Economie

L’investissement industriel revient dans les radars

Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5018 Le 08/05/2017 | Partager
Des projets pour 43 milliards de DH portés par des Marocains
Volée de bois vert contre les experts de la Banque mondiale
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Sur un portefeuille de 67 milliards de DH, plus de 43 milliards seront investis dans l’industrie

L’industrie revient-elle dans le radar des investisseurs marocains? En tout cas, c’est l’intime conviction de Moulay Hafid Elalamy, ministre de l’Industrie et du Commerce, qui s’exprimait à l’issue de la réunion de la Commission des investissements, jeudi 4 mai. Le montant du portefeuille validé dépasse celui de l’investissement public du budget général 2017: 67 milliards de DH pour le financement de 51 projets.

61 milliards de DH seront investis par des nationaux, soit plus de 90%. Plusieurs secteurs sont concernés: industrie, énergies renouvelables, transport et infrastructures de transport. Les autres projets sont portés par des joint-ventures (9%). Ils concernent essentiellement les énergies renouvelables et le tourisme. Le ministre Elalamy s’est refusé le moindre détail sur le nom des investisseurs.

Toutefois, il ne manque pas de signaler que certains projets sont lourds ou innovants tels que l’impression en 3 D. Cette dernière ne nécessite que peu de ressources humaines, mais «elle va révolutionner, par exemple, les processus de fabrication industrielle».

Pourtant,  ce volume de projets (67 milliards de DH) ne devrait pas surprendre puisqu’il s’agit en fait d’un stock d’investissements. La Commission ne s’étant pas réunie depuis décembre 2015. Toujours est-il que le cru 2017 apporte du moulin à l’eau du plan d’accélération industrielle. Sur les 67 milliards de DH validés, plus de 43 milliards sont destinés à l’industrie. Soit 64,5% des investissements. A la clé, la création de 4.803 emplois sur un total de 6.477 postes. Le secteur du transport et des infrastructures occupe la deuxième position avec 13 milliards de DH, soit 19%, talonné par celui des énergies renouvelables, avec 9% des investissements. Le tourisme et les loisirs viennent en quatrième position (7%).

Les investissements validés se caractérisent par une meilleure répartition régionale. «Les ¾ des projets sont multilocalisés. Nous ne sommes plus dans cette logique où il y avait une polarisation sur certains territoires. Ce qui permet de diffuser les investissements par capillarité dans l’ensemble des régions», signale Othmane El Ferdaous, secrétaire d’Etat à l’investissement. Ainsi, la région du Casablanca-Settat, qui s’accaparait toujours la part du lion, devra se contenter cette fois-ci de 9% des investissements. Soit la deuxième position.

Les projets validés par la Commission ne doivent pas être confondus avec ceux réalisés dans le cadre du plan d’accélération industrielle et qui relèvent plutôt du Fonds de développement industriel. Le ministre tient à préciser que les investissements dans le cadre de la nouvelle stratégie industrielle nécessitent une plus grande réactivité. Par conséquent, les investissements dans le textile, l’automobile, l’aéronautique ne sont pas traités dans ce cadre.

La Commission qui est présidée par le chef du gouvernement statue sur tout projet à partir de 100 millions de DH. Une condition sine qua non pour bénéficier du pack d’avantages prévus: exonération douanière et fiscale, subvention pour les projets visant à créer 250 emplois, foncier, infrastructure (raccordement au réseau téléphonique, de distribution d’eau et d’électricité), la formation… Les projets annoncés devraient générer un coût fiscal de l’ordre de 8 milliards de DH.

Interrogé sur les garanties que les projets annoncés à coups de milliards de dirhams seront bien réalisés, Moulay Hafid Elalamy affirme que «les investissements qui ont été examinés par la Commission sont déjà engagés. Certains sont des extensions de projets en cours. De plus, les avantages ne sont accordés qu’après réalisation».

Aucune remontée d’information sur l’effectivité des projets annoncés par la Commission. Sur ce point, le ministre déclare que des commissions techniques et de préparation de suivi des projets d’investissements sont déployées au niveau régional. Elles sont composées de la wilaya, du CRI et des différents départements ministériels concernés. Elles ont pour mission de sélectionner en amont les projets avant d’arriver  à la Commission. D’ailleurs, deux projets ont été recalés. Sauf que le bilan chiffré des projets menés à terme n’est jamais publié. «Le taux de casse est aujourd’hui très faible car les critères de sélection ont été resserrés», rassure Elalamy.

■ Projet de charte d’investissement: Encore du chemin à parcourir
Le ministre de l’Industrie et du Commerce a annoncé, en juillet 2016, la refonte de la charte d’investissement. Outre l’exonération fiscale pour l’industrie, le nouveau cadre prévoit la création d’au moins une zone franche par région… Un long exposé a été consacré au projet de texte lors du Conseil de gouvernement du 4 mai car il constitue une «urgence». Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant de voir le bout du tunnel. Le gouvernement compte bientôt lancer les concertations avec la CGEM, l’Ordre des experts-comptables, le GPBM, différents départements ministériels…

■ IDE: «Le Maroc n’a plus besoin d’être vendu»
La baisse des IDE n’inquiète pas outre-mesure le ministre Moulay Hafid Elalamy. Pour lui, il ne faut pas comparer les années exceptionnelles, avec des investissements lourds (énergies renouvelables, LGV…), avec des années normales. «Le Maroc est dans une très belle perspective d’attractivité», signale-t-il. D’ailleurs, Ernst & Young vient de classer le Royaume comme meilleure destination africaine pour les IDE, pour une fois, devant l’Afrique du Sud. Un palmarès dont le ministre dit ne pas se contenter. «Il est temps que le Maroc joue dans une autre ligue», ironise-t-il. Quand un investisseur examine les avantages offerts par le Royaume, il le compare toujours avec l’Espagne ou la Roumanie. Ce sont ses vrais compétiteurs. Par conséquent, il doit les surpasser pour attirer les investisseurs.
Dans le secteur de l’automobile, par exemple, le Maroc, avec une capacité industrielle de 620.000 unités, fait partie des 20 premières destinations. L’objectif est de remonter à la 5e position. Mais pour y arriver, il faudra atteindre un potentiel de production d’un million de véhicules. Un objectif qui sera atteint avec l’entrée en service de l’usine PSA en 2019.
Le gouvernement doit tout de même rester vigilant quant à la décision de Donald Trump de baisser l’IS à 15%. Ce qui risque de rendre les Etats-Unis plus attractifs pour les investisseurs que bien des pays.

■ Elalamy: «La Banque mondiale a tort!»
Les conclusions du mémorandum de la Banque mondiale, publiées par L’Economiste à plusieurs reprises, sont contestées par le gouvernement. «Présentez-nous votre propre modèle qui aurait marché dans un pays et nous sommes prêts à l’adopter au Maroc», avait déclaré Moulay Hafid Elalamy aux auteurs du rapport.  Et d’ajouter: «Sur certains sujets, la Banque mondiale a tort et j’assume ce que je dis. Ils n’ont même pas lu nos rapports et osent critiquer notre système».

 

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