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Economie

Michaëlle Jean: «Chaque langue est une chance de plus»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5021 Le 11/05/2017 | Partager
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Présente à la 17e AG de l’AUF, la secrétaire générale de la francophonie, Michaëlle Jean, est venue rencontrer les membres du gouvernement marocain pour pousser plus loin les secteurs de coopération (Ph. Mokhtari)

Gouverneure générale du Canada de 2005 à 2010, Michaëlle Jean a été désignée par consensus secrétaire générale de la francophonie en novembre 2014. Elle est la première femme nommée à ce poste. Depuis, elle tisse et resserre les liens entre les 84 Etats et gouvernements de l’espace francophone, déployés sur les 5 continents. L’Organisation internationale de la francophonie (OIF) a inscrit sur sa feuille de route, portée à plusieurs, une véritable stratégie économique. Entretien exclusif avec une femme de conviction à l’énergie communicative.

- L’Economiste: Lors de votre rencontre avec les membres du gouvernement marocain, quels sujets ont été abordés et quelles sont les attentes du Maroc vis-à-vis de la francophonie?
- Michaëlle Jean
: En qualité de secrétaire générale de la francophonie, il est très important de nous assurer d’un renforcement de la coopération avec tous nos pays. Je viens voir et évaluer ce que nous avons déjà entrepris, avec notamment le Royaume du Maroc, et comment nous pouvons pousser plus loin les secteurs de coopération. Consolider l’existant et engager de nouveaux projets concernant surtout la stratégie économique pour la francophonie. Je me souviens de la première fois où je suis venue dans le Royaume en 2006. Lors de notre séance de travail, Sa Majesté le Roi Mohammed VI m’avait décrit, avec beaucoup de dynamisme, tous les chantiers qu’il souhaitait engager. En y revenant 6 ans plus tard, tout était pratiquement fait. Clairement, le Maroc représente pour la francophonie un partenaire phare. Le pays connaît une pénétration très grande sur le continent africain et en est désormais l’un des principaux investisseurs. Ce déploiement de dispositifs est celui que nous menons dans 13 premiers pays africains, qui s’inscrivent comme des incubateurs pour les TPE et PME de l’industrie dans des filières ciblées. Un travail mené dans la plus grande vigueur en co-construction avec chaque pays. Ce que je trouve ici au Maroc est extrêmement performant. Notre désir sera de répliquer le modèle ailleurs.

«Le Maroc est un partenaire phare pour la francophonie»

- Le Maroc travaille aussi au rayonnement de la langue française...
- Le français est aussi la langue du Maroc. Je salue ce choix d’introduire dans ses programmes éducatifs l’enseignement des langues étrangères. Car chaque langue est une chance de plus. Concernant le rétablissement de l’enseignement en français, y compris des matières scientifiques, je trouve l’approche très réaliste, sans atténuer l’évaluation de certaines lacunes. Quand le Maroc dit que le français sera aussi une langue d’enseignement de domaines scientifiques, c’est un formidable signal envoyé. Dans de nombreux pays de l’espace francophone et dans des pays francophones, y compris la France, nous sommes en train d’imposer l’anglais sur ce terrain. Quelle belle façon de se tirer une balle dans le pied! Nous créons là un vrai déficit de contenus, d’idées, de matières et de réflexions, dans certaines matières en langue française en prenant pour prétexte ce rouleau compresseur de l’anglais. Nous sommes à plat ventre devant un diktat de marchés. Lorsque l’on nous dit que les publications ne peuvent se faire qu’en anglais, il ne faut pas oublier que c’est un marché, un fonds de commerce, qui parle.

«Notre travail est aussi d’agir sur les mentalités...»

- A quels défis l’OIF est actuellement confrontée?
- Avec un souci de concrétude et d’efficience, notre combat est celui du chômage chronique des jeunes, qui engendre les exodes massifs que nous connaissons. Il faut les armer de connaissances, de formations professionnelles et techniques en adéquation avec les besoins du marché du travail et leur permettre de développer l’entrepreneuriat. Avec les jeunes, notre priorité est aussi d’accompagner les femmes. Elles ne peuvent plus être cantonnées dans l’informel et avoir autant de mal à trouver des investissements pour pérenniser leurs entreprises et leurs initiatives économiques. Les femmes et les jeunes partagent cette même condition. Notre travail est aussi d’agir sur les mentalités, et notamment celles des institutions bancaires, qui trouvent risqué d’investir. A eux précisément, nous répondons que ne pas le faire fait courir un plus grand risque encore. Celui de freiner tous ces acteurs de changement et de prospérité. En agissant comme facilitateur et catalyseur, nous travaillons à bonifier l’offre sur des standards de qualité, à renforcer la compétitivité, pour déboucher sur certains marchés, qui existent déjà dans l’espace francophone. En résumé, à tout ce qui est essentiel pour renforcer des écosystèmes économiques et créer plus de circulations et de synergies.

- Impossible de ne pas vous demander votre sentiment sur le nouveau président français, Emmanuel Macron...
- Je suis confiante. J’ai suivi l’avènement de ce mouvement, porté par quelqu’un de volontaire, qui montre une audace et qui a envie de servir. Notre plus grande inquiétude était de voir émerger un gouvernement qui est à mille lieues de ce que nous défendons, c’est-à-dire une humanité commune et la solidarité. Je suis moi-même issue de l’immigration et rescapée de ces exodes forcés. Vous savez, aucun pays ne peut s’en sortir seul. Donc il m’a plu d’entendre ce président de la République française parler de francophonie comme nous aimons entendre en parler. Avec l’évidence que c’est une organisation incontournable et dans laquelle la France se doit de se réengager avec plus de vigueur.

Propos recueillis par Stéphanie JACOB

 

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