Culture

Mustapha Azeroual, le chasseur de lumière

Par Amine Boushaba | Edition N°:4979 Le 13/03/2017 | Partager
Première exposition individuelle de l’artiste au Maroc
Un travail artistique et scientifique sur la matérialisation de la lumière
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Les photographies de Mustapha Azeroual frisent l’abstraction. Ici, épreuve travaillée à la gomme bichromatée monochrome, multicouche (CR CulturesInterface)

Mustapha Azeroual a la passion de la lumière. Une matière qu’il traque, à la manière d’un chasseur, un peu partout dans le monde. Suivant les contours des montagnes de l’Atlas ou scrutant les rivages scandinaves, patiemment, lentement, dans une démarche presque anachronique, Azeroual nous révèle des fragments de paysages, qu’il a tôt fait de transformer en motifs et dont l’existence n’est justifiée que par rapport à la lumière qui les révèle. Pour ce faire le photographe autodidacte, scientifique de formation, confronte les techniques historiques de prise de vue et de tirages aux enjeux contemporains de la photographie.

L’utilisation de la gomme bichromatée, du daguerréotype…, des techniques datant du 19e siècle, n’est pas guidée par une nostalgie du geste authentique ou artisanal, mais par une envie d’explorer le medium en démultipliant les champs et les dimensions photographiques les poussant jusqu’aux derniers retranchements. Résultat, des œuvres, d’une poésie saisissante, irradiante, flirtant avec l’abstraction, dans une approche quasiment plasticienne qui surprend au premier regard. «Je ne suis pas dans un rapport précieux à l’image. Si l’objet photographique que je travaille est précieux, l’image l’est beaucoup moins dans son côté lisible et brut. Toutes les phases de travail que je vais effectuer sur cette image vont permettre d’épuiser tout ce qu’on peut voir et qui nous éblouit pour ne garder qu’une image essentielle et façonnée», explique Azeroual. Tout le contraire d’un cliché instantané, car le sujet n’a pas beaucoup d’importance dans le travail de Mustapha Azeroual, en tout cas pas autant que cette lumière qui lui permet d’être perceptible car si «la lumière n’est pas visible, elle n’en est pas moins un élément matériel qui rend le sujet visible».

«Archéologie de la lumière» est la toute première exposition monographique de l’artiste au Maroc à la galerie Cultures Interface. Elle traverse les deux dernières années de recherche et d’étude de l’artiste sur la matérialité de la lumière, l’enregistrement de la couleur, sur le motif et la limite de sa lisibilité ou encore l’impact du support sur l’image. Un travail qui puise également dans la vidéo et la sculpture. Comme cette série d’objets présentés dans l’expo, pensés en formes pleines comme des négatifs de lumières, recréés en sculpture de bronze s’inspirant de bols réflecteurs présents sur les flashs de studios.

 Considéré comme une des valeurs montantes de l’art contemporain en France, Mustapha Azeroual a participé à différentes foires et expositions internationales dans le monde. Il est résident permanent de la Capsule, centre de création photographique du Bourget à Paris, depuis plusieurs années. Il développe actuellement le projet Ellios, une étude de la lumière en partenariat avec le Lesia (pôle d’observation du soleil de l’Observatoire de Paris-Meudon). En 2015, il est invité en résidence artistique par CulturesInterface où il se rend dans le Haut Atlas pour démarrer sa nouvelle série Ellios. Dans le cadre de la première Biennale des photographes du monde arabe contemporain à Paris en 2015, il présente Radiance#2, œuvre particulièrement remarquée par la presse  et les critiques, dont une cinquième version est présentée dans l’expo ouverte au public du 10 mars au 1er avril. Il s’agit d’une œuvre à impression lenticulaire qui assemble par juxtaposition une série d’images de lever et coucher du soleil. Un véritable artefact aux nuances si variables que deux personnes  au même endroit ne peuvent jamais percevoir les mêmes couleurs.

 

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