Culture

Journées du patrimoine: Réconcilier les Casablancais avec leur ville

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5023 Le 15/05/2017 | Partager
Une édition qui rend hommage aux maîtres artisans
Des visites guidées dans les principaux sites et monuments de la ville
Une programmation culturelle intense
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La journée du vendredi est  entièrement réservée aux élèves des écoles publiques et privées qui apprennent à poser un autre regard sur leur ville (Ph. Académie)

La pluie aura finalement épargné, ce week-end, la ville de Casablanca qui célébrait son patrimoine. Malgré un ciel gris, ils étaient nombreux, jeudi dernier, à se presser dans le magnifique jardin de l’école supérieure des beaux-arts de la métropole pour l’ouverture de la 9e édition des journées du patrimoine, qui se sont clôturées dimanche.

Une édition qui a rendu hommage cette année aux «bâtisseurs de la ville»: qu’ils soient architectes, urbanistes, paysagistes, promoteurs… à édifier l’un des projets d’urbanisme les plus importants du XXe siècle. Un hommage particulier également aux maîtres artisans et autres maâlems qui ont participé à donner à la ville son cachet si particulier. Des artisans, venus des quatre coins du pays, mais également d’Espagne et d’Italie, qui, à l’image de la métropole, tout en maîtrisant leur savoir-faire millénaire, ont parfaitement su s’adapter à l’extrême modernité de la ville.

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La ville de Casablanca regorge de bâtiments exceptionnels qui, réhabilités, pourraient être un atout majeur pour le tourisme à l’instar de villes mondiales comme Miami qui mise sur l’architecture art déco pour attirer les touristes (Ph. Abo)

Car, si les spécialistes du monde entier l’attestent: Casablanca présente un exemple unique au monde d’une aussi riche concentration des différents styles architecturaux nés au XXe siècle, les Casablancais n’en sont pas tous conscients. Une indifférence face aux trésors architecturaux dont regorge cette cité, qu’ils soient néo-mauresques, art-déco, modernistes ou bauhaus, qui ont fait que la métropole a constitué un laboratoire à ciel ouvert des expériences urbaines et architecturales du siècle passé.

Un patrimoine qu’il est plus qu’urgent de préserver, réhabiliter tout en l’intégrant dans cette dynamique de restructuration et de développement de la ville, loin de toute approche muséale figée de la ville, mais bien dans la promotion d’une ville vivante tournée vers l’avenir, mais respectueuse de son histoire et de son patrimoine. C’est en substance le message adressé par Nabil Benabdallah, le ministre de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Politique de la ville lors de la cérémonie d’ouverture de la manifestation. «Une intégration qui ne se fera pas sans un partenariat durable entre la société civile, les autorités locales et régionale et le secteur privé», précisera-t-il.

Organisées par l’association Casamémoire, les journées du patrimoine sont devenues aujourd’hui «un véritable festival populaire, fait par des Casablancais pour les Casablancais», précise son président, Rachid Andaloussi. Comme chaque année, des visites guidées gratuites, encadrées par quelque 300 guides bénévoles formés par l’association, sont proposées autour de 5 circuits préétablis.

L’occasion pour les quelques milliers de visiteurs, Casablancais et touristes, qui ont répondu à l’appel de Casamémoire, de découvrir les trésors cachés de la wilaya, ses décors néo-mauresques et son escalier monumental, l’architecture majestueuse de Bank Al-Maghrib, les subtilités néo-andalouses de la Mahkama des Habous, les particularités de l’architecture industrielle ou tout simplement déambuler dans les rues de la médina avec ses remparts de 4 km renfermant de magnifiques façades percées de balcons, en écoutant le récit agrémenté d’anecdotes des guides médiateurs reconnaissables à leurs tee-shirts bleus estampillés «Volontaire du patrimoine».

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Une programmation culturelle très riche accompagne les journées du patrimoine. Pour cette 9e édition, plusieurs concerts ont eu lieu dont le maâlem gnaoui Hassan Boussoun en fusion rock ou encore des performances de danse hip hop par des jeunes artistes de l’association Initiative urbaine (Ph. Académie)

A la clé également une programmation culturelle intense et, des animations gratuites rendant hommage à des, lieux et places mythiques: exposition d’art contemporain, concerts, photographies, cirque, graffiti, littérature, tables rondes, danse, dessin, art culinaire, hip hop et bien d’autres disciplines. A titre d’exemple, le jardin de l’école supérieure des beaux-arts a abrité deux concerts.

Le premier en ouverture avec Nabila Maan qui a interprété son dernier album où elle revisite le répertoire andalou en version jazz, le second de Hassan Bassou. Le maître gnaoui a attiré près d’un millier de jeunes avec sa fusion gnaoua-rock. Le bâtiment de l’ex-église Buenaventura dans la médina a accueilli une exposition de photos de l’artiste Melita Vangelatos, le centre culturel de la médina a lui accueilli des atelier de peinture pour enfants dirigés par l’artiste Narjis Joubari et de tissage par l’artiste Soumya Jalal alors que des ateliers d’initiation à la pâtisserie traditionnelle, à la calligraphie, à la musique ont été organisés dans différents sites de la ville.

                                                                                

9 ans déjà

Progressivement, les journées du patrimoine de Casablanca sont devenues l’une des actions phares de Casamémoire en matière de sensibilisation. Petit récapitulatif d’un succès loin d’être annoncé: c’est en 1983 que l’Unesco lance le principe de l’ouverture au public des monuments et des sites historiques d’une ville. Au Maroc, cette manifestation est créée pour la première fois le 18 avril 2009 à l’initiative de Casamémoire, de la Villa des Arts (fondation ONA) et de l’Institut français. En collaboration avec le ministère de la Culture et le Conseil régional du tourisme, 10 sites ont été ouverts durant une journée.

A l’intérieur, une vingtaine de guides volontaires, formés par Casamémoire accueillaient le public. A la surprise des organisateurs, quelque 3.000 visiteurs ont parcouru, souvent pour la première fois, halls, galeries, jardins… écoutant avec une grande attention les explications des guides. Forte de ce succès, la 2e édition a étendu ses ambitions en programmant, sur deux journées, l’accès à 23 sites, mobilisant pour cela 60 volontaires. Un séminaire organisé par Casamémoire a rassemblé des experts internationaux venus débattre des potentialités économiques et touristiques offertes par le patrimoine casablancais.

Avec près de 10.000 visiteurs, les organisateurs sont alors confortés sur le bien-fondé de la manifestation. Aujourd’hui, les journées du patrimoine sont devenues un rendez-vous incontournable de la vie culturelle de la cité avec quelque 20.000 visiteurs et des manifestations culturelles. Une initiative qui a fait des émules puisque l’association Rabat-Salé mémoire vient d'organiser sa 3e édition des journées du patrimoine cette année.

 

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