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Culture

«E-Mois»: Autobiographie d’une collection d’art

Par Amine Boushaba | Edition N°:5001 Le 12/04/2017 | Partager
L’exposition au Macaal à Marrakech jusqu’en septembre
Elle réunit plusieurs générations d’artistes marocains et africains
Une véritable leçon d’histoire de l’art au Maroc
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L’exposition «E-Mois» de l’artiste congolais Chéri Samba est l’une des figures majeures de l’art africain. ces toiles sont de véritables fables sociales traitées avec beaucoup d’humour.  Ses œuvres figurent dans les collections d’institutions comme le centre Georges Pompidou à Paris ou le MOMA à New-York (Ph. Macaal)

«Au début nous étions trois… une encre sur papier, une huile sur toile de jute et une sérigraphie». C’est ainsi que commence l’histoire. L’histoire d’une exposition qui nous parle, au sens propre comme au figuré, puisque les deux commissaires de l’exposition: Othman Lazraq et Meriem Berrada, ont choisi, en s’effaçant, de transgresser les codes établis pour laisser les œuvres exposées, se livrer directement  au public, sans intermédiaire, lui transmettant quelques bribes autobiographiques d’une des plus grandes collections d’art moderne et contemporain du Maroc.

Celle initiée par le magnat de l’immobilier Mohamed Lazrak Alami, PDG d’Alliance, à l’origine de la fondation éponyme et passionné d’art notoire. Une collection «mature et épanouie, passionnée,  riche de couleurs, de saveurs et de sentiments, et surtout, généreuse» qui fête ses 40 ans et qui compte aujourd’hui quelque 500 œuvres d’artistes majeurs ou émergents du Maroc et du reste du continent. «E-Mois» est la deuxième exposition du Musée d’art contemporain africain Al Maaden (Macaal), fraîchement inauguré à l’occasion de la COP22, par la fondation, à Marrakech. Niché aux pieds de l’Atlas dans un écrin de verdure au milieu d’un vaste parc de sculptures où les œuvres monumentales de Mahi Binebine, Hassan Darsi, côtoient celles de l’égyptien Moataz Nasr, l’argentin Antonio Segui, ou du français Daniel Hourdé, le Macaal offre quelque 900 m2 d’exposition, où la lumière règne en maître.

Un bel écrin pour cette exposition où les figures majeures de l’art moderne et contemporain marocain font écho aux œuvres d’artistes du continent africain, qui sont venues enrichir la collection plus récemment. «Nous avons voulu donner la parole aux œuvres de l’exposition «E-Mois», une expo qui s’exprime, qui nous dit: moi aussi j’existe, j’ai une histoire… qui raconte par elle-même son vécu au gré des rencontres et des voyages. Elle témoigne de la manière dont ses composantes se sont apprivoisées, ont appris à cohabiter et se sont nourries les unes des autres pour finalement former un seul et même tout, qui continue d’évoluer» précise Othman Lazrak.  Dotée donc, par la volonté de ses deux commissaires, de la parole, «E-Mois» nous explique: «Le Maroc est mon pays, je suis marocaine.

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A l’étage, l’exposition donne libre cours à la création contemporaine africaine avec une fraîcheur et une liberté de ton et une multitude de mediums  qui vont de l’installation, à la vidéo et la sculpture (Ph. Macaal)

L’Afrique est mon continent, je suis africaine. Je suis tous ces pays frères indispensables les uns aux autres et qui trouvent leur force dans le partage de leurs différences.»  D’emblée ce sont les figures majeures de l’art moderne marocain qui nous accueillent: Cherkaoui, Gharbaoui, Belkahia, Melehi… des valeurs sûres, qui renseignent, tout de suite, sur la solidité de la collection. L’expo se poursuit par les différentes expressions picturales figuratives à travers des œuvres rares de Ben Cheffaj, Fquih Regragui, Mohamed Drissi ou encore El Glaoui, avant d’arriver sur diverses formes abstraites plus contemporaines de Mehadji, Hassani, ou encore Bourkia.

Car comme elle le raconte si bien: «L’art marocain est ma première source d’énergie. Il m’a élevée, il m’a éduquée. Tour à tour père et mère, puis ami et professeur, il est le mentor qui a forgé ma personnalité. Je me suis nourrie de sa mémoire collective, de ses artistes qui m’ont bouleversée par  leurs œuvres singulières, chacun selon son vécu, sa souffrance, sa sensibilité, ses croyances  et ses doutes». C’est à l’étage que conversent les artistes contemporains marocains avec leurs homologues du continent. C’est à l’étage également où l’expo se libère et nous plonge dans de multiples expressions contemporaines: Installation, vidéo, sculpture, peinture…

Une liberté de ton et une fraîcheur, signée Lazrak junior (Othman) qui reprend l’aventure paternelle, en enrichissant la collection avec des œuvres d’artistes de la nouvelle génération: «Nous sommes très complémentaires, on discute beaucoup sur le choix des artistes, sur les nouvelles acquisitions. Mais il est clair que je suis plus sensible à des formes d’art plus contemporaines, comme la photographie, la vidéo ou l’installation» précise le fils. Entre l’œuvre transgressive de Mounir Fatmi, les fables  de la société moderne de l’emblématique Chéri Samba, les installations fantasmagorique de Max Moulay Mansour Boufathal ou encore la vidéo insolente de Zoulikha Bouabdallah, jusqu’aux peintures ultra réalistes de Djamel Tatah, c’est toute l’Afrique inspirante, imaginative, diversifiée qui s’exprime de Casablanca à Alger, Dakar ou Kinshasa.

L’exposition «E-Mois» se poursuit jusqu’en septembre prochain avant de laisser place à d’autres évènements. «Nous sommes en train de travailler sur une exposition, en novembre, où nous voulons mettre en confrontation des estampes d’artistes internationaux avec des œuvres africaines et puis à partir de février, nous exposerons de la photographie africaine» précise Meriem Berrada, la chargée de projets pour l’action culturelle à la fondation Alliance.

Rendre l’art accessible

De tous temps, il a existé des mécènes, des collectionneurs d’art, qu’ils soient investisseurs, passionnés ou hédonistes, ce sont de véritables témoins de la vie artistique de leur époque. C’est le cas de Mohamed Lazrak Alami, véritable passionné. Constituée d’oeuvres d'art moderne et contemporain marocain mais également de grandes figures de l'art africain, la collection Lazrak est une véritable leçon d’histoire de l’art du Maroc qui a trouvé un écrin à sa mesure dans le Musée d’art contemporain africain Al Maaden, initié par la fondation Alliance. Le musée qui se veut une institution pour la démocratisation et l’accès à l’art au grand public multiplie les initiatives depuis son ouverture en novembre dernier. Mais peut-on parler d’ouverture au public dans le cadre très select du resort qui abrite le musée? Peut-on imaginer les jeunes du quartier populaire de Sidi Youssef ben Ali, mitoyen du luxueux complexe, surmonter la barrière et le regard du vigile à l’entrée d’Al-Maaden? Des arguments que balaye Othman Lazraq d’un geste de la main: « Si nous avons créé un musée, c’est pour que tout le monde puisse y venir. Nous avons conscience des difficultés d’accès, mais la barrière est psychologique et concerne d’ailleurs tous les musées. Aujourd’hui, c’est nous qui allons chercher le public pour lui donner envie de s’intéresser à l’art», précise-t-il. Depuis son ouverture, le Macaal, organise différentes activités alternatives pour attirer un public jeune à l’aise dans ce genre d’institutions. Jam sessions dans le jardin, visites pédagogiques et ateliers sont régulièrement au programme.

 

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