Société

«Nous voulons déclencher l’autorégulation»

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4983 Le 17/03/2017 | Partager
Depuis 5 ans, la HACA cherche à instaurer une co-régulation
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Le système de régulation marocain représente un véritable modèle. «Il est d’ailleurs exporté en Afrique (Tunisie, Tanzanie, Tchad, Sénégal, Burkina-Faso), Belgique et quelques pays du Golfe dont Bahreïn, Jordanie et Palestine», souligne Jamal Eddine Naji, DG de la HACA (Ph. YSA)

- L’Economiste: Quel est l’objectif d’une telle rencontre?
- Jamal Eddine Naji:
Si l’on prend l’Amérique latine post dictature, on se rend compte que soit vous avez affaire à un modèle anglo-saxon. Et là, souvent les télécoms sont, en même temps que l’audiovisuel, au sein d’une même instance. Soit vous avez affaire à un modèle comme celui du Brésil qui n’a pas d’instance de régulation et où le privé s’autorégule sans autre droit que celui pénal vis-à-vis des valeurs.
Cependant, l’Amérique latine est en train de développer un nouveau modèle avec la société civile et les radios communautaires et associatives soutenues fortement par l’Unesco. Alors qu’en Afrique, certains pays ont été régulés bien avant l’Amérique latine. Dans ce continent, les régulateurs opèrent davantage selon le modèle francophone. Ils tirent leurs systèmes de modèles démocratiques puisqu’il s’agit de démocraties en construction. D’une certaine façon, le Maroc veut se placer pour profiter des expériences de ces deux modèles. Il est aussi intéressé par l’échange qui se fera entre ces deux mondes sur des questions précises comme le pluralisme politique et d’opinion, comme la question des minorités, la diversité culturelle, et les médias communautaires et associatifs. C’est un benchmark physique qui va nous servir et qui pourrait susciter des partenariats entre les deux continents.

- De quelle manière la HACA est-elle perçue par les médias: régulateur ou gendarme?
- Nous sommes dans un contexte de partenariat. Les gens comprennent parfois que nous sommes le gendarme. Mais par rapport à quoi? La HACA veille à ce que les valeurs de la Constitution ne soient pas transgressées. Ça s’arrête là. Car, nous avons instauré une corégulation depuis 2 ans et ça marche bien. Elle émane d’un système de banques de données ouvertes à tous les opérateurs et où toutes les informations que nous avons sur eux et tout le processus du suivi de leurs programmes leur est accessible en ligne. Peut-être, l’autorégulation viendra dans 20 ans et ceci devrait être accompagné par la formation de personnel.
 - La rencontre de Fès s’achève ce vendredi par une déclaration finale. Quels sont les grands axes de ce nouveau pacte?
- Cette rencontre nous aide à tisser des liens, rayonner, et améliorer nos instruments. Il faut noter que le Maroc exporte déjà son modèle en Afrique (7 pays), en Belgique et quelques pays du Golfe. La régulation est la culture la plus sophistiquée de la démocratie. C’est une affaire de médiation. A la HACA, notre cap depuis 5 ans est d’instaurer une co-régulation en imaginant qu’on peut arriver à une autorégulation. La déclaration de Fès devrait inciter davantage au rapprochement entre les régulateurs des deux continents, et soutenir l’idée d’échanger sur des questions très difficiles. On peut aller jusqu’au contenu de l’Internet, la diversité, le respect des valeurs, la liberté éditoriale, et le pôle public… En réfléchissant sur ces questions d’une manière commune, on permet de déclencher l’autorégulation avec des standards modèles des pratiques. Quand on parle de médias associatifs, on parle d’une charte mondiale de respect de certaines valeurs d’humanité. Et c’est ce que nous voulons.
Propos recueillis par Youness SAAD ALAMI

 

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