Analyse

Flexibilité du dirham: La transition sera indolore!

Par Franck FAGNON | Edition N°:4944 Le 23/01/2017 | Partager
Les autorités monétaires multiplient les réunions avec les opérateurs économiques
Pour l’instant, pas de rush des entreprises vers les salles des marchés
Les analyses de BMCE Bank et BMCI et de la DEPF
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Le taux de change effectif réel du dirham s’est déprécié de 1% en moyenne sur la période 2000-2014. Cette variation tient à un différentiel d’inflation favorable au Maroc. L’amélioration de la compétitivité prix du Maroc n’a pas pour autant permis de booster ses importations

Le dirham s’est déprécié de 1% en moyenne par an entre 2000 et 2014(1) par rapport aux devises des principaux pays partenaires et des concurrents. Cette baisse est surtout imputable à un différentiel d’inflation en faveur du Maroc. Plusieurs pays qui ont connu un décollage économique se sont servis du taux de change pour améliorer la compétitivité de leurs entreprises.
Jusque-là, le Maroc s’y était refusé, du moins officiellement, sauf au plus fort de la grave crise qui avait touché les exportations de textile à la suite de la fin de l’Accord multifibre sur le marché européen. Le tournant qu’il s’apprête à prendre marque donc un changement important.

Les discussions se poursuivent sur les modalités techniques de la transition. Parmi les benchmarks, l’expérience polonaise semble la plus aboutie avec une transition vers une flexibilité totale qui a duré neuf ans entre 1991 et 2000. Bien que les conditions économiques et les objectifs au départ divergent quelque peu, le modèle mis en place par la Pologne lui a permis de redonner de la crédibilité à sa devise, de développer son offre exportable et au passage de maîtriser les équilibres macroéconomiques. Quels que soient les choix adoptés, les autorités monétaires veulent s’assurer que le changement ne perturbera, ni ne brusquera les opérateurs. «Les  principales banques de la place tiennent depuis bientôt un an des réunions régulières sur le sujet avec Bank Al-Maghrib. Son approche est ouverte avec une réelle volonté de tenir compte des remarques et retours de l’ensemble des participants afin que cette migration se fasse en douceur», confie Laurent Tournaud, responsable ALM, Trésorerie et Capital Market à la BMCI. Ces réunions ont pour but d’expliquer les différentes étapes que BAM souhaite mettre en place et de vérifier le niveau de préparation des banques.

La mise en œuvre du passage au système flottant a été décalée au 2e semestre. «Le schéma qui sera adopté visera d’abord à protéger la PME», assure de son côté, Abdelmalek Benabdeljalil, directeur de BMCE Capital Markets. Toute la première moitié de l’année servira à sensibiliser l’ensemble des opérateurs économiques. Ce travail reviendra principalement aux banques qui sont les interlocuteurs les mieux désignés pour faire la pédagogie des changements à venir. Elles tiennent depuis peu des réunions d’informations au profit de la clientèle. Les workshops vont se poursuivre toute l’année. Les banques se réunissent aussi entre elles pour s’accorder et permettre une transition efficace. Techniquement, les premiers changements seront introduits en gardant le panier actuel du dirham à savoir 60% euro et 40% dollar.

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La part de marché à l’export du Maroc est restée cantonnée aux alentours de 0,13% depuis 2000, là où des pays concurrents ont fait mieux. Par secteur, les situations sont disparates. L’évolution de la part de marché à l’export du Maroc est en partie pénalisée par l’étroitesse des débouchés. Les dix premiers clients du Maroc concentrent 70% des exportations

Pour les entreprises, les interrogations sont encore nombreuses. «A ce stade, les réactions de la clientèle sont modérées et portent essentiellement sur des interrogations quant à leur exposition aux risques de change et à l’impact sur leur compétitivité», relève Tournaud. Toutefois, ce n’est pas encore le rush vers les salles des marchés des banques pour souscrire des couvertures. «Nous avons une activité normale depuis le début de l’année. Les clients n’ont pas changé leurs habitudes», remarque un spécialiste. Les dirigeants attendent les décisions de la Banque centrale avant d’agir. «Les répercussions de cette transition devraient être assez faibles, l’objectif étant d’éviter tout choc brutal sur les cours de change. Les entreprises comme les ménages ont actuellement confiance dans la valeur du dirham», analyse Tournaud.

