Société

La triste vie des animaux du jardin Lahboul de Meknès

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4982 Le 16/03/2017 | Partager
Ordures, mauvaises herbes, absence d’entretien… un désastre
Les défenseurs de la nature lancent des cris d’alerte
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Des espèces en détresse, un jardin historique délabré, et des visiteurs à qui manque le savoir-vivre… Les défenseurs des animaux lancent des cris d’alarme sur les conditions de vie précaires des pensionnaires et sur les infrastructures délabrées du jardin Lahboul… et ils ont raison (Ph. YSA)

A Meknès, la réhabilitation du petit zoo du jardin Lahboul devient une véritable urgence. A l’abandon, le site historique, qui devait bénéficier d’un projet de réhabilitation en 2015, tombe en ruine. «Ses animaux sont menacés, tout comme sa végétation», déplorent les défenseurs de la nature. Ce à quoi répond Abdallah Bouano, maire PJD de Meknès: «nous sommes conscients de cette situation et nous participons à sa restauration à hauteur de 5 millions de DH. 17 autres millions seront pris en charge par des partenaires dont principalement la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement». Des propos qui ne réconfortent pas pour autant les défenseurs des animaux. Ces derniers lancent des cris d’alerte sur les conditions de vie précaires des pensionnaires et sur les infrastructures délabrées. 

Situé à Meknès, à quelques minutes de la médina, Lahboul était à l’origine le quartier résidentiel de colons espagnols et français. L’hospitalité des résidents et l’ambiance qui y règne en font une place fort appréciée des visiteurs. C’est ainsi que le décrivent les habitants de Meknès. Fondé dans les années 1920, ce jardin accueille les premiers animaux en 1950. Deux ans plus tard, il sera répertorié parmi les jardins du Maroc. «Il y avait des lions, des tigres et des jaguars… pris en charge par la famille Pagnol», raconte-t-on. Au début des années 1980, une bonne partie des animaux du zoo de Meknès est transférée à celui de Témara… avant de les rapatrier en 1988 après une première réhabilitation du jardin et l’installation de l’éclairage public. En 1999, les animaux carnivores (lions, tigres et renards) avaient été envoyés au zoo de Rabat. «Car, le jardin de Meknès ne disposait pas de cages aux normes internationales et son budget était limité», expliquait un responsable du site. 
Actuellement, l’état de délabrement de ce jardin est très avancé. Il est 16 heures ce dimanche 12 mars et la principale porte de Lahboul est encore ouverte (jusqu’à 18h30). Pour y accéder, il faut payer 2 DH par personne… mais bizarrement aucun ticket n’est donné au visiteur. A l’intérieur, des dizaines de familles font du pique-nique au milieu des mauvaises herbes. D’autres jeunes sont venus en excursion. 
Aux abords du jardin, et à côté du mur de clôture, des ordures ménagères et autres offrent un spectacle des plus désolants. Au centre du site, précisément du côté de la population animalière, la détresse est palpable. Les cages des différentes espèces sont très mal entretenues.
Affamés, les animaux du petit zoo comptent énormément sur la générosité des visiteurs. Ils mangent tout ce qu’on leur offre. Certains leur jettent des morceaux de pain, d’autres du popcorn, des biscuits ou des cacahuètes. Agité, un jeune lama court dans tous les sens. Son «camarade de cellule» est allongé sur le sol, haletant.  Le jardin Lahboul est considéré comme le poumon de la ville de Meknès. S’étendant sur une superficie de 5 hectares, le site historique comptait, il y a deux ans, une centaine d’animaux dont les célèbres singes magots, 2 porcs du Vietnam (âgés de plus de 20 ans), 2 kangourous, un lama et 2 marapatagonia d’Argentine. En clair, des espèces «très rares», mais dont une bonne partie a malheureusement «disparu».

Le projet de restauration

Selon Abdallah Bouano, président du conseil municipal de Meknès, «un grand projet de restauration du jardin Lahboul est en projet avec la Fondation Mohammed VI pour l’Environnement». Doté d’un investissement de 22 millions de DH, ce programme prévoit le réaménagement des allées du jardin, l’installation de fontaines, la réhabilitation  de son théâtre en plein air, la rénovation des cages pour animaux, ainsi que l’installation des plaques descriptives des espèces animalières. Grâce à ce projet, le jardin devrait se doter également d’une monographie des espaces verts avec un circuit pédagogique pour des visites botaniques (arbres, arbustes, palmiers canariensis de près de 30 mètres, washingtonia…) et d’autres animalières, à l’instar des jardins exotiques. Le site sera alimenté également d’autres espèces d’animaux.

 

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