Analyse

Clémentines: Un schéma de commercialisation en panne

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:4948 Le 27/01/2017 | Partager
Le gouvernement attaqué pour son incapacité à renouveler la politique commerciale
Le modèle basé sur les circuits traditionnels dépassé
L’absence d’organisation fragilise les professionnels

Les petits agriculteurs sont montés au créneau pour épingler le gouvernement, coupable, à leurs yeux, de n’avoir pas mis en place une politique commerciale destinée à écouler toute la production de la région. Pendant longtemps, ils ont fonctionné avec le confort du même modèle, sans chercher à se renouveler. Après la période de l’OCE et des prix assurés, une nouvelle page s’est ouverte, sans qu’ils prennent conscience des dangers qui se préparent. Les petits agriculteurs se sont contentés de vendre leurs récoltes aux plus gros ou aux coopératives pour les conditionner et les exporter. Un schéma qui s’appuie sur les marchés traditionnels, sans chercher à décrocher de nouvelles destinations à leurs produits.

Aujourd’hui, ils sont  au pied du mur, et demain pire, avec l’arrivée en grandes quantités des produits des nouvelles plantations.  Dans cette région, la profession pâtit de l’absence d’organisation, alimentée par des divergences personnelles et des querelles de clocher. Tout cela les empêche de s’attaquer à l’essentiel: s’organiser pour exister, peser dans les grandes décisions.

Les statistiques précises ne sont pas disponibles. Mais les contacts avec certains professionnels font apparaître l’émergence du Groupe Kantari de Berkane (GKB à ne pas confondre avec KGB) qui contrôle le marché. «Il dispose d’une grande station de conditionnement et d’emballage, munie de 3 unités qui fonctionnent à plein régime au point d’atteindre 30.000 tonnes. Le groupe loue également d’autres stations appartenant à des personnes ou à des coopératives. «L’objectif est d’atteindre un niveau de tonnage suffisant pour mieux discuter les contrats avec les Russes», précise un de ses anciens partenaires. Il est suivi de Rafik Belhaj, Mohamed Nassiri et Najah Bensaid. Il y a également Ali Belhaj, dirigeant du PAM et ancien président de la région de l’Oriental. Il est associé à un partenaire français.

Le groupe Zniber s’est également implanté dans la région de Berkane pour produire le vin à la faveur du partenariat public-privé. Sauf qu’en cours de route, il s’est reconverti dans la production des clémentines. Rappelons que ces acteurs sont nouveaux dans le secteur. La filière était dominée par la famille Belhaj. Après la marocanisation des terres au début des années 1970 et la création de la Sodea-Sogeta, elle a perdu plusieurs fermes et une grande partie de sa puissance. Des membres de la famille avaient la nationalité algérienne.

D’autres noms comptaient également dans l’équation de la clémentine à Berkane comme c’était le cas notamment des familles Benameur et Bouayad. Mais avec le temps et la multiplicité des héritiers, les patrimoines ont été divisés, perdant ainsi tout leur poids d’antan. Précisons que les gros ne connaissent pas la crise et ont pu exporter leurs cargaisons vers les marchés traditionnels que sont l’Union européenne, les Etats-Unis, le Canada et la Russie.
Depuis quelques années, certains producteurs de clémentines de Berkane ont pris l’habitude de traiter avec des mandataires russes. Ces derniers se déplacent dans la région pour établir un programme d’importation de l’année. Dans leur attaché-case, les avances consistantes pouvant atteindre plusieurs dizaines de millions de DH. Cette année, les exportateurs n’ont pas voulu prendre beaucoup de risques. Si, en France, les incidents de paiement sont réglés via des avocats, ce n’est pas le cas pour la Russie où l’issue est incertaine, à cause notamment de l’éloignement, note un opérateur qui exporte vers Saint-Pétersbourg. Cette année, seulement 30% de la production a été acheminée vers la Russie et le reste vers la France et la Hollande.

Nouvel embargo américain

En Europe, en Russie ou en Amérique, la qualité du produit made in Berkane est reconnue par les professionnels des marchés de gros et de détail. Cependant, cette peinture haute en couleurs, qui a marqué le marché des agrumes, commence à s’écailler. En effet, le carton rouge est venu d’outre-Atlantique. Le 23 décembre dernier, les Etats-Unis ont interdit l’importation des mandarines, des clémentines et des oranges en provenance de la région de Berkane. Et pour cause, le Service d’inspection sanitaire des animaux et des plantes (Aphis) a découvert des larves de cératites (mouches) dans un lot arrivé au port de Philadelphie.
Cette séquence est d’une gravité sans commune mesure, surtout que le Maroc venait à peine de sortir d’une période d’embargo sur les fruits marocains levé en octobre dernier.  Rappelons que les Etats-Unis absorbent 9% des exportations marocaines d’agrumes.

 

 

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