Politique

Dialogue social: El Othmani tente l’apaisement

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5013 Le 28/04/2017 | Partager
La tension persiste après les rencontres des syndicats avec le chef du gouvernement
Salaires, IR, retraite et code du travail, les centrales ne lâchent rien

Le gouvernement réussira-t-il à désamorcer la contestation qui couve dans les organisations syndicales? Le chef du gouvernement, Saâdeddine El Othmani, veut en finir avec le climat de tension qui caractérisait les relations entre le gouvernement et les syndicats lors de la précédente législature. Avant même son investiture et juste après la présentation du programme, le chef du gouvernement et son ministre de l’Emploi avaient tâté le pouls des centrales les plus représentatives.

Le communiqué publié par la Primature à l’issue des rencontres étalées sur deux jours, lundi 24 et mardi 25 avril, se voulait rassurant. «Les syndicats ont salué cette initiative et exprimé leur disposition à s’engager dans un dialogue positif et constructif», est-il souligné. Mais les syndicalistes restent néanmoins prudents. Ils ont qualifié l’initiative de rencontre  «protocolaire» et de réunion «de pure consultation», selon le vice-secrétaire général de l’Union marocaine du travail, Mohamed Zerouel.

De son côté, le dirigeant de la CDT confirme que la rencontre avec El Othmani a été l’occasion «d'une première prise de contact destinée à rappeler le cahier revendicatif des syndicats en cette période difficile». Selon d’autres sources, le chef du gouvernement aurait formulé des promesses et assurait les syndicats de la reprise du dialogue social après le 1er Mai.

Histoire de célébrer la fête loin des tensions qui ont caractérisé le mandat Benkirane ou prélude à une réelle volonté d’être à l’écoute des partenaires sociaux? En tout cas la seconde option a été solennellement soulignée par El Othmani dans sa réponse aux interventions des parlementaires sur le programme gouvernemental. «Aucune décision ne sera prise sans consultation des secteurs concernés y compris les partenaires sociaux», s’est-il engagé. D’ailleurs les rencontres avec les syndicats ont permis de se concerter sur «les perspectives et la méthodologie à suivre dans le dialogue social», précise le communiqué de la Primature.

Une information que confirme le secrétaire général de l’UMT, Miloudi Mokharek. A ses yeux, «cette première prise de contact a permis de proposer des règles et principes pour construire des relations professionnelles entre les partenaires sociaux». Mais de là à calmer les ardeurs des centrales lors du 1er Mai, c’est faire table rase de la situation économique et sociale qui prévaut actuellement.

Le gel de l’investissement (marchés publics) durant les six derniers mois a été durement ressenti par la PME/TPE et partant, des salariés. Ceci, après un exercice très faible en croissance et fort en perte d’emplois. De plus, les dossiers chauds comme la réforme des retraites, la poursuite de celle de la politique de subvention ou la flexibilité du dirham restent d’actualité brûlante. Or même le timing de la rencontre avec les syndicats (juste après la présentation du programme) leur a ôté toute possibilité de formuler des propositions.

Mais ce qui fait jaser le plus les syndicats tient à l’annonce de la réforme du code du travail. Une mesure à laquelle s’opposent plusieurs d’entre eux mais longtemps revendiquée par le patronat. Car elle vise en premier lieu l’introduction des normes de productivité.  

La déclaration gouvernementale avait en effet mis l’accent sur «la nécessité de la refonte du code du travail, afin de garantir son efficacité, son efficience et sa compatibilité avec la réalité». Un argumentaire qui ne semble pas convaincre les syndicalistes.

Concernant les autres dossiers qui avaient alimenté la tension ayant marqué les relations entre Abdelilah Benkirane et les syndicats, ces derniers s’accrochent aux mêmes positions. En tête, la réforme de la retraite. Le nouveau chef du gouvernement a appelé à «démarrer d’urgence le dialogue sur la réforme globale des retraites, afin d’aboutir à un système avec deux grands pôles, public et privé».

Cahier revendicatif 

Le gouvernement fraîchement investi veut faire dans la coutume. L’ouverture du dialogue social sera à l’image de ses prédécesseurs, l’une des priorités lors des 100 premiers jours de l’exécutif. Saâdeddine El Othmani aura la tâche de renouer avec les centrales syndicales qui ont souvent  entretenu une relation tendue avec son prédécesseur. Le programme des discussions ne dérogera pas aux revendications syndicales classiques: réforme de la caisse des retraites, baisse de l’IR, augmentation des salaires, élargissement de la couverture médicale, hausse du revenu minimum et des aides familiales.

Réforme des retraites

Le chef du gouvernement s’est dit favorable à une réforme globale des retraites avec deux pôles, l’un public, l’autre privé. Entrée en vigueur début 2017 après avoir été adoptée en juillet 2016, la réforme du régime civil de retraite des fonctionnaires continue d'être contestée. En mars 2017, une commission d'enquête de la Chambre des conseillers qui a étudié cette réforme a appelé à geler son déploiement et à appliquer les recommandations de la Commission nationale des retraites qui s'était exprimée en faveur d'une réforme systémique et non paramétrique. L'enquête pointe plusieurs dysfonctionnements, notamment la défaillance de gouvernance de la Caisse marocaine des retraites (CMR) et la responsabilité de l’Etat dans le déficit de ce régime.
La réforme appliquée par le gouvernement sortant a également été critiquée le 23 janvier par Driss Jettou, président de la Cour des comptes et ancien chef de gouvernement. Il avait émis, au Parlement, des réserves sur cette réforme qui «ne résout pas définitivement le problème».

 

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