Chronique

Maroc-Cedeao: Les enjeux d’une future adhésion

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:4978 Le 10/03/2017 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

Après le retour du Maroc dans l’Union africaine, le Roi Mohammed VI dans son discours du 31 janvier 2017 à Addis Abeba avait déclaré que «l’UMA s’est éteinte et que la Cedeao (dont le Maroc est Observateur) offre un espace fiable de libre circulation des personnes, des biens et des capitaux». Le 24 février 2017, il a demandé l’adhésion du Maroc à la Cedeao, qui a été formalisée par une lettre du ministère des Affaires étrangères à Ellen Johnson Sirleaf, présidente en exercice de la Cedeao, de la volonté du Maroc de s’insérer dans cet ensemble régional en tant que membre à part entière.

Les arguments présentés par Rabat sont tout d’abord que le Royaume considère la famille africaine comme sa famille de référence. Le ministère des Affaires étrangères rappelle qu’il y a eu 23 visites royales dans 11 pays de la Cedeao, au cours desquelles ont été signés plus d’une centaine d’accords dans plusieurs domaines. D’autre part, le Maroc satisfait à tous les critères d’adhésion à la Cedeao, dont tous les membres sont des alliés politiques du Maroc, même si deux pays de la région reconnaissent encore la Rasd. Enfin le Maroc est le premier investisseur africain dans la Cedeao.

On ne peut qu’adhérer avec enthousiasme à cette nouvelle initiative royale d’adhésion de notre pays à la Cedeao.  Il ne faut cependant pas minimiser les défis de cette adhésion: afflux de migrants suite à la libre circulation des personnes, application du Tarif extérieur commun de la Cedeao, projet de création d’une monnaie unique à l’horizon 2020. Il est en effet logique que le Maroc se tourne vers un autre espace régional que l’UMA, du fait de la difficulté pour le moment de concrétiser l’Union maghrébine.

Rien n’empêche à l’avenir, si les conditions changent, de ressusciter l’Union maghrébine à laquelle il ne fait pas en tout cas renoncer définitivement. L’adhésion du Maroc à la Cedeao va renforcer sa position quant à la question du Sahara et lui ouvrira de larges opportunités sur le plan économique. En effet, l’adhésion en tant que membre à part entière va se traduire par l’élimination des droits de douane et des obstacles non tarifaires à l’entrée des produits marocains. Elle va faciliter également les investissements marocains dans cette région et permettre aux Marocains d’y circuler librement. Le Maroc de son côté va apporter à la Cedeao son expertise dans plusieurs secteurs économiques, ainsi que dans le maintien de la paix, et contribuer à l’intégration de cette région notamment à travers le gazoduc Nigeria-Maroc.

Il est judicieux de rappeler que la Cedeao ne se contente pas d’un rôle économique. Dès 1978, elle a adopté un protocole de non agression suivi en 1981 du protocole d’assistance en matière de défense. En 1990 a été mis en place l’Ecomog qui est une force d’interposition qui a intervenu notamment dans les guerres civiles du Liberia, de Sierra Leone, et de Guinée-Bissau.

En juillet 1991, a été élaborée une Déclaration des principes politiques, et en 1999 les attributions de l’Ecomog ont été élargies à la supervision des cessez-le-feu, le maintien de la paix, l’intervention humanitaire, le déploiement préventif, le désarmement et la démobilisation. Sur le plan pratique, le 7 décembre 2010 la Cedeao a suspendu la Côte d’Ivoire à la suite du refus de Laurent Gbagbo de céder le pouvoir à Alassane Ouattara. Le 12 octobre 2012, suite à la demande de l’ONU, la Cedeao a participé à la Mission internationale de soutien au Mali. Enfin en janvier 2017, la Cedeao s’est engagée avec succès dans la médiation de la crise gambienne qui a permis à Adama Barrow d’être investi en tant que président de la République de Gambie. On ne peut que féliciter la Cedeao de ce rôle dans le champ politique, car le développement économique et social en Afrique ne peut se parachever sans la stabilité politique.

700 milliards de dollars de PIB

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La Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) est une organisation intergouvernementale créée le 28 mai 1975 dont le siège est à Abuja au Nigeria. Elle est composée de 15 membres qui sont le Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo. Notons que la Mauritanie ne fait pas partie de cet ensemble régional, et que 8 pays de la Cedeao ont une monnaie commune le franc CFA dans le cadre de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine).

Ces pays sont: le Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo. Le but principal de la Cedeao est de promouvoir la coopération et l’intégration avec pour objectif de créer une union économique et monétaire ouest-africaine. Sur le plan économique, son PIB est de 700 milliards de dollars et sa population est de 320 millions d’habitants. Ses principales ressources naturelles sont le pétrole, l’or, le cacao, le coton, le café et le caoutchouc. L’intégration économique des pays de la Cedeao atteint 10% pour le commerce interrégional, avec la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux. En 2015,  a été instauré un tarif extérieur commun par 9 pays de la Cedeao, tandis que de gros efforts ont été faits pour l’harmonisation des lois et règlements régissant l’économie.

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