International

Les enjeux des législatives aux Pays-Bas

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:4977 Le 09/03/2017 | Partager
Près de 13 millions de Néerlandais se rendront aux urnes le 15 mars
La montée de l’extrême droite inquiète
La campagne surfe sur les thèmes de l’islam et l’immigration
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Il reste un peu plus d’une semaine avant les élections législatives aux Pays-Bas qui se tiendront le 15 mars. Premiers à se rendre à l’isoloir (avant les Français et les Allemands), les 12,9 millions d’électeurs potentiels néerlandais pourraient donner l’élan à une vague «d’extrême droite eurosceptique, anti-immigration et anti-islam». Après les victoires surprises du «oui» au référendum sur le Brexit et de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, le député d’extrême droite Geert Wilders est l’énigme de ce scrutin. «Il faut tenir compte du profil socio-économique des électeurs qui influence les comportements électoraux», d’après Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique de Saxo Bank(1).

Le taux de participation des 20% les plus riches est en moyenne de 84% alors que pour les 20% les moins riches, il est d’environ 65%. Ce différentiel est supérieur à la moyenne de 13 points de pourcentage de l’OCDE. «Dans ces circonstances, la sous-mobilisation politique le jour du vote des plus démunis, qui sont habituellement plus réceptifs aux discours anti-euro et anti-immigration, pourrait avantager les partis de gouvernement», explique l’économiste. Selon un sondage d’Ipsos publié fin février, 80% des personnes interrogées sont inquiètes par l’immigration et 86% craignent «un déclin des valeurs traditionnelles de la société hollandaise».

Même dans l’hypothèse où le Parti pour la liberté (PVV) parviendrait au gouvernement et souhaiterait imposer son agenda européen, rien ne permet d’envisager un «Nexit» sur l’exemple du Brexit, précise Christopher Dembik. La législation actuelle ne permet tout simplement pas de tenir un référendum sur l’euro. La loi sur le référendum consultatif (2015) autorise un référendum d’initiative populaire sur les nouvelles lois adoptées par le Parlement et non sur les traités déjà existants. Même si cela était possible, une telle initiative aurait peu de chances d’aboutir étant donné le soutien massif de la population à l’appartenance à la zone euro. La seule solution serait que le Parlement propose un scrutin sur cette question. Mais, «comme pour le référendum consultatif, son résultat ne serait pas contraignant pour le gouvernement». En outre, au regard des dernières tentatives sur le sujet en 2016, aucune majorité parlementaire ne semble en mesure d’apparaître pour faire aboutir cette proposition.

■ Qui est dans la course?
Le match principal voit s’affronter le Parti pour la liberté (PVV) de Geert Wilders et le Parti populaire libéral et démocrate (VVD) du Premier ministre libéral Mark Rutte. Autour gravitent plusieurs partis moyens et petits. Au total, ils sont 28 à se disputer les 150 sièges de la Chambre basse du Parlement alors que 76 sièges sont nécessaires pour constituer une majorité. Loin d’être insignifiants, ils détournent les électeurs des partis traditionnels. Sans oublier qu’ils possèdent un véritable pouvoir dans le système de représentation proportionnelle néerlandais: celui de faire pencher la balance des coalitions.

■ Un Maroco-Néerlandais défie l’extrême droite
Le chef du parti écologiste Jesse Klaver se veut, à l’approche des élections législatives, un antidote contre la montée de la xénophobie aux Pays-Bas. Celui qui, en quelques mois, a fait bondir son parti GroenLinks (GaucheVert, écologistes, 4 députés sortants) dans les sondages, est né d’un père d’origine marocaine et d’une mère néerlando-indonésienne. A trente ans, il est le plus jeune dirigeant de parti de l’histoire du pays et assure savoir ce que «c’est que de grandir aux Pays-Bas avec des origines étrangères». Ce jeune homme au look souvent décontracté a ses chances dans la course pour devenir Premier ministre.

■ Quels thèmes au cœur de la campagne?
Alors que le continent européen est aux prises avec sa pire crise migratoire, la campagne néerlandaise surfe sur les thèmes de l’islam et l’immigration. S’il devenait Premier ministre, Geert Wilders a promis «d’interdire la vente des Corans, de fermer les mosquées et de bloquer l’accès aux migrants issus de pays musulmans». Dans une tentative manifeste de courtiser les électeurs d’extrême droite, d’autres partis ont davantage mis l’accent au fil de la campagne sur ce qu’ils appellent les «valeurs néerlandaises». Toutefois, la sécurité sociale, la retraite et les conditions de travail restent au cœur des plus grands débats.

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(1) «Elections aux Pays-Bas: se faire peur pour rien».

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