Régions

Settat: L’INRA veut réhabiliter les légumineuses

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:5024 Le 16/05/2017 | Partager
Lutter contre les insectes ravageurs
Opérations de prévention en amont
D’exportateur dans les années 70, le Maroc est aujourd’hui un simple importateur

Dans la région de Settat, principalement dans sa partie sud, la culture des légumineuses occupe une place prépondérante dans l’activité agricole. Les agriculteurs de cette région, généralement habitués aux cultures céréalières, n’en demeurent pas moins également adeptes de  la culture des fèves, pois chiches et autres lentilles.

Toutefois, il a été constaté que cet engouement s’est estompé au fil des années et les temps où le Maroc comptait parmi les premiers exportateurs mondiaux de légumineuses sont aujourd’hui bien loin. Dans les années 1960, plus d’un million de quintaux, principalement les lentilles et les pois chiches, étaient exportés.

Depuis, la situation s’est totalement inversée, due principalement aux fluctuations des niveaux de la production et des rendements. En effet, la moyenne de la production au début des années 1970 était de plus de 4,5 millions de quintaux. Cette production a chuté brutalement à près de 3,5 millions de quintaux durant la campagne agricole 2014-2015.

Aujourd’hui, le Maroc est désormais devenu importateur pour couvrir ses besoins en légumineuses alimentaires. C’est pour cette raison que les pouvoirs publics essaient, tant bien que mal, de relancer cette filière et d’inciter les agriculteurs à se réconcilier avec les cultures de légumineuses. Pour ce faire, des mesures incitatives et des moyens matériels et financiers ont été mis à leur disposition.

Et bien plus. En effet, le principal acteur dans la recherche agronomique est constamment mis à contribution. L’Institut national de la recherche agronomique (INRA) est ainsi sollicité, notamment en matière de préservation des récoltes et de lutte contre les maladies qui les infestent.
Dans la région de Settat, une équipe d’agronomes-chercheurs est à pied d’œuvre à cet effet. Selon Mohamed Boughlala, agronome-économiste à l’INRA de Settat et responsable de la coordination des actions de cette équipe, «l’objectif est de sensibiliser les fellahs de la région à l’importance des cultures de légumineuses tant au niveau de la sécurité alimentaire nationale qu’à celui des revenus». Il est établi que bon nombre d’agriculteurs ont délaissé ces cultures à cause, affirment-ils, de leur faible rentabilité et aussi des risques de maladies qui les guettent régulièrement.

L’équipe de l’INRA est mobilisée et multiplie les  rencontres avec les agriculteurs de la région. Récemment, elle s’est déplacée à Douar Lahyout (non loin de Settat) où elle mène des actions pour le développement des légumineuses alimentaires dans la région. Des cadres, des chercheurs et des associations agricoles locales ont pris part à cette manifestation. Leur mission, au-delà de l’échange d’idées et d’informations sur la situation des cultures de légumineuses et leur conduite, était de sensibiliser les fellahs aux méthodes à même d’atténuer la sévérité des maladies qui affectent les légumineuses, voire les éradiquer. Maladies qui sont, en effet, la  cause principale de la perte directe d’une bonne part des rendements. Et qui peuvent être évitées si on s’y prend à temps en privilégiant la prévention.

Selon Saadia Lhaloui, chercheuse en entomologie reconnue au niveau international, les risques de maladies affectant les cultures de légumineuses sont certes fréquents et présents à tous les stades de pousse, mais peuvent être précocement évités ou au moins en atténuer les effets sur les cultures. C’est donc une lutte intégrée et sans merci qu’il faut mener contre les plus dangereux insectes qui affectent les pois chiches, la fève et la féverole.

Pour la chercheuse, cette tâche commence par le choix de variétés résistantes à ces ravageurs, la lutte intégrée englobant une combinaison raisonnée de plusieurs moyens de lutte. Ce n’est qu’après que vient la pulvérisation chimique qui reste une façon simple et efficace pour anéantir les effets de ces ravageurs.

Pour sa part, Sanae Krimi Bencheqroune, jeune agronome-chercheuse spécialiste de la lutte contre les maladies cryptogamiques, indique que les principales maladies qui attaquent le pois chiche et la fève sont l’ascochytose du pois chiche, la rouille brune et la pourriture racinaire. Chez la fève, explique-t-elle, on enregistre la rouille brune qui préfère les conditions de brouillard pour se propager et qui peut affecter et condamner 80% de la production. Il y a aussi l’ascochytose de la fève qui ressemble à la rouille mais qui attaque à la fois les feuilles et les gousses et qui se propage via les semences.

Cette jeune agronome a également présenté aux agriculteurs les méthodes de lutte contre ces ravageurs. Elles se résument, selon elle, dans l’intérêt incontournable de pratique de la rotation et la calcination des restes des cultures contaminées, la lutte intégrée, la pulvérisation des produits chimiques et le bon choix des semences sélectionnées.

Pourquoi les légumineuses sont-elles importantes

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■ Contribuer à la sécurité alimentaire à tous les niveaux
Les légumineuses sont produites et largement consommées dans les pays en développement.

■ Haute valeur nutritionnelle
Les légumineuses constituent une source importante de protéines
végétales, d’acides aminés et d’autres nutriments. Elles contiennent davantage de protéines, souvent trois fois plus que le riz ou le manioc et les céréales de base. Elles regorgent également d’importants minéraux qui sont bons pour la santé dont le fer, le magnésium, le potassium, le phosphore et le zinc.

■ Effets bénéfiques importants sur la santé
Elles sont recommandées pour prévenir les maladies chroniques et l’obésité.

■ Favoriser la durabilité de l’agriculture et contribuer à atténuer les effets des changements climatiques
Actuellement, le monde perd ses sols 10 à 20 fois plus vite qu’ils ne se reconstituent, une tendance que les légumineuses peuvent compenser. Intégrer les légumineuses dans des techniques agricoles telles que les cultures intercalaires, les cultures de couverture et la rotation des cultures peut contribuer à restaurer la santé des sols. Selon la FAO, «les légumineuses sont les architectes de la santé des sols». Elles contiennent des bactéries spéciales en provenance du sol leur permettant de fixer l’azote de manière biologique, un procédé naturel qui coûterait autrement 10 milliards de dollars d’engrais synthétiques supplémentaires chaque année. Elles contribuent également au piégeage du carbone dans le sol et permettent une meilleure filtration des eaux (Source: FAO)

Année internationale

Les journées de sensibilisation font partie des activités du programme annuel du projet de l’Initiative maroco-indienne pour la réhabilitation des légumineuses alimentaires (IMFLI). Cet organisme mène de nombreuses actions en faveur des agriculteurs de la Chaouia, notamment pour le renforcement des cultures de légumineuses alimentaires dans la région. Il est à noter que ce programme coïncide avec la proclamation de 2016 comme étant l’Année internationale des légumineuses alimentaires lors de la 68e Assemblée générale des Nations unies. La valeur nutritionnelle des légumineuses dans une production vivrière durable fait de cette denrée un élément incontournable de la sécurité alimentaire dans le monde.

 

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