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Culture

SIEL: La recette pour séduire le petit lecteur

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:4962 Le 16/02/2017 | Partager
Des maisons d’édition pionnières poursuivent leur aventure
Le livre marocain encore trop cher par rapport à ses concurrents
Un marché très disparate au niveau de la qualité
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Plusieurs études ont abouti à la conclusion que lire une histoire aux enfants le soir pouvait contribuer à leur faire aimer la lecture. Les laisser choisir leurs livres est également important (Ph. Jarfi)

Les éditeurs sont unanimes. Attirer le petit lecteur n’est pas chose facile. En effet, pour créer les futurs bibliophiles, il faut susciter leur intérêt dès le plus jeune âge. La recette pour y parvenir implique plusieurs paramètres. En dehors du fond, la forme est également décisive dans leur choix. Pour rendre la lecture attrayante, la couverture, mais également les pages doivent être esthétiquement attractives. Le challenge réside dans la production de beaux livres aux plus petits prix. Certes, des petits livrets pour enfants sont disponibles même à partir de 1 DH, cependant la qualité ne sera pas forcément au rendez-vous. Un livre jeunesse de qualité démarrera environ autour de 20 DH.

Créée en 1998, Yomad est la première maison d’édition spécialisée dans les livres pour enfants. C’était par manque de littérature jeunesse basée sur la culture marocaine, que Nadia Essalmi, fondatrice de Yomad s’est lancée dans cette aventure. Publiés en arabe, en français et en berbère, ces ouvrages, dont des albums, de la BD mais aussi des romans historiques (Abdelkrim Khattabi, Ibn Battuta, Kahina…), puisent souvent dans le conte (Hdidane, Aïcha Kandisha…). Un choix de l’éditrice qui accorde une grande importance au patrimoine du pays. «Ce que je cherche surtout, c’est de faire aimer la lecture en donnant du plaisir», note l’éditrice.

De grands noms de la littérature marocaine signent ces livres, notamment Fouad Laroui, Zakya Daoud, Driss Chraïbi… dont le prix varie entre 25 et 70 DH. «Concevoir des livres pour enfants est ce qu’il y a de plus difficile. Ecrire pour les plus petits implique la transmission de valeurs, la vigilance au niveau des mots utilisés, les messages que l’on fait passer… Sans oublier le côté esthétique qui est très important», précise Nadia Essalmi.

Cette dernière s’implique également pour créer un lectorat. Et c’est à travers «Lire pour grandir», une activité lancée il y a 3 ans à la Bibliothèque nationale à Rabat, qu’elle opère en mettant à disposition des livres, mais aussi en invitant des écrivains, des conteurs ou des acteurs. Cette manifestation qui a lieu chaque dimanche de 11h à 13h a connu un tel succès qu’aujourd’hui l’évènement a lieu dans plusieurs villes du Royaume. L’éditrice déplore la cherté du livre marocain face à la concurrence tunisienne (10 livres pour 10 DH) ou encore égyptienne, dont le secteur est «très bien subventionné».

Valoriser le patrimoine

Une autre maison d’édition est également spécialisée dans le livre jeunesse. «Yanbow Al Kitab», fondée en 2006 par Amina Hachimi Alaoui, était le deuxième éditeur du genre axé sur le référent culturel marocain. «Pendant les 10 premières années, je m’acharnais à valoriser le patrimoine et l’identité, à consolider les racines pour mieux émerger vers la modernité, en choisissant de produire des livres de qualité aux normes internationales, avec une qualité de papier, de présentation et des illustrations faites par des professionnels», souligne l’éditrice.

Son objectif étant de proposer des ouvrages destinés à tous les enfants, malheureusement avec la meilleure des volontés, le livre revient à 50 DH, ce qui reste bien au-dessus de la bourse moyenne marocaine. Elle aboutit à la conclusion que pour baisser les prix il faut imprimer une grande quantité, d’où l’idée de créer l’action citoyenne «Un livre, un enfant», qui a bénéficié en grande partie du financement de l’Association 12 siècles de Fès. Aujourd’hui, Amina Hachimi Alaoui a lancé un nouveau projet, la «lecture solidaire».

D’autres grandes maisons d’éditions comme Afrique Orient ou encore Marsam éditent des livres destinés aux plus jeunes lecteurs. Dans le cas d’Afrique Orient, l’éditeur s’est lancé il y a 3 ans en produisant 4 albums de Nezha Chevé, une conteuse de renom en France connu pour ses spectacles, dont deux ont été traduits en arabe. Ces livres aux récits originaux, édités et produits par Afrique Orient, ont reçu pour certains d’entre eux la mention «coup de cœur» de l’Institut du monde arabe à Paris. «L’équilibre dans le travail des illustrations, ainsi que le contenu sont très importants. Il faut faire rire, passer des émotions et parfois transmettre un message», explique Jad Hoballah, directeur du département Edition et distribution chez Afrique Orient.

La complication, selon lui, réside dans le fait de produire le livre à la meilleure qualité possible au prix le plus bas. Ces livres, cartonnés et imprimés à l’étranger, sont coûteux. Le prix reste un frein au Maroc, ce qui explique leurs ventes dans des librairies «élitistes». Et pour les plus jeunes, il existe aussi un petit livre accompagné d’un CD au prix de 60 DH. Afin d’encourager l’achat, des remises sont souvent accordées dans le cadre du salon. D’autre part, la maison d’édition prévoit de les rééditer en couverture souple pour qu’ils soient plus accessibles.

Lecture solidaire

Né d’un rêve, «lecture solidaire» est un projet lancé par Yanbow Al Kitab. Le concept, est de vendre 5 titres dans un coffret, à 10 DH chacun, en les éditant à 100.000 exemplaires (soit 20.000 par petit livre). Pour y parvenir, Amina Hachimi Alaoui à mis en place une chaîne de solidarité à travers laquelle le public préachète le livre avant fabrication. Ces ouvrages sont destinés à la catégorie d’âge 3 à 7 ans autour de diverses thématiques concernant la petite enfance, notamment la jalousie entre frères et sœurs, l’hygiène buccale… «Ces ouvrages peuvent être exploités dans le cadre du développement de soi, en maternelle, en école primaire…», indique l’éditrice. Le projet, fraîchement lancé, connaît déjà un franc succès au stand de Yanbow Al Kitab au SIEL. Par la suite, les livres seront disponibles en librairie dans différentes villes. Certaines écoles sont déjà séduites par le concept. Un éditeur rwandais, un sénégalais et un gabonais sont également intéressés pour acheter les droits. Le projet a bénéficié du programme de subventions du ministère de la Culture à hauteur de 180.000 DH (le coût global de l’opération étant de près de 600.000 DH).

 

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