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Economie

Mémorandum de la Banque mondiale: Le Maroc doit changer de direction

Par Franck FAGNON | Edition N°:5024 Le 16/05/2017 | Partager
«Il ne peut pas se contenter de poursuivre ou d’approfondir les politiques sectorielles volontaristes actuelles»
Chômage, faible productivité de l’économie…il faut une thérapie choc
Les tacles de Miriem Bensalah-Chaqroun, la patronne des patrons
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Pour accélérer la convergence vers les économies avancées, le Maroc doit accroître l’effort d’accumulation du capital immatériel et prendre en compte l’économie politique du changement et des réformes, suggère la Banque mondiale qui vient de présenter ce lundi 15 mai à Rabat son mémorandum économique 2017 (Ph. Bziouat)

Le gouvernement n’a pas encore digéré la dernière publication de la Banque mondiale sur l’économie marocaine. C’est en partie le message qu’a porté Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales lors de la présentation du rapport choc. La Banque mondiale, en partenariat avec le groupe Eco-Médias, a exposé les principaux résultats et recommandations du mémorandum économique 2017, lundi 15 mai à Rabat.

Son évaluation ne fait pas l’unanimité et suscite des critiques. Le gouvernement est dans son rôle. «Nous pouvons être d’accord sur beaucoup de choses mais, relativiser d’autres. Le rapport a été élaboré selon la vision de la Banque mondiale et il ne peut avoir l’adhésion du Maroc, surtout sur le volet politique. Nous souhaitons que la Banque mondiale prenne de la distance par rapport à certains discours», commente le ministre.

Sur les choses sérieuses, comme lui-même le rappelle, le représentant du gouvernement est resté vague sur les mesures prévues pour attaquer les problèmes du chômage ou encore de la faible productivité de l’économie. Ce sont là les vrais challenges pour le Maroc en plus d’une réforme en profondeur du système éducatif. «Il faut une thérapie choc pour l’Education», insiste si besoin était Marie-Françoise Marie-Nelly, directrice pays de la Banque mondiale.

Dans le contexte régional, l’économie marocaine a fait preuve de résilience avec une croissance plus vigoureuse qu’ailleurs. Mais au regard de l’effort d’investissement qu’il consent, le Royaume est mal récompensé. En outre, le contenu en emplois de la croissance s’est détérioré. Ce qui donne aujourd’hui un taux de chômage élevé aux alentours de 9%. Il se situe à un niveau alarmant chez les jeunes.

«Une croissance forte et inclusive est à portée de main. Pour cela, un changement de paradigme économique est nécessaire. Le Maroc ne peut pas se contenter de poursuivre ou d’approfondir les politiques sectorielles volontaristes actuelles», tranche Marie-Nelly. Pour la Banque mondiale, le changement doit s’opérer à deux niveaux en particulier. Il faudra accroître l’effort pour accumuler le capital immatériel et prendre en compte l’économie politique du changement et des réformes.

«Les gains de productivité additionnels nécessaires pour que le Maroc accélère durablement sa croissance à hauteur de 5% l’an tout en préservant la stabilité macroéconomique ne seront pas uniquement le fruit de nouveaux investissements dans le capital physique, mais aussi celui d’efforts accrus pour accumuler davantage le capital immatériel», relève la directrice pays de la Banque mondiale.

Cela passe notamment par une refonte en profondeur du système  éducatif et de formation. Parmi les benchmark analysés dans le rapport, la Banque mondiale parle beaucoup de la Corée du Sud. L’idée n’est pas de reproduire le modèle coréen qui a aussi ses défauts. Mais, l’on peut en tirer des enseignements pour corriger nos faiblesses. Au même niveau dans les années 1960, la Corée du Sud et le Maroc ne jouent plus le même championnat, plus d’un demi-siècle plus tard.

Le PIB par tête en Corée représente dix fois celui de chaque Marocain. Ce n’est pas faute d’avoir investi massivement dans l’Education comme la Corée du Sud au moment de son décollage. «Nous avons raté le pari qualitatif», admet Daoudi, qui avait dirigé le département de l’Enseignement Supérieur dans l’ancien gouvernement. Ce constat d’échec a des effets pervers sur l’économie.

Les profils qui arrivent sur le marché ne correspondent pas toujours à la demande des entreprises. Dans le même temps, la difficulté des entreprises à s’adapter aux changements économiques, fait que les bons profils ne trouvent pas aussi leur place sur le marché du travail. «Les diplômés ont du mal à trouver un emploi parce que la transformation structurelle de l’économie est lente», relève Jean-Pierre Chauffour, économiste et auteur principal à la Banque mondiale.

                                                                                 

Verbatim

 

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■ Marie-Françoise Marie-Nelly, directrice pays de la Banque mondiale: «L’accumulation du capital physique est d’utilité limitée en l’absence de conditions économiques nécessaires pour que ce capital fonctionne efficacement pour améliorer les rendements».

 

 

■ Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM:

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- «Nous sommes face à un double défi. Créer de la croissance pour intégrer les jeunes et faire d’eux l’un de ses moteurs. Aujourd’hui, moins de la moitié des 25-35 ans participent à la création de richesse».
- «Nos entreprises paient chaque année 2 milliards de DH de taxe sur la formation professionnelle et, seulement 1.000 d’entre elles arrivent à former leurs salariés».
- «Les retards de paiement constituent un frein significatif au développement des entreprises. Le BTP, l’Immobilier et le Commerce sont les secteurs les plus affectés par ce mal alors qu’ils ont créé deux tiers des emplois sur les douze dernières années. Continueront-ils à recruter alors que certains n’arrivent pas à payer leurs salariés?».
-«L’informel, la contrebande et la sous-facturation représentent 22% du PIB. Nous appelons à une mobilisation responsable du gouvernement sur ce sujet. Pour le précédent, ce n’était pas apparu comme une priorité».

 

 

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■ Lahcen Daoudi, ministre des Affaires générales et de la gouvernance: «Tout le monde est conscient que l’informel est nuisible. Mais, il faut de la méthodologie pour aborder le sujet. Si vous le démantelez, vous allez gonfler le chômage».

 

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