Société

Le soft power pour contrer la nébuleuse Daech

Par Amin RBOUB | Edition N°:4958 Le 10/02/2017 | Partager
1.500 jihadistes marocains ont rejoint l’EI
50.000 tweets et autant de messages Facebook échangés
Dr Abbadi décortique les messages et les codes
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1.500 jihadistes marocains ont rejoint les camps syriens de Daech. Sans oublier plusieurs dizaines de Marocains du monde (Belgique, France, Allemagne, Italie, Espagne...) qui ont des postes de responsabilité au sein de l’EI

L’islam au Maroc est en train de s’ériger en modèle, voire un  rempart contre les courants extrémistes, le Wahabisme (modèle politico-religieux saoudien), le salafisme voire les radicalismes tous azimuts, et surtout à l’offensive de Daech. Un travail de fond  a d’ailleurs été mené, avec une nouvelle architecture qui met à plat les discours radicaux d’où qu’ils viennent. Une approche multidimensionnelle, transversale et pluridisciplinaire qui repose à la fois sur le volet sécuritaire, l’exégèse, la lutte contre la précarité, l’ignorance et la marginalisation sociale, le développement humain, l’analyse du discours religieux, voire l’anthropologie... C’est en substance ce qui ressort d’une conférence riche en analyses sous le thème: «Les efforts du Maroc, en matière de lutte et de prévention contre le radicalisme religieux». Une analyse développée par Dr Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita des oulémas, qui plus est professeur-chercheur dans les universités de Chicago, Washington... et lauréat de la Sorbonne. Une rencontre organisée par L’association Casablanca Carrières Centrales, présidée par Mustapha Mellouk.

Dr Abbadi préfère décortiquer les textes en revenant au contexte tout en passant par l’argument et le contre-argument, comme le veut le rite malékite. D’ailleurs, il s’est longtemps arrêté sur l’attractivité ou encore le magnétisme qu’exerce le discours de Daech. «L’EI fait miroiter quatre types de rêves», explique le chercheur. D’abord, le rêve de l’unité (Al Wahda), dans le sens d’une force qui aura la mainmise sur le monde avec la reconquête d’Al Andalous, la Palestine... «Ce type de rêve exploite des frustrations autour d’une gloire perdue. Un message fort mobilisateur auprès de la jeunesse désoeuvrée, qui laisse penser que tout le monde a la chance de devenir puissant, maître  du monde...», analyse avec aisance Dr Abbadi. Selon le SG de la Rabita des oulémas, «le rêve de l’unité tel que miroité par Daech est très attractif et mobilisateur. C’est un champ magnétique surtout au Moyen-Orient». Le simulacre de l’unité promet la panacée avec le retour du Califat. «On a accaparé le rêve du Califat». D’ailleurs même l’appellation, Etat du Califat islamique en Irak et le pays du Cham (EI) donne de la légitimité et entretient le rêve de l’unité (Al Wahda). Le 2e rêve que fait miroiter l’EI est celui de la dignité (Al Karama). En clair, l’on s’adresse aux opprimés du monde et on leur promet la célébrité: «Vous êtes opprimés, nous allons baptiser une rue ou un boulevard en votre nom. Vous êtes célibataires, on peut vous marier avec des sirènes. Vous êtes chômeur, vous pouvez devenir un commandant guerrier, un ministre de l’EI. Vous êtes une jeune fille célibataire, nous vous offrons un mari pieux, le jihad nikah.... Finalement, chacun trouve son compte. «On vend des rêves extrêmement dangereux qui spolient la raison. C’est le cas par exemple d’une vie éternelle, un foyer au paradis, le martyr, l’illusion de richesse, du pouvoir, une sorte de commerce des indulgences...», résume Abbadi. 
Le troisième rêve daéchien renvoie à la quête de la pureté (Assafaa). Cet argumentaire plaide pour un retour à l’authenticité de la religion. Sur ce point particulier, les mouvements salafistes ont balisé le terrain avec une multitude de livres et une extrême intelligence. Toute une littérature qui séduit avec un style agréable et digeste et qui entretient le rêve de la pureté. 
Enfin le quatrième et dernier rêve est celui du Salut (Al Khalass). Cet argumentaire plaide pour Attaefa Annajia  (la branche rescapée), ou encore Al Firqa al Mansoura (le groupe victorieux)...
Une chose est sûre, tous ces rêves réunis font l’apologie d’une propagande qui séduit les jeunes désespérés, la population désœuvrée, les indécis... (surtout les 18-40 ans). D’ailleurs, plus de 1.500 jeunes jihadistes marocains ont rejoint les rangs de l’Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak, selon les estimations du King’s College de Londres. Plus encore, plusieurs cellules terroristes ont été démantelées ces derniers mois, dont la plupart sont liées à l’EI. Selon Abbadi, «50.000 tweets sont envoyés chaque jour et 50.000 autres messages Facebook entre l’EI et les jeunes». C’est dire qu’il va falloir intervenir d’urgence pour contrer l’offensive virtuelle de Daech. Là encore, il y a un sérieux travail qui a été entrepris. «On ne peut combattre les 4 rêves de Daech uniquement par la critique. Il va falloir surtout donner l’alternative sur le terrain avec une véritable feuille de route relayée par la mobilisation d’une armée d’acteurs qui maîtrisent la religion, la communication, le digital, les réseaux sociaux... C’est l’antidote», fait valoir Dr Ahmed Abbadi.

Les 10 blessures du monde musulman

 Selon le SG de la Rabita des oulémas du Maroc, les quatre rêves que fait miroiter l’EI puisent leur fondement de ce qu’il appelle «les 10 blessures» du monde arabo-musulman. Tout le génie de l’argumentaire daéchien a été échafaudé sur les 10 éléments suivants: La théorie du complot, le colonialisme qui a tué des millions et puisé les richesses, Israël, le pillage des richesses des musulmans et des arabes, la notion de deux poids/deux mesures, l’humiliation à travers le lobby des médias occidentaux à travers des clichés anti-islam ou encore le cocktail Irak, Syrie, Bosnie, Afghanistan, Burma... S’y ajoute l’obsession d’une agression culturelle occidentale (Al Ghazw Al Fikri), en plus de la manipulation des frontières et de la géographie ou encore de brûler et souiller le Coran.

 

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