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Al Hoceïma, la lente descente aux enfers

Par Ali ABJIOU | Edition N°:4995 Le 04/04/2017 | Partager
Longtemps sous perfusion, la capitale du Rif a eu un réveil brutal
Un taux de chômage élevé
Industrie, tourisme, des options pour redynamiser l’économie
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Malgré de solides arguments géographiques et culturels, le secteur touristique à  Al Hoceïma n’arrive pas à décoller. Saisonnalité et manque de connexions, (un ferry par semaine pour le port de la ville) ne permettent pas à la ville et son arrière-pays de se développer (Ph. Adam)

Il ne fait pas bon vivre à Al Hoceïma, surtout si on est jeune. L’affirmation peut surprendre, si l’on garde en mémoire l’image idyllique d’une ville havre de paix et paradis pour touristes, mais la réalité est toute autre. Il suffit pour s’en convaincre de faire le tour des différents cafés qui longent l’avenue Mohammed V, la principale artère de la ville. A n’importe quelle heure de la journée, les terrasses et les salles de ces établissements sont pleines à craquer de jeunes désoeuvrés, sans occupation et qui donnent une idée sur le principal fléau qui ronge la ville, le chômage.

«Travailler à Al Hoceïma était avant une option, mais pour nombre d’entre nous, c’est devenu une nécessité», note Said, un jeune affairé avec son smartphone. La ville a souffert et continue de le faire des effets de la crise qui a secoué l’Europe et qui a entraîné la réduction des recettes MRE. Or ce sont les aides qu’envoient ces derniers à leurs familles qui ont servi à maintenir l’économie de la ville et de son arrière-pays en perfusion durant de nombreuses années, note Najim Abdouni, membre associatif à Al Hoceïma.

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Dans les environs du marché central, des jeunes font le pied de grue en attendant de possibles employeurs. Ils accourent comme des mouches à l’approche de la moindre opportunité. Une image peu habituelle avant... (Ph. Adam)

Elle a même permis de rendre l’épreuve du tremblement de terre moins dure à passer pour ceux n’ayant pas pu profiter de l’aide de l’Etat à l’époque. Mais la manne MRE de la ville qui se plaçait à la tête du «top ten» des villes recevant le plus d’envois en devises a commencé à se fermer lors des dernières années mettant les jeunes et les moins jeunes face à une dure réalité.
Un deuxième acte de la tragédie s’est joué tout récemment. Alors que le Maroc entrait joyeusement dans une nouvelle ère de régionalisation avancée, Al Hoceïma, ancienne capitale de région, voyait comment en un clin d’œil, un ensemble d’administrations, de fonctionnaires et de services quittaient ses murs et se dirigeaient vers Tanger, siège de la nouvelle région.

«C’est autant de foyers et de dépenses en moins qui sont partis», explique Khalid Bechrioui, vice-président de la commune d’Al Hoceïma. La ville qui a perdu aussi le siège de la wilaya, s’est aussi vu privée d’une partie de ses recettes issues des visiteurs et de l’animation liées à son statut administratif d’antan. Les hôtels, autrefois disposant d’un minimum en matière de recettes touristiques, se trouvent actuellement face à de faibles taux d’occupation obligeant certains même à fermer en attendant l’été. Car même le secteur touristique, présenté par certains comme étant la panacée, «n’est en effet pleinement actif que deux mois sur l’année», indique Abdelmajid El Fakiri, investisseur et ancien président du CRT de l’ex-région de Taza- Al Hoceïma.

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A Ait Kamra, dans les environs de la ville d’Al Hoceïma, la zone d’activité économique devrait aider à résorber le chômage galopant de la région. Mais six ans après son lancement, la zone n’a pas encore dépassé les 10% de commercialisation (Ph. Adam)

Au niveau industriel, les choses ne sont pas mieux. Al Hoceïma, malgré tous les efforts reste une ville enclavée et loin des grands centres industriels du Maroc, ce qui n’encourageait pas un investisseur à prendre le risque d’aller y investir. C’est ce constat qui explique le peu d’engouement pour la zone d’activité économique d’Ait Kamra qui n’est actuellement qu’à moins de 10% de commercialisation. Lancée en 2011, elle était censée devenir le premier noyau industriel de la ville, fière d’une longue tradition en la matière avec pas moins de cinq usines de conserves de poisson, dans les années 70, depuis toutes fermées.

Mais la ville dispose d’un argument de taille, son port qui malgré un investissement de plus de 230 millions de DH pour son réaménagement peine à être exploité. Actuellement, il ne reçoit qu’un ferry par semaine qui le connecte avec la ville espagnole de Motril. «Equiper le port et lui permettre de recevoir des marchandises en y installant un scanner, par exemple pourrait donner à la ville une deuxième chance» affirme El Fakiri. Une chance qui pourrait permettre à la ville d’Al Hoceïma de suivre les pas de son aînée Tanger.

Pas de liaisons

Pour une grande majorité des connaisseurs de la ville, Al Hoceïma a plus d’atouts pour être une ville touristique qu’industrielle. Mais la forte saisonnalité, la difficulté d’accès et le manque de liaisons aériennes et portuaires ne la favorisent pas. «Dans les conditions actuelles, Al Hoceïma ne pourra pas réellement décoller en matière touristique» affirme El Fakiri, ex président du CRT. Elle manque de nombreux éléments additionnels dont le plus élémentaire reste une main d’œuvre qualifiée. Par contre, en termes d’atouts géographiques et culturels, la ville a été richement gâtée mais ils sont mal exploités, continue l’ancien responsable du Conseil régional du tourisme. «La ville dispose d’une riche histoire tant médiévale que contemporaine qui pourrait permettre l’émergence d’un véritable tourisme culturel. Encore faut-il qu’elle puisse être aidée en ce sens pour démarrer», avance El Fakiri pour qui l’argument de rentabilité économique ne devrait pas être avancé. «Al Hoceïma a souffert pendant de nombreuses années, il est temps pour que l’Etat s’y intéresse de manière sérieuse et y investisse en pensant aux besoins et non à la rentabilisation», martèle enfin El Fakiri qui est aussi hôtelier.

Al Hoceïma en chiffres

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■ Superficie: 3.555 km2 divisés entre 5 communes urbaines et 31 communes rurales

Population totale: 399.000 habitants dont 137.000 urbains (selon le dernier recensement)

■ Taux de chômage: 16,3%, le plus élevé de la région

(source HCP)

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Le président du Conseil municipal, Mohamed Boudra, est un des membres fondateurs du PAM.

De notre correspondant, Ali ABJIOU

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