Analyse

Forum Afrique Développement: Les investisseurs doivent verrouiller leur business model

Par Khadija MASMOUDI | Edition N°:4982 Le 16/03/2017 | Partager
Les tournées royales sont un appui très précieux
Mais il faut que les projets tiennent la route
Des fonds spécifiques pour assurer des financements importants
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Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM: «Nous avons ouvert un chantier avec la DGI pour examiner l’ensemble des conventions de non double imposition signées par le Maroc et lancer avec le gouvernement les mesures nécessaires pour les faire aboutir» 

Des conventions avec plusieurs pays du continent sont certes signées, mais cela n’est pas suffisant. L’entreprise marocaine doit ficeler son business model et aller sur le terrain. Pour que les PME captent le potentiel qui existe en Afrique, il faut une offre structurée et une approche collective des marchés.  Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM, souligne la nécessité de disposer de lignes de financement plus importantes pour accompagner la dynamique des entreprises marocaines sur le continent.  
- L’Economiste: Plusieurs conventions sanctionnent les différentes tournées royales dans les pays africains. Que conseillez-vous aux entreprises qui désirent accompagner ce mouvement?  
-Miriem Bensalah-Chaqroun:
Les conventions signées dans le cadre des tournées royales, et plus particulièrement en Afrique, sont de deux types. Nous avons des conventions de coopération dont celles à vocation de protection des investissements et de non double imposition. Elles profitent à toutes les entreprises et servent à régir les relations économiques entre les deux pays après leur passage dans les circuits d’approbation. 
La deuxième catégorie concerne des projets spécifiques à des entreprises et qui peuvent être signés entre des privés ou entre privé et public. Préparées en amont et signées lors des tournées royales, ces conventions portent sur des projets concrets et s’inscrivent le plus souvent dans une logique d’investissement industriel ou de projets d’infrastructure. Elles doivent aussi être porteuses de création de valeur ajoutée et d’emplois locaux. 
Nous conseillons aux entreprises de bien verrouiller leur business model et de faire arriver leur projet à maturité, indépendamment des tournées royales. Leurs actions doivent s’inscrire dans une logique de durabilité. Les tournées royales leur donnent un appui institutionnel et une solennité plus importante certes, mais le travail sur le terrain est incontournable. Cela sans compter que cet appui institutionnel a pour contrepartie un engagement à délivrer ce qui a été promis.
 
- Les mesures d’accompagnement vous semblent-elles suffisantes? 
- En ce qui concerne la réglementation de change, il n’y a aujourd’hui aucune difficulté. 
L’Office des changes a mis en place des dispositifs spécifiques qui permettent aux entreprises de bénéficier de facilités de transfert de fonds. 
Pour ce qui est de l’appui financier, des banques marocaines fournissent des efforts pour accompagner les entreprises. Cependant, le Maroc ne dispose pas des mêmes ressources financières que certains pays concurrents dans des secteurs notamment d’infrastructure, à savoir la Chine, la Turquie ou l’Inde. 
Ces pays bénéficient de lignes de financement nettement plus importantes que les nôtres et sur des projets qui sont souvent financés par leurs banques ou Etats. Ce qui leur donnent un accès privilégié à ces projets d’infrastructure. 
 Malheureusement, aujourd’hui, nous ne disposons pas encore de ces mesures d’accompagnement financier compte tenu de nos ressources. Néanmoins, le Maroc pourrait accompagner les entreprises dans cette dynamique, à travers la création d’un fonds spécifique via éventuellement des fonds souverains de pays partenaires du Maroc ou des lignes de financement des institutions internationales (BAD, BID, Banque mondiale…)   

- Les conventions de non double imposition ne sont pas toujours suivies d’application. Cela ne risque-t-il pas d’entraver l’investissement dans certains pays?
- Le Maroc a signé de nombreuses conventions de non double imposition avec les pays d’Afrique subsaharienne. Seulement six  sont en application (voir aussi page 6). 
Plusieurs accords sont déjà signés, mais non encore ratifiés. Par conséquent, notre vocation à être un hub pour l’Afrique ainsi que toutes les actions menées par nos entreprises dans le cadre notamment des contrats de services en sont pénalisées. Pour pouvoir dépasser cette situation, il est important qu’il y ait une prise en main de ces conventions par une task force afin de pousser au plus vite à leur concrétisation. A la CGEM, nous avons récemment ouvert un chantier avec la DGI pour examiner l’ensemble des conventions de non double imposition signées par le Maroc -et pas seulement avec des pays africains- et lancer avec le gouvernement les mesures nécessaires pour les faire aboutir.
 
- Quel est le profil des entreprises marocaines qui investissent en Afrique? 
- Le profil des entreprises qui investissement en Afrique est assez varié. La voie a été ouverte par les champions nationaux du secteur des services. Ensuite d’autres secteurs leur ont emboîté le pas, notamment le BTP, l’immobilier, les mines et, progressivement, les PME des secteurs de services. Aujourd’hui, la première catégorie d’entreprises qui investit sur le continent est celle qui a développé une expertise sur le marché marocain et qui a cette capacité à se projeter à l’international. 
Mais notre volonté se concentre essentiellement sur la PME marocaine, socle de notre tissu économique et entrepreneurial. Celle-ci commence à trouver sa place. Le développement à l’international nécessite l’ouverture à de nouvelles ressources humaines, la mise en place de nouveaux styles de gouvernance, notamment la responsabilisation des dirigeants de filiales, la délégation de pouvoir et le contrôle.
Un autre point qui fait que la PME n’arrive pas à capter tout le potentiel qui existe sur le continent réside dans le fait que nous n’avons pas encore structuré une offre et une approche collective des marchés. Aujourd’hui, les entreprises marocaines restent solitaires dans leur approche de développement en Afrique. Or, il faut que nous développions des offres consortiales et regroupées que ce soit dans la dynamique de business développement ou dans celle d’implantation. Il est important actuellement que ces facteurs limitant le développement de la PME marocaine à l’international puissent être adressés pour que nos PME soient plus compétitives sur le marché.

Les atouts des entreprises marocaines

Investissements français, turcs, chinois, indiens… La compétition est rude... Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM, estime que l’offre marocaine a ses propres spécificités qui la distinguent. Cela tient d’abord à la capacité des entreprises marocaines à intervenir sur les marchés africains. Celles-ci ont  contribué de manière forte à tous les plans sectoriels du pays et ont eu à expérimenter leurs savoir-faire et leur expertise dans des cadres similaires aux pays africains contrairement aux pays concurrents. «Nous avons un savoir-faire adapté à notre continent et structuré pour répondre à des problématiques qui lui sont spécifiques», soutient la patronne des patrons. Les entreprises marocaines ont également une agilité, une expertise et une flexibilité pour pouvoir s’implanter très rapidement avec des ressources humaines et des coûts de structure africains. Et ce, contrairement à certains acteurs qui se voient dans l’obligation d’envoyer des expatriés d’Europe avec des coûts assez élevés. 
Aussi, les entreprises peuvent-elles intervenir sur des marchés disparates en termes de capacité. Un marché d’un million d’habitants par exemple peut être difficilement adressé par une entreprise chinoise ou indienne qui commence à raisonner à une dimension de 20, 30 ou 50 millions d’habitants. «Nous pouvons servir aussi bien celui qui gagne un dollar par jour que celui qui a des revenus importants à travers une approche d’adaptation sociale que nous avons pu développer», poursuit la présidente de la CGEM. 
Les entreprises marocaines interviennent à la fois dans les grands chantiers d’infrastructure (télécoms, BTP, électrification) que dans les projets portant sur des produits de consommation de masse (financement, logement, agroalimentaire).
Ensuite, le deuxième facteur, extrêmement important, réside dans la dimension développement humain et social et co-émergence qui est intégrée à l’offre marocaine portée par la vision africaine de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. «Aujourd’hui, dans notre approche de développement sur le continent, nous sommes dans une dynamique qui est adossée au plan de développement des pays africains», soutient Bensalah-Chaqroun. La  philosophie poursuivie est de développer de la valeur ajoutée, de faire travailler les ressources humaines locales et de faire en sorte que les fruits de développement des entreprises marocaines bénéficient aux populations de l’Afrique dans une démarche gagnant-gagnant.

 

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