Culture

Les «gueules noires» de Mehdy Mariouch

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4963 Le 17/02/2017 | Partager
Une exposition photo au centre culturel l’Uzine
Le quotidien des mineurs clandestins de Jerada et Ahoulil
gueules_noires_063.jpg

Documenter le quotidien, c’est la mission que s’est donnée Mehdy Mariouch à travers sont travail photographique. L’artiste signe avec «Bribes de vie, de Balima à Jerada» sa première exposition individuelle (Crédit Mehdy Mariouch)

Ils ont cette fierté légendaire des gens de l’Oriental, malgré la misère, la précarité, l’abandon… Des hommes, parfois des femmes, qui n’ont plus que leur dignité à laquelle s’accrocher et qui n’ont d’autre alternative que de creuser la montagne pour survivre. Hommages aux mineurs de Jerada (à une soixantaine de km d’Oujda), la cité de charbon oubliée et à ceux de Ahoulil (dans le Haut Atlas oriental) et qui fût il y a une quarantaine d’année l’un des plus grands gisements de plomb du Maroc.

«Bribes de vie, de Balima à Jerada» c’est le titre de l’exposition photographique de Mehdy Mariouch, à partir du 18 février à l’Uzine, le centre culturel de la fondation Touria et Abdelaziz Tazi à Casablanca.  Dans ces deux localités, à peine perceptibles sur la carte du pays, sont restées des familles entières, coincées dans ces paysages miniers qui font froid dans le dos avec comme seul moyen de survie: s’engouffrer clandestinement  jusqu’à 60 mètres sous terre au péril de leur vie pour gratter quelques sacs de charbon, de zinc ou de plomb.

Les conditions de travail sont extrêmes, les puits sont creusés artisanalement avec des pelles et stabilisés à l’aide de morceaux de bois récupérés dans la forêt avoisinante. Les accidents mortels, les tragédies font partie d’un quotidien qui semble tout droit sorti du «Germinal», roman d’Emile Zola.  C’est cette détresse, mais également  résistance que semble avoir capturé Mehdi Mariouch, qui signe là sa première exposition individuelle: «Ni voyeur, ni spectateur, Mehdy Mariouch propose une vision en immersion dans une existence fragile et abrupte sans jamais sombrer dans le misérabilisme et la mise en scène suggestive. Son regard est frontal sans compromis, qu’il s’attarde sur  un visage noirci ou un bâtiment désolé, mais toujours emprunt de poésie, d’émotion et d’une sorte de douceur…

Celle de l’empathie!» précise Florence Renaut-Darsi, la commissaire de l’exposition. Le photographe propose en effet une série de photographies en noir et blanc et en couleur reflétant sa préoccupation et sa réflexion profonde sur l’humain. Une réflexion entamée il y a plusieurs années, où étudiant à l’école des Beaux-Arts de Casablanca  Mehdy Mariouch avait pour projet de «documenter l’abandon». C’est de là qu’est venu l’intérêt pour les espaces désertés, les villes fantômes et finalement la rencontre avec ces héros souterrains.  
Résultat: des clichés à la lisière entre la photo documentaire et la photo d’art. Car pour Mehdy Mariouch, «le travail le plus noble pour un photographe c’est de témoigner des conditions humaines, de documenter le quotidien. C’est ce qui fabrique l’Histoire», dit-il.

 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc