Analyse

Gouvernance locale: «Il faut éviter les politiques en silos»

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4955 Le 07/02/2017 | Partager

 

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«Il faut maintenir le dialogue entre les différents acteurs pour territorialiser les politiques du Royaume. Au lieu de se contenter de politiques en silos, détachées des réalités locales, très variées entre territoire rural et métropolitain», souligne Claire Charbit, responsable du dialogue Maroc-OCDE (Ph. CC)

Gouvernance, renforcement des indicateurs territoriaux, liens urbain/rural… L’OCDE appuie le Maroc dans plusieurs domaines dans le cadre d’un programme de dialogue sur 2 ans (2015-2017). Pour Claire Charbit, responsable du dialogue Maroc-OCDE, l’étude de cas sur la gouvernance  dans la région Casa-Settat servira d’exemple pour d’autres régions.

- L’Economiste: Qu’est-ce qui justifie cette étude sur la gouvernance locale dans la région Casa-Settat? 
- Claire Charbit: Partout dans le monde, on constate une difficulté à coordonner les différentes politiques en matière de gestion du territoire. On dit souvent dans le jargon que les politiques territoriales sont la politique des politiques. Pour qu’un territoire s’en sorte mieux, il faut à la fois qu’il ait des investissements en infrastructures, un renforcement des capacités, des actions sociales, un meilleur dialogue avec les citoyens et entreprises… Bref, un ensemble de politiques à coordonner en ciblant les forces et faiblesses des différents territoires. 
Qui s’occupe des problématiques liées au transport, logement, développement économique… la municipalité? Le gouvernement central? La région?… En fait, tout le monde s’en occupe. Mais l’essentiel est de faire que ces dynamiques métropolitaines puissent rendre la vie des citoyens/entreprises plus agréable, plus efficace. Pour y parvenir, ces actions doivent être coordonnées et mises à la bonne échelle. L’étude de cas sur Casablanca servira à proposer des suggestions. Il n’y a pas forcément une seule solution. Il faudra réfléchir au moyen de renforcer la coordination, probablement en créant une structure de coordination à la bonne échelle. Mais, il s’agit surtout de clarifier les rôles de chacun. 

- Quelle est la recette pour relever ce défi? 
- Il faut maintenir le dialogue entre ces différents acteurs pour «territorialiser» les politiques du pays. Au lieu de se contenter de politiques en silos, détachées des réalités locales et très variées entre territoire rural et métropolitain. On espère que cette étude va nourrir les bonnes pratiques au Maroc à travers l’exemple de la région Casa-Settat. Il s’agit d’une 1re étape, d’autres territoires pourront suivre. 

- Avez-vous d’autres projets en cours au Maroc? 
- Dans le cadre du dialogue avec l’OCDE, nous travaillons notamment sur le renforcement de capacités sur les indicateurs territoriaux. Certes, au Maroc, on produit beaucoup d’indicateurs, mais on manque de données à l’échelle métropolitaine. Ce sont des outils statistiques de comparaison concernant des secteurs comme la mobilité, l’emploi… Ces indicateurs sont ensuite comparés à l’échelle nationale et internationale. Pour que la métropole de Casablanca existe et puisse être comparée à l’échelle mondiale, il faut disposer de ces indicateurs. C’est ce qu’on prépare aujourd’hui. Nous travaillerons aussi sur la gouvernance de ces indicateurs, pour qu’ils servent la politique publique, mais aussi son évaluation. 
Nous travaillons aussi sur les liens urbain/rural, avec des études de cas comme Taounat/Fès, Berrechid/Casablanca… il faut penser à un développement intégré, non segmenté.

- Quelles seront les retombées des résultats de l’étude? 
- Nous faisons des interviews avec les décideurs, qui viennent échanger avec nous. C’est un travail en commun qui sera restitué dans des documents publics à l’usage de politiques, universitaires, grand public… Plusieurs experts OCDE sont mis à contribution. Juste sur le volet métropolitain, nous avons une dizaine d’experts et de pairs (ceux qui viennent partager leur expérience). Un 1er draft, qui sera restitué au  printemps, sera discuté avec les membres de l’OCDE et le gouvernement marocain. La version finale sera disponible dès l’automne prochain.

 

Une quinzaine de projets

L’OCDE est une organisation qui regroupe 34 pays et la commission UE. Mais elle noue aussi des partenariats avec des pays non membres. L’organisation mène des programmes spécifiques avec 3 pays: Maroc, Pérou et Kazakhstan. Le Maroc occupe une position privilégiée. Il s’agit de rassembler dans un programme une quinzaine de projets qui vont des politiques qui concernent l’éducation à celles relatives à la fiscalité en passant par  les questions de politique territoriale. Le ministère de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire est le chef de file du programme métropolisation. L’Intérieur et le ministère de l’habitat sont également impliqués avec les services de la primature.

Propos recueillis par
Aziza EL AFFAS

 

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