Politique

L’opposition démonte le programme d’El Othmani

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5011 Le 26/04/2017 | Partager
«Un patchwork de mesures techniques sans vision globale»
Taux de croissance faible ne permettant pas de résorber le chômage
Une stratégie industrielle éparpillée, dépourvue de cohérence
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Mohamed Chrourou, chef du groupe parlementaire du PAM, n’a pas mâché ses mots en attaquant Saâdeddine El Othmani sur le coût du temps perdu à cause du blocage de la formation du gouvernement. Le PAM considère que «cette situation a empêché la création d’une richesse équivalent à 22 milliards de DH et la création de 74.000 emplois» (Ph. Bziouat)

«Vous avez fait perdre au pays de longs mois et vous allez rater plusieurs occasions à cause du bricolage». Mohamed Chrourou, chef du groupe parlementaire du PAM, n’y est pas allé par quatre chemins, pour mettre à nu «les faiblesses du programme gouvernemental».

Pour lui, il s’agit d’un «patchwork de mesures techniques, dépourvu d’une forte volonté et d’un courage politique pour faire face au passif légué par l’équipe sortante». Avec 102 sièges à la 1re Chambre, le parti du tracteur, première force de l’opposition, promet de tenir la dragée haute à l’équipe de Saâdeddine El Othmani.

Lors de la discussion de la déclaration gouvernementale, lundi dernier, ses députés se sont montré  virulents, en démontant les différentes promesses du chef du gouvernement. Avec l’Istiqlal, ces deux principaux partis de l’opposition ont critiqué «les promesses vagues, en l’absence d’objectifs précis, avec des indicateurs de suivi permettant la reddition des comptes». Au moment où les citoyens et les opérateurs économiques s’attendaient à «une rupture par rapport aux politiques défaillantes du gouvernement Benkirane», le chef du groupe parlementaire du PAM a déploré le fait qu’El Othmani veuille «faire du neuf avec du vieux». Pour lui, le programme gouvernemental s’est contenté de «déclarations d’intention».

Dans les détails, les deux groupes de l’opposition ont remis en cause le taux de croissance proposé par le nouveau gouvernement, jugé faible. «L’objectif de croissance de 4,5% à 5,5% reste normal, dans la mesure où les gouvernements Jettou ou El Fassi avaient réussi à l’atteindre», selon le PAM. Pour ses députés, «ceci permettra uniquement de remettre l’économie du pays au niveau des performances précédentes avant la débâcle sous le mandat de Benkirane».

Noureddine Mediane, chef du groupe parlementaire de l’Istiqlal, a enfoncé le clou en précisant que «la crédibilité des prévisions impose de s’engager sur un taux de croissance précis au lieu d’une fourchette». Il a également déploré l’absence d’engagements sur le taux de croissance du PIB non agricole, qui «permet de mesurer les véritables réalisations du gouvernement».

Les deux partis s’accordent à dire que même avec une croissance à 5,5%, la promesse de réduction du taux de chômage à 8,5% reste impossible. Surtout que «le contenu en emploi pour chaque point de croissance est en recul depuis quelques années». Pire, «la déclaration gouvernementale n’a pas précisé le nombre de postes d’emploi qui seront créés durant ce mandat».

Pour l'abaissement de la dette publique à 60% du PIB, le PAM considère qu’il «ne s’agit pas d’un objectif, mais d’un résultat systématique de la maîtrise du déficit budgétaire et de la réalisation du taux de croissance annoncé». Même position exprimée par l’Istiqlal. Les deux formations ont aussi interpellé le chef du gouvernement sur la manière dont il parviendra à assurer le maintien de l’inflation à 2%, face au processus de libéralisation du dirham. Une situation qui risque, selon ces deux groupes, de conduire à un renchérissement des importations. Autre défaillance relevée: le programme gouvernemental ne précise pas le coût des différentes mesures fixées, ni les modalités de leur financement.

Au niveau de la stratégie industrielle, l’opposition s’accorde à critiquer les «mesures éparpillées, en l’absence d’une vision globale garantissant la cohérence des politiques sectorielles». Sur ce point, le PAM appelle à renforcer la politique industrielle à travers «la création d’entreprises publiques pour baliser le terrain au privé dans de nouveaux secteurs». Globalement, l’opposition a donné le ton en annonçant son refus des «projets visant à porter atteinte au pouvoir d’achat des citoyens». En tête, «la libéralisation des produits subventionnés dans le cadre de la réforme de la compensation», selon l’Istiqlal.

Pour Mediane, son chef de groupe, «c’est une ligne rouge en l’absence de mesures claires pour soutenir les populations ciblées». Les piques du groupe istiqlalien semblent annoncer la fin du soutien critique promis au gouvernement conduit par le PJD. Même si Mediane est resté vague en annonçant que son groupe votera en «prenant en considération les exigences du renforcement du processus démocratique». Il n’a pas caché «la situation embarrassante des istiqlaliens, tenus par l’engagement pris par le Conseil national du parti, en faveur de ce gouvernement».

Fissures au sein du PJD

La tension était palpable lors de l’intervention de Idriss El Azami, chef du groupe parlementaire du PJD. Le parti commence à afficher des signes de fissures internes, suite aux divergences liées à la gestion de Saâdeddine El Othmani du processus de formation du gouvernement. Le groupe du PJD semble vouloir prendre ses distances par rapport au gouvernement, notamment en évitant de valider systématiquement le contenu de la déclaration gouvernementale. Par exemple, El Azami a mis en avant 5 domaines qui doivent être érigés en priorité par le gouvernement. Il a aussi «mis en garde contre les objectifs trop ambitieux pour les secteurs de l’éducation et de la santé». Une situation paradoxale vu qu’il s’agit d’un programme élaboré par une commission de la majorité, présidée par le PJD.

 

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