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Chronique

Entreprendre en 2017: Quelles opportunités à saisir et quels défis à relever?*

Par Driss GUERRAOUI | Edition N°:4956 Le 08/02/2017 | Partager

Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V de Rabat et secrétaire général du Conseil économique social et environnemental (Ph. Jarfi)

L'entreprise marocaine connaît une situation  singulière, voire cruciale au regard de la spécificité du contexte national et international. Cette situation, qui révèle que nous sommes à la  croisée des chemins, annonce que nos économies et nos sociétés sont  entrées dans une période  charnière  pour le Maroc et  le Monde. Ce qui suggère, voire exige  de penser  en des termes nouveaux la problématique  des déterminants futurs de la croissance et des politiques publiques de relance. Un tel postulat nous incite à son tour à changer de paradigme pour comprendre les transformations structurelles qui affectent l’environnement dans lequel évoluent aujourd’hui nos entreprises.
En effet, selon les économistes, les experts et les institutions les plus avertis, la relance de la croissance devient de plus en plus déconnectée des mesures de politiques économiques et des seuls coûts des facteurs classiques comme les fluctuations des cours du pétrole, la flexibilité des taux de change et les incitations fiscales, pour ne citer que les facteurs et mesures les plus utilisés par les Etats. Cette affirmation part du constat selon lequel ce qui fait de plus en plus la différence en matière de relance de la croissance ce sont les composantes  du capital immatériel, à savoir le capital humain, le capital social et le capital institutionnel, et plus particulièrement le degré et la qualité  de l’éducation et de la formation professionnelle  de la population, le potentiel national d’innovation,  la confiance dans les institutions, et la  nature de la gouvernance de l’économie et de la société, des entreprises, des Etats et des territoires.

Dans quelle société vivre et produire demain?

Au cœur de ces composantes, qui deviennent les vrais leviers durables de la relance de la croissance, une question centrale interpelle  les entrepreneurs, les entreprises et leurs dirigeants: Dans quelle société voudront-ils vivre et produire demain? Les débats de société qui traversent notre pays et les péripéties de la constitution du nouveau  gouvernement attestent du bien-fondé de cette interrogation par rapport à laquelle les entrepreneurs, les entreprises et leurs dirigeants ne peuvent rester  insensibles. 
A ce niveau, les réformes politiques menées par le Maroc depuis les 15 dernières années, couronnées par l’adoption d’une nouvelle Constitution le 1er juillet 2011, si elles  dénotent d'une réelle  solidité des institutions, elles fixent les contours du modèle de société pour lequel le Maroc a opté.
Ce modèle, qui  jouit du consensus de l’essentiel des acteurs et forces vives du pays et qui est salué par les composantes les plus crédibles, et qui  comptent sur la scène internationale, est à la base de la stabilité, de la sécurité et de la visibilité réelle indispensables pour les opérateurs économiques tant  nationaux qu’étrangers.
Cependant, si la solidité des institutions permet de rassurer les opérateurs économiques au titre de l’année 2017, la situation du contexte international risque par contre d’apporter son lot d’incertitudes, d’aléas, de formes nouvelles d’instabilité, de risques, de menaces et d’insécurités imprévisibles de tout genre.
En effet, l’observation des évolutions récentes de l’économie mondiale révèle l’émergence et  le développement de formes atypiques de déséquilibres financiers, productifs, institutionnels, sociaux et écologiques. 
Ces déséquilibres sont le produit de transformations structurelles de l’économie mondiale. Ces transformations se traduisent par des ruptures et des désordres  conduisant à des recompositions géoéconomiques et de nouvelles alliances géostratégiques, impulsées par un processus de répartition en devenir du pouvoir économique, financier, technologique, politique et  militaire dans le monde.

Mobiliser le génie, l’intelligence et la veille stratégique des acteurs

Ce contexte est aggravé par des bouleversements que connaissent de nombreuses régions du monde, y compris dans notre continent et notre région, et en particulier nos marchés et nos alliés traditionnels. Ces bouleversements  exigent des dirigeants des entreprises la mobilisation  du génie, de l’intelligence et de la veille stratégique de leurs acteurs.
Face à ces réalités qui caractérisent le contexte national et international en 2017, aujourd’hui plus que jamais notre pays a besoin de ses entrepreneurs, de ses entreprises et de leurs dirigeants, pour saisir les opportunités nouvelles qui  s’offrent à notre économie, et relever les défis futurs liés à la concrétisation de ces opportunités (voir encadré).
Cependant, pour transformer ces opportunités en réalité effective d’investissement, cinq défis doivent être relevés: 
1)-Renforcer la confiance par l’amélioration poussée  du  climat des affaires, en particulier par la lutte efficace et durable contre la corruption, les rentes, les passe-droits, les privilèges et le clientélisme,  la réforme de l’administration et de la justice, l’effectivité de l’égalité des chances et de la concurrence loyale entre les acteurs économiques, la gouvernance économique responsable au niveau central et territorial, la modernisation du modèle national de dialogue social, et la réforme du droit du travail,
2)-Accroitre le potentiel national d’entreprenariat en libérant les énergies créatrices d’entreprises, 
3)-Former des compétences et produire des dirigeants d’entreprises  en phase avec les  transformations structurelles de l’économie nationale et de la nouvelle donne de l’économie mondiale,
4)-Repenser le financement de l’économie dans le sens de la promotion concertée d’un «volontarisme bancaire maitrisé» et de la protection par l’assurance risque de l’investissement national à l’international, 
5) Et enfin, accroitre le potentiel national d’innovation par un développement notoire de l’effort de l’Etat, de l’entreprise et de l’université dans les domaines et dans les secteurs pour lesquels le Maroc dispose des avantages comparatifs, compétitifs et stratégiques.
La levée de ses défis est seule à même de faire de «l’entreprise Maroc» un espace de création de richesses équitablement réparties et de promotion  de nouvelles opportunités d’emplois,  notamment en faveur des jeunes et corrélativement un vecteur d’extension du marché intérieur et de renforcement de la compétitivité externe de l’économie nationale. 

5 agendas prioritaires

Aujourd'hui, la mobilisation de tous les acteurs et les forces vives est d’autant plus nécessaire que notre pays a une vision de son avenir économique que matérialise l’existence de plusieurs agendas, dont cinq  sont prioritaires: 
1-)les chantiers ouverts à partir des politiques sectorielles dans presque tous les domaines de l’activité économique et sociale,
2)-Les chantiers rentrant dans le cadre de l’agenda national pour le climat issu de la COP22 de Marrakech, 
3)-les chantiers ouverts dans le cadre de la feuille de route économique africaine, 
4-)les grands chantiers d’accompagnement économique de la régionalisation avancée, notamment ceux inscrits dans le cadre des engagements pris en matière d’investissement  dans les provinces du Sud du Royaume,
5)-les chantiers à ouvrir dans le cadre de la  promotion du capital immatériel, et notamment dans les domaines de la culture, des arts et du patrimoine. 

(*) Cette chronique s’appuie sur l’exposé  introductif présenté lors de la table ronde organisée par l’Association pour le progrès des dirigeants le 24 janvier 2017 

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