Dossier Spécial

Formation professionnelle: Le surprenant taux de chômage des lauréats

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5007 Le 20/04/2017 | Partager
Près d’un sur quatre est sans emploi, au même titre que les diplômés des facultés
Pourtant, ils représentent plus de 70% des besoins des entreprises
La faute à leur manque d’employabilité?
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Les diplômés de la formation professionnelle souffrent du chômage autant que ceux des facultés depuis des années, mis à part les techniciens et cadres moyens, relativement épargnés par rapport aux autres. Les lauréats d’un certificat en spécialisation professionnelle sont ceux qui en pâtissent le plus. Ils ont été 34,8% à être au chômage en 2005, contre 32% en 2010 et 23,2% en 2016. Un taux bien au-dessus de la moyenne nationale (9,4%)

C’est une statistique qui passe à chaque fois inaperçue, mais qui est pour le moins surprenante. Le taux de chômage des diplômés de la formation professionnelle équivaut pratiquement à celui des lauréats des facultés, selon les statistiques du HCP (voir illustration).

En 2016, la part des sans-emploi détenteurs d’un certificat en spécialisation professionnelle, en qualification professionnelle ou de technicien spécialisé varie de 22,1 à 23,2%, contre 25,3% parmi les diplômés des facultés. La différence est minime. Pourtant, la vocation même de la formation professionnelle est de préparer les jeunes à s’insérer très tôt sur le marché du travail, afin de répondre aux besoins de l’économie en main-d’oeuvre. Il est vrai que la conjoncture économique est plutôt rude. L’an dernier, 37.000 emplois nets ont été perdus, contre une création annuelle moyenne de 26.000 postes en 2014-2015 et de 95.000 entre 2008 et 2013.

Toutefois, les profils ouvriers représentent près de 70% du total des besoins des entreprises, contre 20 à 25% de techniciens et middle managers, et 5 à 10% de cadres (en fonction des activités). Leurs chances de chômer devraient, en principe, être moindres par rapport aux diplômés des facultés. «Ces chiffres sont effectivement étonnants».

Selon le département de la Formation professionnelle, qui opère un suivi continu des lauréats, près de 80% des détenteurs du diplôme de technicien spécialisé, public et privé, sont recrutés à 9 mois de la fin de leur cursus», relève Abdeslam Benahra, président de la Fédération marocaine de l’enseignement professionnel privé (FMEP). L’OFPPT, pour sa part, avance un taux d’insertion de 72%. «Les 20% restants ne sont pas tous au chômage. Parmi ceux du privé, par exemple, 30% continuent leurs études avec une licence professionnelle», poursuit Benahra.

Toujours est-il que pour la majorité des diplômés, pratiquement un lauréat sur quatre de la formation professionnelle est au chômage, à en croire les chiffres du HCP. Les plus gros recruteurs du moment, dont la bancassurance, les services, l’offshoring, les TIC, l’automobile et l’aéronautique, sont très demandeurs d’ouvriers niveau bac et de techniciens bac+2. Certains, dont notamment l’automobile et l’aéronautique, forment eux-mêmes leurs ressources, dans leurs propres instituts, ou dans le cadre de partenariats public-privé avec l’OFPPT.

«Il est impossible aujourd’hui qu’un ouvrier qualifié ou qu’un technicien avec un bac+2 correctement formés ne trouvent pas d’emploi. Dans l’automobile, nous manquons même de techniciens», souligne Tajeddine Bennis, vice-président de l’Association marocaine pour l’industrie et le commerce de l’automobile (Amica). Les professionnels se sont engagés à créer 90.000 postes supplémentaires entre 2014 et 2020. Jusqu’en novembre 2016, quelque 41.000 emplois ont été générés. «Nous en sommes au tiers professionnelledu parcours.

Avec l’arrivée de PSA, dont le taux d’intégration escompté est de 80%, l’objectif des 90.000 postes sera dépassé», estime Bennis. «Les plus de 20% de chômeurs de la formation professionnelle nelle correspondent peut-être à la part des lauréats qui ne justifient pas des soft skills nécessaires», ajoute-t-il. En effet, les compétences comportementales, c’est le talon d’Achille des diplômés du système public. Les lacunes cumulées dès l’école primaire en termes d’apprentissages de base et de soft et life skills se répercutent sur les compétences et qualifications futures des jeunes.

Une large partie d’entre eux n’arrive pas à rattraper son retard, ni à s’insérer durablement sur le marché du travail. «Il existe une partie des lauréats de certificats professionnels de l’OFPPT formée de diplômés chômeurs des facultés», rappelle Benahra. Il reste difficile d’améliorer son employabilité après tant d’années dans un système défaillant… Même avec ses moyens pharamineux l’OFPPT n’arrive pas à redresser la barre. Les opérateurs privés non plus.

Le secteur des IT migre vers les bac+3

Les lauréats de la formation professionnelle détenteurs d’un bac+2 ou d’un niveau inférieur ont de moins en moins d’opportunités dans le digital. «Depuis que les universités ont lancé des licences professionnelles en IT il y a de cela 3 ou 4 ans, les grands opérateurs du secteur embauchent de plus en plus de bac+3, notamment pour la partie développement, et beaucoup moins de diplômés de l’OFPPT», relève la présidente de l’Apebi, Saloua Karkri. «Nous sommes même en train de voir avec le ministère de l’Enseignement supérieur la possibilité d’augmenter le nombre de licenciés en IT», rajoute-t-elle. Il s’agit de profils plutôt appréciés par les employeurs, opérationnels après 3 à 6 mois de leur recrutement.

 

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