DOSSIER 8 MARS

«J’aimerais tant pouvoir écrire comme tout le monde»

Par Zhour LE QOUIDER | Edition N°:4976 Le 08/03/2017 | Partager
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Présidente de l’Association marocaine des troubles et difficultés d’apprentissage (Amtda) (Ph. Alnasser)

Quand je vois quelqu’un écrire correctement sans commettre de faute d’orthographe, pour moi c’est quelque chose d’extraordinaire! Je rêve de pouvoir y arriver aussi. Existe-t-il un miracle pour m’aider à réaliser mon rêve un jour? Non pas que je ne sois pas suffisamment instruite… Mais je suis atteinte de dyslexie. Vous savez, ce trouble de la lecture qui vous empêche d’assimiler correctement le langage écrit. Je ne l’ai pas choisi, je suis née avec. Il existe, évidemment, des correcteurs automatiques et logiciels qui peuvent aujourd’hui vous aider à écrire. Ils ne sont, cependant, pas toujours fiables. Parfois, ils peuvent vous sortir des mots qui changent complètement le sens de ce que vous souhaitiez exprimer. Mes deux enfants sont aussi dyslexiques. A l’école, ils sont excellents en sciences, comme moi je l’ai été. Leur seul défaut, c’est l’orthographe. Et ils sont, à chaque fois, sanctionnés pour ça. C’est injuste.

La quasi-totalité des enseignants ne comprennent pas, ou ne savent tout simplement pas, qu’il s’agit d’une pathologie qui touche pratiquement 12% des enfants. Une part énorme! La dyslexie est un handicap, et l’élève doit pouvoir bénéficier d’un traitement personnalisé en classe. Les enseignants ne le voient pas de cet œil. Ils pensent que les enfants sont «stupides», ou qu’ils sont trop paresseux pour fournir des efforts. Ils ne savent pas que c’est un calvaire au quotidien, puisque les personnes dyslexiques souffrent aussi de difficultés d’orientation, de gestion du temps, d’organisation. Cela leur prend deux fois plus de temps et d’énergie pour exécuter des tâches qui peuvent paraître banales pour les gens normaux.

Malheureusement, à l’école, les enfants doivent rentrer, coûte que coûte, dans un cadre préétabli. Quand ils sont différents et qu’ils ont besoin d’apprendre différemment, ils sont mis à l’écart, rejetés. L’école, qui ignore encore les troubles de l’apprentissage, leur met la pression, les traite parfois de manière inhumaine, jusqu’à ce qu’ils quittent le système.

Les parents lettrés, et plus ou moins aisés, se battent pour la scolarité de leurs enfants, tentent de les inscrire dans des modèles alternatifs et ne baissent jamais les bras. Les enfants qui n’ont pas eu la chance d’être «bien nés» n’ont d’autre possibilité que de quitter l’école et de sombrer dans l’ignorance. D’ailleurs, nous enregistrons chaque année un nombre effarant d’élèves qui abandonnent leur scolarité. Il n’y a pas d’étude dans le domaine, mais il doit y en avoir beaucoup qui souffrent de dyslexie sans jamais avoir été diagnostiqués.
Pourtant, les enfants dyslexiques sont connus pour avoir des dons exceptionnels dans différents domaines. Que de talents gâchés et de destins brisés!
La dyslexie n’est pas une fatalité. Il est possible de s’adapter, d’évoluer et de libérer tout son potentiel, à condition d’être accepté et bien accompagné. Donnons aux enfants victimes de troubles de l’apprentissage une chance de s’en sortir.o

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