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Economie

«Concurrencer frontalement les géants serait suicidaire»

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4948 Le 27/01/2017 | Partager
Seule une mutualisation des efforts pourrait aider la profession à faire face à Booking, Expédia…
Et une orientation vers les segments de niche où les distributeurs online ne sont pas trop présents
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Pour Taoufik Madih, président de l’association régionale des agences de voyages de Marrakech/Safi, «Si les agences traditionnelles se recentrent sur leur rôle central d’expert, de conseillers et effectuent leur transition vers le digital mais de manière intelligente, il n’y a pas de raisons pour qu’elles disparaissent». (Ph. Mokhtari)

- L’Economiste: L’arrivée des voyages via Internet a mis sur la touche les voyagistes qui n’ont pas réagi à la tendance. Quelle est la situation aujourd’hui?
- Taoufik Madih:
Tout d’abord, il y a lieu de rappeler qu’il y a à peine 10 ans, notre métier était canalisé et dépendait entièrement des partenariats qu’on établissait avec des Tour Opérateurs étrangers. L’agent de voyages jouait pleinement son rôle de conseiller, d’expert afin de mettre en avant le meilleur de la destination et veillait par la suite à ce que le client reparte satisfait de son voyage au Maroc. Et donc, à aucun moment n’a émergé la nécessité de faire un quelconque effort en terme de marketing ou de communication car tout ce travail là était fait de la part de nos partenaires étrangers (TO). En une décennie, nous sommes passés d’un marché organisé et dirigé par les tour-opérateurs et les agences de voyages, à un marché avec un client disposant de choix de prix et d’informations et peut préparer son voyage le temps de quelques clics.  C’est ce qu’on appelle le Do it yourself.

- En 10 ans justement, vous auriez pu amorcer le virage?
- Les agents traditionnels ont bien pris conscience que l’avenir du métier dépendait de cette migration numérique. Et il y a eu quelques tentatives individuelles mais qui n’ont rien donné. Concurrencer frontalement ces géants existants serait complètement suicidaire. Juste un petit exemple, Booking dépense à peu près 750 millions de dollars en achat de mots-clés pour un référencement. L’évolution trop rapide de ce créneau nous a laissés, si je peux dire, sur le quai en train d’attendre. Il y a quelques années, l’ONMT avait aussi travaillé sur un projet de réalisation d’une plateforme avec Expédia qui finalement a été avorté. Entretemps, les nouveaux acteurs du web qui eux, par contre, ne connaissent pas la crise, gagnent de l’ampleur ainsi que plus de part de marché.

- C’est donc la disparition des agences de voyages traditionnelles qui vous guette?
- Oui et non! Pour se maintenir, il va falloir changer de stratégie et segmenter davantage le marché et s’orienter vers des niches où le marché n’est pas encore mature et là je citerai comme exemple le tourisme de nature. Il faut surtout penser à la vie digitale de l’entreprise avec une présence plus accrue sur les réseaux sociaux et accompagner le client avant, pendant et après le processus d’organisation et de réalisation afin de pouvoir capitaliser sur son expérience. Il s’agira aussi de reconsolider le métier à travers des fusions ou création de regroupement afin de faire des économies d’échelle et rester tout de même compétitif. Nous devons investir davantage le digital, mais pas seulement.
 Propos recueillis par
Badra BERRISSOULE

 

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