au départ par seulement 4 profs et une poignée de cadres bénévoles, la direction provinciale de Sidi Bernoussi a pu redonner espoir à des centaines de collégiens et de lycéens, à leur faire aimer l’école et à forger leur personnalité. Elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Ses cadres continuent à explorer de nouvelles pistes et tentent de chercher des partenaires, afin d’offrir plus d’opportunités aux élèves, souvent issus de milieux difficiles.
Grâce au leadership et à l’engagement d’un délégué de l’Education nationale, la vie scolaire de dizaines d’établissements s’est nettement améliorée. La preuve que la réforme du système d’enseignement n’est pas vraiment une question de moyens, mais d’abord une histoire d’hommes et de femmes.

 

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