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Société

Quand Ymane Fakhir questionne l’héritage

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:5005 Le 18/04/2017 | Partager
«The Lion’s share», un projet à découvrir à Kulte Gallery à Rabat jusqu’au 1er juillet
Sérigraphies, photographies, vidéos et installations
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Au premier plan, l’installation de sculptures en verre intitulée «Héritages» détournant une formule d’usage: «Au garçon un bâton et à la fille la moitié» (Ph. Bziouat)

Pour sa dernière exposition, intitulée «The lion’s share» (La part du lion en français), de l’artiste Ymane Fakhir, l’espace d’art rbati  Kulte Gallery invite le visiteur à la réflexion autour d’un sujet bien complexe, celui de l’héritage. Le projet à découvrir jusqu’au 1er juillet, tourne autour de la question de l’héritage selon la loi et le droit musulman comprenant la répartition des quotes-parts de chaque membre de la famille où l’on perçoit souvent des formes d’inégalités entre hommes et femmes.

«Mon intérêt pour ce projet n’est pas fortuit car depuis le début de mon parcours artistique, je m’intéresse beaucoup aux questions de la mémoire et de la transmission. Et ce, surtout à travers un cheminement immatériel, ce qui m’a amenée vers quelque chose de matériel cette fois-ci, l’héritage», explique Ymane Fakhir.

En effet, l’artiste qui a beaucoup travaillé sur l’héritage immatériel, celui d’une transmission culturelle, auquel elle a consacré une série de photographies intitulée «Trousseau»  (2005-2008) mais aussi des vidéos, «Handmade» (2011-2012)  s’intéresse cette fois à «la part du lion». «Ce gâteau que les familles se divisent avant dégustation ou déchirement. Ce drame dont seule la rumeur laisse échapper les formes»…

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 Ici le portrait de Si’ Mohammed qui laisse 10 héritiers dont une mère, une épouse, cinq frères et trois sœurs. Sur cette sérigraphie, Ymane Fakhir présente la répartition de son patrimoine à travers les divers membres de sa famille (Ph. Bziouat)

Afin d’illustrer les différents cas d’héritage, Ymane Fakhir est allée à la rencontre d’un adoul et d’une avocate. Elle a ainsi mis en place des cas de famille fictifs qu’elle transcrit visuellement  pour faciliter la compréhension de l’équation mathématique. La sérigraphie est une forme de portrait représentant la répartition du patrimoine du défunt à travers des points de couleurs différentes qui renvoient chacun à un membre de la famille et ses quotes-parts. Avec cette méthode, l’ambition de l’artiste était de rendre l’équation mathématique plus accessible.

Par exemple, prenons un cas relativement simple, celui de Abdelkader ayant 4 héritiers dont une mère, un père, une épouse et un fils. La répartition de l’héritage (Al fard) se fera de la façon suivante: 1/6 pour la mère ; 1/6 pour le père ; 1/8 pour l’épouse ; le fils obtiendra le reste de l’héritage (El hassib). Le plus petit dénominateur commun étant 24 et le nombre de parts de l’héritage étant également 24 font que la fraction de l’héritage revenant à la mère est de 4 parts, pareil pour le père. Quant à l’épouse, elle obtiendra 3 parts, quand le reste de l’héritage qui est de 13 parts, reviendra au fils.

Le projet «The Lion’s share» propose en écho avec le travail sérigraphique, une installation de six sculptures en verre intitulée «Héritages». Celle-ci détourne une formule d’usage commun : «Au garçon un bâton et à la fille la moitié». De façon très subtile, grâce à la technique de fabrication, l’observateur y verra parfois une illusion égalitaire. Seulement lorsqu’une moitié appartient à un homme, l’autre sera divisée entre plusieurs femmes! Des photographies tirées d’une série autobiographique (l’héritage de sa mère pour son mariage) sont également exposées sans oublier une vidéo qui traite toujours de la même thématique.

«Il était important pour Ymane Fakhir de faire le lien entre son intérêt pour l’héritage immatériel avant d’en arriver à la question de l’héritage lui-même. Ce projet se veut comme une prévention expliquant «al fard» à travers les quotas officiels qui ne veulent pas dire grand-chose sans le calcul du dénominateur commun…», précise Yasmina Naji, curatrice du projet et fondatrice de Kulte Gallery et Editions.

 

 

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