Analyse

Mobilité durable: Le transport en commun passera à 21% à Casablanca

Par Noureddine EL AISSI | Edition N°:4985 Le 21/03/2017 | Partager
C'est l'objectif pour 2021 contre 13% en 2004
Un déplacement en voiture consomme 90 fois plus d’espace
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Le plan de développement du Grand Casablanca fait la part belle à la mobilité. Près de la moitié de son budget (33,6 milliards de DH) est dédiée à la réalisation du réseau de transport en commun en site propre. Quatre lignes de tram, 3 en mode BHNS, des centaines d’hectares aménagés, 15 parkings relais… le réseau couvrira à terme la majorité du territoire du Grand Casablanca. L’objectif étant de porter la part des transports en commun à 21% en 2021 (contre 13% en 2004).

Cette augmentation de la part des transports publics a de multiples avantages. Elle se traduira par moins d’embouteillages, moins de pollution,  plus d’inclusion sociale… Selon les statistiques, un déplacement en voiture consomme 90 fois plus d’espace et d’investissements par la collectivité qu’un déplacement en transport public. L’investissement en transport public crée des emplois supplémentaires. En effet, 1 emploi direct équivaut à près de 4 emplois indirects dans le transport collectif. C’est d’ailleurs le cas pour la 1re ligne du tram de Casablanca, qui a créé 620 emplois directs et 2.000 indirects. Sans compter les ressources humaines mobilisées pour la réalisation des lignes. A titre d’exemple, 91 entreprises ont été impliquées sur le chantier de la 1re ligne, dont 61 marocaines. Plus de 82 marchés ont été lancés, 32 km de chaussées refaites, 220.000 m2 de trottoirs réhabilités, 4.000 arbres plantés...

Autre bénéfice et non des moindres d’un réseau de transport en site propre, il permet l’aménagement de façade à façade, tout au long de la ligne. Sur le tracé de la 1re ligne, des places ont été complètement relookées (Nations Unies, Mohammed V…), d’autres le seront pour la 2e ligne (place Sraghna, de la préfecture…). Rien que pour la 1re ligne, 90 hectares ont été aménagés. A la livraison des 4 lignes, plus de 256 hectares auront bénéficié d’aménagements urbains. Outre la requalification des espaces urbains, le tram permet aussi une meilleure accessibilité aux loisirs et aux pôles d’attractivité. Mais tout cela n’aurait pu être accompli sans la mobilisation des fonds nécessaires. En effet, pour accompagner le développement des villes, quatre piliers majeurs sont essentiels: financement, planification, organisation et modèle d’exploitation.

Le volet financier est pris en charge (à hauteur de 70%) par un fonds dédié au financement des transports urbains. Il s’agit du Fonds d'accompagnement à la réforme du transport routier urbain et interurbain (FART). Doté de 2 milliards de DH annuellement, financés à part égale par l’Intérieur (DGCL) et le département des Finances.
Ce fonds prévoit de financer les investissements en transport urbain dans 10 grandes villes, soit 30 milliards de DH sur 15 ans. Le FART prend aussi en charge le déficit des lignes de tram durant les 3 premières années d’exploitation. En contrepartie, les villes doivent préparer un plan de déplacements urbains (PDU), assurer le financement à hauteur de 30%, mettre en place une société de développement local (SDL) dédiée et prendre en charge le déficit d’exploitation au-delà des trois premières années. C’est le cas de Casablanca où le prix réel du ticket du tram (10 DH) est subventionné à hauteur de 40%.

La ville a commencé à financer ce déficit (estimé à plus de 80 millions de DH/an et par ligne) à partir de 2016. Pour fructifier les recettes publicitaires (et surtout résorber ce déficit), la SDL Casa-Transports vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour le «naming» ou le parrainage des stations de la 1re et 2e ligne. Une source de revenus non négligeable aux côtés des autres recettes publicitaires, générées par l’affichage, l’habillage…

Au niveau organisationnel, la ville a lancé l’Etablissement de coopération intercommunale (ECI). Cette nouvelle instance de gouvernance (une sorte de commune des communes) a été lancée en 2015 (cf. édition du 26 janvier 2015). Elle est composée de 35 élus relevant des 18 communes du Grand Casablanca. Parmi ses prérogatives, figurent le transport urbain, la gestion des déchets, l’électricité, l’assainissement et l’eau potable.

Insuffisances

Les insuffisances observées durant les quatre dernières années montrent une inadéquation entre les investissements consentis et les effets sur le terrain.
Depuis 2012, les opérateurs n’arrivent toujours pas à s’entendre sur les modalités de l’interopérabilité tram/bus et de l’instauration du billet unique. Ce qui se traduit par moins de voyageurs (et donc moins de recettes), une concurrence tram/bus sur certains axes, un parc bus qui laisse à désirer…
Le modèle d’exploitation des bus est non adapté et la situation actuelle avec le délégataire (m’dina bus) présente des risques majeurs pour la ville.
Aucune intégration entre mobilité et urbanisme n’est mise en place à Casablanca. La réalisation des lignes de transport de masse a comme principal objectif de limiter l’étalement des villes.
L’éparpillement des compétences et responsabilités entre les différents acteurs est également à déplorer (tram, bus, taxis, PDU, stationnement, urbanisme…). Or, ce travail doit être cohérent en termes de vision et d’exécution.

 

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