Politique

Gouvernement: Ce qui attend El Othmani

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4984 Le | Partager
Reprise rapide des négociations
Un comité du secrétariat général du PJD pour l’accompagner
L’USFP, éternelle ligne rouge
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Après sa nomination, Saâdeddine El Othmani est retourné à Rabat, au domicile de son patron et SG du PJD Abdelilah Benkirane. Le nouveau chef du gouvernement est conscient des marches qu’il doit escalader avant de boucler sa majorité politique (Ph. Bziouat)

Le processus de consultations politiques pour la formation du gouvernement doit être accéléré. C’est l’une des principales résolutions du conseil national du PJD qui a tenu samedi à Rabat une session extraordinaire au cours d’une séance marathonienne de près de 9 heures. Les membres du Conseil ont accordé une délégation au secrétariat général du parti pour accompagner le nouveau chef du gouvernement désigné Saâdeddine El Othmani, pour conduire les négociations avec les autres formations politiques.

Le PJD devrait en principe désigner rapidement une task-force qui sera chargée d’appuyer El Othmani dans ses tractations. Aucun calendrier n’est arrêté mais des membres du secrétariat général n’ont pas exclu que les premiers contacts puissent démarrer au début de cette semaine. Contrairement à son prédécesseur, Saâdeddine El Othmani devra faire vite. L’ouverture de la session du printemps du Parlement est dans moins de quatre semaines. D’autant que l’activité économique est quasi-ralentie. Le manque de visibilité politique a en effet déteint sur la bonne marche des affaires. A commencer par les marchés de l’Etat dont les retards ont eu des conséquences collatérales sur les circuits de paiement et la trésorerie des entreprises.  Reste maintenant à savoir avec quel entrain la classe politique fera preuve de sagesse pour débloquer la situation.

Concrètement, le chef du gouvernement désigné reprendra-t-il les négociations là où elles étaient ou compte-t-il engager une nouvelle  démarche et repartir de zéro? La question reste posée même si la résolution du Conseil national de déléguer l’accompagnement  d’El Othmani au secrétariat général dont le patron reste Abdelilah Benkirane, renseigne sur les intentions du PJD.
Les interventions des membres du Conseil national abondaient dans un quasi-consensus: le nouveau chef de gouvernement désigné est appelé à maintenir le refus d’entrée de l’USFP au prochain exécutif. Cela ne ressort pas dans la déclaration finale du Conseil mais le parti de Driss Lachgar est considéré comme une ligne rouge. Son éloignement est donc devenu une condition pour former un gouvernement conduit par le PJD. Pourtant, ce point a été l’obstacle majeur du blocage du processus pendant plus de 5 mois et qui a abouti à l’écartement de Abdelilah Benkirane.

Les autres formations de l’échiquier politique veulent intégrer l’USFP dans la prochaine majorité. Pour arriver à former un gouvernement dans les temps et éviter qu’un nouveau blocage ne se produise, il est impératif que des concessions soient entreprises de part et d’autre. Le nouvel état d’esprit ne semble pas encore installé alors que plusieurs signaux ont été donnés pour détendre l’atmosphère.
D’abord, le coup de fil royal à Abdelilah Benkirane vendredi soir, à la veille de la tenue de cette session extraordinaire du Conseil national. Ce geste de fair-play a été accompagné par un message du souverain adressé au PJD via Saâdeddine El Othmani. Ce dernier savait que son examen de passage devant le conseil national, dont il est d’ailleurs le président, n’est pas une formalité.

De son côté,  Benkirane a informé le Conseil national de la nature de ses échanges avec les conseillers royaux qui l’ont informé de son écartement et du rapport sur les causes de son échec initialement destiné au Souverain.  
Echec? Les membres du secrétariat général comme la plupart des intervenants du Conseil national n’acceptent pas ce terme. Ils imputent le «blocage des négociations aux autres». Pour eux, cette responsabilité incombe aux exigences successives des autres partis au cours des différentes étapes des négociations. Certains sont allés jusqu’à dire que ces exigences vont bloquer la formation du gouvernement quel que soit le chef du gouvernement désigné.

Un pondéré à la tête de la Primature

Saâdeddine El Othmani, le nouveau chef de gouvernement désigné, n’est pas un inconnu de la politique même s’il n'a pas les qualités de tribun de Benkirane. Né en 1956 à Inzegane, ce médecin psychiatre (et qui possède toujours un cabinet au centre-ville de Rabat) est connu pour son calme et sa pondération, tout le contraire de son prédécesseur.
El Othmani est député, régulièrement élu sous les couleurs du PJD dans la circonscription de Mohammédia. Il est également le président du Conseil national du PJD, le parlement du parti. Dans le premier gouvernement de Benkirane, El Othmani  était ministre des Affaires étrangères et de la coopération. Au premier remaniement, il a cédé son poste à l’ancien patron du RNI, Salaheddine Mezouar. Dès sa nomination, il s’est dépêché de retourner à Rabat, au domicile de son patron et SG du PJD. Il est conscient des marches qu’il doit monter avant de boucler sa majorité politique. En 2008, les deux hommes étaient en compétition pour le poste, El Othmani cherchait à rempiler et Benkirane à en devenir le patron. Au final, Benkirane avait remporté les suffrages des congressistes du PJD. Aujourd’hui, avec cette nomination, El Othmani tient sa revanche. Il pourrait même prétendre redevenir le secrétaire général du parti lors du prochain congrès en juin.

Un monstre politique s’en va

Il est incontestable que le départ de Benkirane va changer le paysage politique du Maroc. Les députés de l’opposition et de manière générale les hommes politiques, sont en quelque sorte soulagés de le voir quitter la Primature. En tant que chef du gouvernement, il leur avait donné du fil à retordre et des sueurs froides au cours des questions orales mensuelles au Parlement. Tout en lui reconnaissant des qualités d’orateur hors pair, ils espèrent le voir jeter l’éponge de la scène politique.

 

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