Les établissements publics sont parmi les plus exposés au risque de change. Ils détiennent au bilan une dette en devises qui culminait à fin 2015 à 160 milliards de DH, soit 16% du PIB. Ceci dit, près du tiers de cette dette a été émis par l’OCP qui est familiarisé au marché des changes et aux risques qui y sont associés. Aujourd’hui, la Banque centrale et l’Office des changes autorisent les banques à couvrir les risques de change sans aucune limitation dans le temps et de montant. Les mécanismes peuvent être assez complexes. Pour un novice, les produits élémentaires et simples à utiliser sont conseillés. Il s’agit de contrat simple dans lequel l’opérateur transfère le risque de change à la banque. Cette dernière se couvre sur le marché international pour le compte du client. 

«Le coût de ces produits est négligeable en comparaison au risque encouru puisque pour la banque, il n’y a aucune différence entre une transaction au comptant et un contrat à terme simple si ce n’est la prise en compte du différentiel de taux d’intérêt entre le Maroc et les pays étrangers», indique Benabdeljalil. Ce type d’opération montre la pertinence d’adopter un ciblage de l’inflation. «Cela permettrait d’ajuster les taux monétaires en fonction de l’évolution de nos agrégats macroéconomiques et d’assurer une meilleure transmission de la politique monétaire adoptée par la Banque centrale», indique le directeur de BMCE Capital Markets.

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(1) Etude de la Direction des études et prévisions financières (DEPF) du ministère des Finances sur la compétitivité des exportations.

                                                                                       

Contre l’effet prix, la montée en gamme

LE Maroc veut s’affranchir de la dépendance du pétrole en développant des sources d’énergies propres. Mais pour l’instant, l’économie est encore fortement tributaire de l’or noir. La faible diversification énergétique pénalise les entreprises notamment face à certains de leurs concurrents sur les marchés étrangers. La facture énergétique représente un tiers des coûts de fabrication dans l’industrie. La migration vers le régime de change flexible et la forte volatilité qui caractérise le marché des devises vont rendre les couvertures de change nécessaires pour atténuer l’impact des variations des monnaies sur l’activité mais aussi la compétitivité.

Les hausses des coûts de production ne peuvent parfois être totalement répercutées sur les prix de vente, ce qui peut conduire à un écrasement des marges des industriels. La demande pour les produits mass-market à faible valeur ajoutée est très sensible au prix. Cela dit, le Maroc veut se défaire de l’étiquette de fabricant de produits «bon marché». Aujourd’hui, la demande des produits marocains est davantage liée à la qualité qu’au prix. «La part des exportations en concurrence qualitative se situe aux alentours de 42% contre à peine 14% avant 2007», relève la DEPF. Le changement de modèle en faveur d’une industrie à forte valeur ajoutée permet ce retournement. L’automobile, l’aéronautique se sont hissés en locomotives à l’export à côté du secteur mines en particulier les expéditions de l’OCP. Cela dit, en termes de valeur ajoutée, l’apport du groupe OCP est nettement plus significatif.

Le transfert de technologie reste relativement faible pour le moment, ce qui ne permet pas encore de développer une industrie locale forte. De plus, les investissements en recherche et développement sont plus que limités. Cela se voit dans la part de marché à l’export du Maroc. Elle est restée cantonnée aux alentours de 0,13% depuis 2000, là où des pays concurrents ont fait mieux. Par secteur, les situations sont disparates. Sur la période 2000-2014, les branches textile et habillement et l’électronique notamment ont perdu des positions à l’étranger alors que l’automobile, l’aéronautique, l’électrique en ont gagné. Par ailleurs, l’évolution de la part de marché à l’export du Maroc est pénalisée par l’étroitesse des débouchés. Les dix premiers clients du Maroc concentrent 70% des exportations. Ce sont essentiellement des pays européens. Or le ralentissement économique dans ces pays a réduit leurs importations. Le Maroc est peu présent sur les marchés où la demande est plus dynamique.

 

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