DOSSIER 8 MARS

Qu’en pensez-vous messieurs?

Par Salwa TAZI | Edition N°:4976 Le 08/03/2017 | Partager
salwa_tazi_076.jpg

Ecrivaine et chroniqueuse

Pourquoi les qualités intrinsèques à l’être humain seraient-elles le privilège de l’homme? Pourquoi sous-estimer la valeur des femmes ou les empêcher de réussir au même titre qu’un homme? D’aussi loin que je me souvienne, je ne me suis jamais trouvée «inférieure» ou  «supérieure» à l’homme, mon compagnon de route.

Déjà en 1943, tandis que feu Mohammed V inaugurait l’école de jeunes filles de la Qarawiyine, il déclara: «La nation est comme un pont qui se construit grâce à deux piliers: la femme et l’homme». Je n’en ai jamais douté. Nous sommes tous deux acteurs complémentaires dans la société. J’ai eu la chance de côtoyer des éducateurs, qui m’ont encouragée à viser les mêmes emplois que les hommes et à rêver aux mêmes exploits. Ne sommes-nous pas nés de la même glaise avec les mêmes cellules? La déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen stipule dans l’article premier: «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits». Une société bâtie sur de tels principes, engendre le respect mutuel. Instaurer l’égalité sociale entre citoyennes et citoyens, c’est poser la première pierre afin d’édifier une nation responsable.

D’autre part, l’Islam n’a-t-il pas proclamé, je cite: «La seule différence qui puisse exister entre Arabe et non-Arabe, entre femme et homme, entre l’homme noir et l’homme blanc, serait exclusivement celle de la piété?» Cela étant, pourquoi toujours prendre en considération les différences de nature, de race, de sexe sinon pour favoriser certains au détriment d’autres?
Or, qu’attendre d’une société machiste où les préjugés sont résistants dans l’inconscient populaire? Une société où les mentalités et la coutume étouffent la femme en glorifiant l’homme à l’égal d’un saint? On la croit ou on la veut irresponsable, idiote ou «blonde» (les préjugés sont tenaces avec les blagues misogynes) et les dictons du style «sois belle et tais-toi» prolifèrent à tout va! On dit en arabe: «Zin errajel fi 3klou, wa 3akel el M’ra fi zine ha» (la beauté de l’homme est dans son intelligence et l’intelligence de la femme est dans sa beauté.) Pourquoi assujettir la femme à sa fonction purement biologique? La femme comme l’homme peut être «utilisée» comme un objet sexuel ou de reproduction. Ce n’est pas une spécificité féminine, c’est une réalité humaine.

Pour cela je réclame les mêmes prérogatives que l’homme. Chaque nouvelle loi qui garantit à la femme des droits égaux à ceux des hommes est une victoire non seulement pour les femmes, mais pour la famille, pour la société et pour les générations à venir. Il faut tendre vers cet équilibre pour le bien de tous. C’est dans cette optique-là qu’il faut éduquer nos filles et nos garçons et leur apprendre à voir dans l’esprit du miroir un être humain avant d’y voir un… sexe fort ou un sexe faible!

Alors?

Au XXIe siècle, les femmes luttent encore pour l’acquisition de droits élémentaires, n’est-ce pas aberrant? Nous cédons for the present time, à la prétendue loi du plus fort, même si elle n’est pas légitime, en espérant que «le plus fort ne sera jamais assez fort pour rester le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir» (Rousseau)
Qu’en pensez-vous messieurs?

1
C’est le nombre de directrices
d’Académie régionale de l’éducation et de la formation au Maroc (à Dakhla-Oued Ed-Dahab), sur un total de 12.
Au ministère de l’Education nationale, sur 14 directeurs centraux, seuls
trois sont des femmes  
(SI, communication et
programme Genie).

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc