Habillage_leco
Dossier Spécial

Produits phytosanitaires: Générique vs princeps, qui l’emportera?

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5005 Le 18/04/2017 | Partager
Enjeu, 1,7 milliard de DH de chiffre d’affaires
La contrebande progresse: 20% de part de marché
Pour les produits destinés au marché local, peu de contrôle de résidus
produits_phytosanitaires_005.jpg

Les produits phytosanitaires seraient trop chers au Maroc. Le prix anormalement élevé des insecticides, fongicides et herbicides les rend difficiles à rentabiliser pour certaines cultures, accusent des importateurs des produits phytosanitaires. «Près de 80% du marché mondial s’approvisionne auprès des mêmes fournisseurs chinois ou indiens; pourtant, nous n’avons pas un accès direct à ces produits», s’étonne Mustapha Hansali, président de l’association des entreprises marocaines d’importation, de formulation et de distribution des produits phytosanitaires.

L’association réclame une réglementation souple et des tarifs plus accessibles. Derrière cette requête, il y a le mano a mano entre les produits génériques et les princeps. Les premiers représentent autour de 40 à 45% des 1,7 milliard de DH écoulés chaque année sur le marché des phytosanitaires au Maroc.

Ce marché est en effet largement dominé par les multinationales et leurs partenaires. Comme pour les médicaments de santé humaine, la réglementation oblige les importateurs à passer obligatoirement par un laboratoire «au prix fort». Cette restriction protège en fait les majors mondiaux et maintiendrait artificiellement des niveaux de prix élevés, observe l’association des importateurs des produits phytosanitaires. Et qui dit des intrants plus chers, dit cultures peu rentables.

Ce qui se traduit par une perte de compétitivité face aux concurrents directs à l’export en fruits et légumes (Turquie, Egypte, Chili, Afrique du Sud…). «Avec nos concurrents à l’export, nous utilisons les mêmes produits ayant les mêmes effets. Si les exigences à l’homologation sont différentes, les coûts et les répercussions le sont également», souligne Hansali.

Plusieurs pays en Amérique latine, en Asie, voire l’Afrique du Sud ont déjà mis en place des procédures pour assurer la disponibilité des produits génériques et permettre une réelle compétitivité sur le plan commercial. Malheureusement, ce n’est pas encore le cas pour le Maroc.

Pour faire baisser les prix des intrants, ce dernier propose de faciliter la disponibilité des génériques, réguler les prix et étoffer l’équipe chargée de l’homologation contribueront à faire baisser le coût de ces produits. Le président de l’association des importateurs des produits phytosanitaires suggère également la création d’une cellule de veille sur la fin des brevets de certaines molécules stratégiques. Sa mission sera de faire bénéficier l’agriculture marocaine de ces génériques après la fin des brevets. En attendant, la contrebande, avec une part de marché estimée à 20% se charge d’assurer la régulation.  Le marché parallèle des produits phytosanitaires est alimenté à partir de l’Espagne et un tout petit peu, de l’Algérie.

Un effort est également à faire du côté de la formation des agriculteurs. En effet, le problème de vulgarisation de l’utilisation des produits phytosanitaires se pose avec acuité, notamment avec la disparition des centres relevant de la Société agricole de services au Maroc (Sasma). L’utilisation non professionnelle des phytosanitaires pose un problème plus grave, celui de la présence des résidus des pesticides dans les produits agricoles. A l’export, les mécanismes de surveillance de ces résidus sont efficaces, confie un opérateur. En revanche, pour les produits destinés au marché local, les  contrôles sont plus que light, lorsqu’ils existent.

En tout, une quarantaine d’entreprises opèrent dans ce secteur où des entreprises marocaines opèrent aux côtés de multinationales. Deux associations représentent les professionnels sur ce marché estimé à 1,7 milliard de DH: Crop Life (regroupant une trentaine de multinationales et leurs partenaires) et Asmph (7 entreprises marocaines).

Ce chiffre d’affaires est partagé entre les princeps et les génériques, ces derniers sont sur un trend haussier depuis l’an 2000. Mais cela reste insuffisant de l’avis des professionnels. L’agriculture marocaine n’est pas assez protégée contre les insectes, les maladies et les mauvaises herbes.

«En moyenne, le marché marocain n’assure qu’une dépense de 190 DH par hectares de surface agricole utilisée», assure Mustapha Hansali. A titre de comparaison, en France, cette dépense est de l’ordre de 70 dollars/hectare et en Espagne de 40 dollars/hectare. De même, la dépense en produits phytosanitaires n’est que de 4 dollars par habitant au Maroc, contre 50 dollars/habitant en France où seulement 10% de la population est rurale.

Ainsi, les superficies emblavées en céréales ne sont traitées qu’à hauteur de 10% contre les mauvaises herbes, 3% contre les maladies foliaires et 1% contre les insectes et les maladies transmissibles par les semences. L’olivier ne bénéficie que d’un à deux traitements par an. Dans les pays du pourtour méditerranéen, 4 à 6 traitements sont effectués par an.

Quelques chiffres-clés

  La production agricole mondiale a été multipliée par 3 durant les 40 dernières années grâce à l’utilisation des engrais et des produits phytosanitaires
  Marché mondial: plus de 40 milliards de dollars
●  Marché marocain: 1,7 milliard de DH, soit 190 DH/hectare. Ce chiffre d’affaires est partagé entre les insecticides (40%), les fongicides (35%) et les herbicides (25%)
  Economie de l’eau grâce
aux herbicides:
- Europe et Amérique du Nord: 70 à 80%
- Maroc: 15 à 20%

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc