Analyse

Gouvernance locale: Casa-Settat cherche son modèle

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:4955 Le 07/02/2017 | Partager
Multitude d’intervenants, peu de coordination, chevauchement des compétences … les défaillances
Les SDL et l’établissement de coordination intercommunal, une solution?
Casa-Settat se mesure aux métropoles de l’OCDE
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Le territoire de Casa-Settat est le plus dense en matière de couverture administrative au Maroc

CASABLANCA «laboratoire» de gouvernance? La plus grande région du Royaume, qui est loin d’être un modèle en matière de bonne gouvernance, fait l’objet d’une étude de l’OCDE. Les résultats de ce travail, commandité par le ministère de l’Urbanisme, seront prêts d’ici l’automne prochain. Ses recommandations serviront de base pour revoir de fond en comble une gouvernance plus que défaillante. La preuve: près d’un an et demi après les communales, les plans de développement (communal et régional) ne sont même pas encore prêts. Des instances de la région pratiquement inertes, fragmentation et chevauchement des compétences entre conseils (régional, communal et préfectoral), manque de coordination… La gouvernance locale multiplie les dysfonctionnements. 
Dans ce contexte de nouvelle configuration se pose la question des liens entre la région et l’ensemble des acteurs publics et privés intervenant sur ses différents périmètres. Or, le territoire de Casa-Settat est le plus dense en matière de couverture administrative au Maroc. Les freins à une bonne gouvernance sont surtout attribués à l’hétérogénéité du découpage territoriale, l’insuffisance des moyens humains et matériels et la faiblesse de l’articulation avec les entités décentralisées. Le territoire se  caractérise aussi par une multitude d’acteurs et un chevauchement des prérogatives.

Ce qui se traduit bien évidemment par une fragmentation des compétences et une insuffisante convergence vers des objectifs communs. «Il y a un besoin de clarté dans la répartition des compétences à travers différents niveaux», relève un participant à un atelier, organisé mardi 31 janvier à Casablanca à l’occasion du lancement de l’étude OCDE.
Coordonner les politiques en matière d’urbanisme, de mobilité, logement … est aujourd’hui l’un des principaux défis à relever. La multitude d’intervenants se traduit souvent par des incohérences et des retards sur des chantiers structurants. 
Des secteurs comme la mobilité et de l’aménagement des voiries en sont le parfait exemple.

L’éparpillement des responsabilités entre différents acteurs (tram, bus, taxis, urbanisme, stationnement…) se répercute sur la qualité du service. «Les insuffisances observées durant les 4 dernières années montrent une inadéquation entre les investissements consentis et les effets sur le terrain», analyse Youssef Draiss, DG de la SDL Casa-Transport. En effet, l’interopérabilité bus/tram, décidée en 2012, n’est toujours pas opérationnelle. Le modèle d’exploitation des bus est également inadapté. D’ailleurs, M’dina Bus, délégataire du transport public à Casablanca, fait aujourd’hui l’objet d’un audit relatif à la période d’exploitation  2004-2015. De même, une politique intégrée mobilité/urbanisme fait défaut à Casablanca.
Autre secteur, celui de l’aménagement des voiries. Commune urbaine, ministère de l’Equipement, Casa-Aménagements, Casa-Transports… de nombreux intervenants oeuvrent chacun de son côté. Résultat: des problèmes de circulation monstres et des chantiers engagés à tout va sans concertation préalable, voire en l’absence de convergence. 
L’implémentation du plan de développement du Grand Casablanca (PDGC) ne risque-t-elle pas de pâtir de ces dysfonctionnements?  
Heureusement, le plus gros des chantiers du PDGC est porté par de nouveaux instruments de gestion: les SDL. Les compétences de ces 7 sociétés couvrent des domaines aussi variés que la mobilité (Casa-Transports), grands projets (Casa-Aménagements),  lutte contre l’habitat insalubre (Idmaj Sakane), stationnement (Casadev), patrimoine (Casa-patrimoine), la gestion des prestations de service public local, (Casa-Prestation) ou encore l’animation de la ville (Casa Events & Animation). Ces structures, prévues par la charte communale, contribuent aujourd’hui à la transformation de la ville. Les chantiers structurants entamés ces 2 dernières années avancent pour la plupart dans les délais. Certains d’entre eux seront livrés cette année (dont le super-collecteur le grand théâtre, le pont à haubans…). 
Une nouvelle instance mise en place de l’établissement de coordination intercommunal (ECI) cette année pourrait aussi améliorer la coopération entre les différentes communes. L’ECI devrait permettre de mutualiser et optimiser la gestion des services publics. Cet établissement regroupe en effet les 18 communes du territoire du Grand-Casablanca. Outre la mobilité (qui lui est déjà confiée), il aura à gérer la planification urbaine, le traitement des déchets, l’assainissement et le réseau d’eau potable et d’éclairage public.

5 clés de réussite

Suite à un benchmark avec plusieurs métropoles à l’international, les membres du think-tank lancé en 2014 à Casablanca, avait identifié 5 clés de réussite du processus de transformation métropolitaine:
● Confier la responsabilité de la définition de la stratégie économique  à une entité unique
● Associer le privé en amont de la réflexion stratégique
● Définir un périmètre géographique pertinent
● Répartir précisément les tâches entre les entités pour assurer le déploiement
● Mutualiser les ressources financières pour éviter une dispersion des actions

 

Palette de solutions

LA région Casa-Settat partage les défis clés sur lesquels se penchent les structures de gouvernance métropolitaine mise en place dans les pays de l’OCDE. Les questions liées à l’aménagement du territoire représentent l’activité principale (78,6%) de ces structures, suivies par le transport (66,1%) et les questions de développement économique régional (46,4%). «Il y a une diversité d’expériences internationales des métropoles OCDE avec autant de solutions adaptables à une métropole comme Casablanca», affirme Soo-Jin Kim, experte de l’OCDE. La finalité est de proposer une palette de solutions utiles pour améliorer la gouvernance dans la région.

 

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