Habillage_leco
Société

La formation en milieu du travail en mal d’incitations

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5007 Le 20/04/2017 | Partager
Elle peine toujours à prendre, alors qu’elle dope l’employabilité des jeunes
Faute de pouvoir les former, les entreprises se piquent les bons profils
formation_proffessionnelle_007.jpg

Durant la formation en milieu du travail (work based learning), les stagiaires partagent leur temps entre cours théoriques et stages en entreprise. Mais cela a un coût que peu d’entreprises peuvent supporter (Ph. Khalifa)

Malgré la crise RH dont souffrent de nombreux secteurs, il existe encore peu d’entreprises et d’industries qui ouvrent leurs portes à la formation d’apprentis. «Nous sommes aujourd’hui dans un cercle vicieux, où souvent les opérateurs se piquent les profils expérimentés, au lieu de former leur propre personnel», relève Tajeddine Bennis, vice-président de l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce automobile (Amica), également patron de l’équipementier Snop.

Pourtant, s’ouvrir à des stagiaires qui partagent leur temps entre cours théoriques et stages en entreprise permettrait aux employeurs de s’assurer de futures ressources qualifiées, taillées sur mesure et rapidement employables. L’OFPPT tente de développer cette approche depuis des années, mais difficilement. «Il faudrait qu’en face nous ayons des sociétés prêtes à recevoir nos jeunes.

Pour l’heure, ce n’est malheureusement pas toujours le cas», ne cessait de marteler l’ex-patron de l’OFPPT, Larbi Bencheikh. En 2015-2016, près de 74.000 stagiaires de l’OFPPT ont bénéficié d’une formation alternée, sur un total de 436.000, soit moins de 17% des effectifs. Les incitations offertes jusqu’à présent (exonération d’impôts et de taxes) n’encouragent pas vraiment les entreprises à s’investir dans le domaine.

Il n’existe pas non plus d’obligation légale à recevoir des apprentis. En France par exemple, les sociétés employant plus de 250 salariés, assujetties à la taxe d’apprentissage, doivent accueillir un quota de 4% d’apprentis en alternance par an. Celles qui dérogent à cette règle doivent s’acquitter d’une pénalité. Les bons élèves, en recevant entre 4 et 6%, quant à eux, ont droit à un bonus. «Au Maroc, si l’on nous impose un quota, ce ne serait pas injuste. La formation alternée, au contraire, nous permettra de préparer des profils expérimentés. C’est aussi un excellent moyen d’insertion professionnelle», estime Bennis.

formation_professionnelle_apprentiossage_007.jpg

L’Office, principal opérateur de la formation alternée, envisage de porter son offre à 163.500 places d’ici 2021. Encore faut-il que les entreprises seront encouragées à accueillir ses stagiaires

La majorité des entreprises, surtout les TPME, se disent incapables de chapeauter des jeunes, faute de moyens financiers, et surtout humains. «Nous manquons de plus en plus de middle managers. Avec le développement du digital en Europe, nous assistons à nouveau à une fuite de cerveaux, avec des recrutements en masse vers l’étranger de profils de 3 à 4 ans d’expérience.

Or, ce sont ces middle managers qui peuvent encadrer des stagiaires», explique Saloua Karkri Belqziz, présidente de la Fédération marocaine des TI, des télécoms et de l’offshoring (Apebi). Avec la rareté de marchés pour le digital au Maroc, le secteur tourne actuellement au ralenti. Afin de s’en sortir, les opérateurs essaient de chercher des opportunités en Afrique subsaharienne.    

L’automobile (avec le textile) fait partie des rares domaines d’activité où le «work based learning» est devenu la norme. Avec l’OFPPT, les opérateurs ont même formé des tuteurs pour encadrer les jeunes. Dans le secteur, qui a besoin de recruter en masse (plus de 90.000 postes prévus entre 2014 et 2020), les stagiaires passent 50% de leur temps à l’OFPPT et 50% sur le terrain.

«Au bout de deux ans de formation, ils auront passé un an à l’usine. A Snop, par exemple, 90% des techniciens que nous engageons ont réalisé leur formation alternée chez nous», précise Tajeddine Bennis. En général, les industriels prennent en charge le transport et les repas des apprenants. Ils leur accordent, également, une rémunération mensuelle symbolique, allant de 500 à 700 DH. «Nous devons payer des charges sociales sur cette rétribution, ce qui est dommage, parce que nous procédons à de la formation», regrette le vice-président de l’Amica.

La nomination d’un secrétaire d’Etat à la Formation professionnelle, qui n’est autre que l’ex-patron de l’OFPPT, Larbi Bencheikh, témoigne de l’importance que l’on souhaite donner au secteur. Cependant, sans incitations fortes, les entreprises, qui restent un partenaire majeur de la formation des jeunes et leur client final, n’y adhèreront que faiblement. Les ambitieux objectifs de la stratégie 2021 pour la formation professionnelle, pour leur part, ne seront pas réalisés.

Coup de pouce de l’Education nationale

Même si leur principe est le même, la formation par apprentissage (FPA) et celle dite alternée (FA) ne sont pas tout à fait identiques. D’abord, les deux sont gérées par des textes de loi différents (12-00 et 36-96). Ensuite, alors que la FA (surtout pratiquée par l’OFPPT) prévoit au moins 50% du temps de la formation en entreprise et au moins le tiers dans des établissements de la formation professionnelle, la FPA envisage 80% de pratique terrain et seulement 20% de cours en classe. «La FPA s’adresse essentiellement à des jeunes défavorisés, ne possédant pas les qualifications requises pour accéder à un établissement de la formation professionnelle. Comme par exemple un niveau en dessous de la 6e année du primaire», explique-t-on au département de la Formation professionnelle. Le cursus s’effectue dans des centres créés par des associations, des entreprises ou différents départements, comme l’Agriculture, l’Artisanat, la Pêche maritime, le Tourisme, ou encore l’Entraide nationale. L’Education nationale se positionne depuis des années  sur la FPA, à travers des conventions de partenariat avec les opérateurs précités. Pour les entreprises  et ONG ayant créé leur propre centre de formation, le ministère offre une subvention de 3.000 DH par apprenti et par an. Le montant est, cela dit, dérisoire par rapport aux besoins des entreprises. 21 conventions ont récemment été signées. Au total, l’EN est partenaire d’une cinquantaine de centres créés par des ONG, et d’une soixantaine montés par des sociétés.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc