Culture

Littérature carcérale : La grande oubliée du Salon du livre de Paris

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:4941 Le 18/01/2017 | Partager
Quelques éditeurs et écrivains dénoncent le choix des invités
Ils dénoncent aussi le choix du commissaire du stand Maroc
livre_paris_4941.jpg
 

Invité d’honneur du Salon du livre de Paris, la plus grande manifestation livresque de France, qui se tient du 24 au 27 mars prochain, le Maroc a présenté une liste de 34 auteurs, «reflets de la diversité et du dynamisme de la création littéraire contemporaine du Maroc», annoncent les organisateurs. Sauf qu’aux yeux de quelques écrivains et éditeurs, dont Bichr Bennani (éditeur), Ghita El Khayat (écrivaine et éditrice), Souad Balafrej (libraire), Driss Bouissef Rekab (auteur et éditeur)…, quand bien même ce salon de Paris est une occasion de faire connaître la littérature marocaine actuelle, dans sa richesse, au-delà des frontières, «quelques anomalies et irrégularités se doivent d’être dénoncées et corrigées». 

A commencer par le commissaire du stand d’honneur Maroc dans ce salon, dont le choix aurait été fait sans la consultation des professionnels du secteur du livre. Bichr Bennani se demande pourquoi les responsables «n’ont pas procédé à un appel d’offres, ou à une simple consultation,  d’une société qui aurait mieux assuré cette organisation avec un meilleur rendement». Le choix de ce commissaire est d’autant plus discutable, lit-on dans un communiqué de presse signé par les mécontents,  «qu’on ne lui connaît aucune activité particulière dans le domaine du livre». Younès Ajarraï, c’est de lui qu’il s’agit, ex-responsable du pôle culture au sein du CCME et conseiller actuel auprès du président du CNDH, n’est pas, à vrai dire, tout à fait étranger au domaine du livre et n’est certes pas novice dans celui de l’organisation d’une manifestation culturelle. Son dernier fait d’arme en la matière a été sa responsabilité au sein du pavillon des cultures arabes du 30e Salon du livre et de la presse de Genève qui s’est tenu au moins d’avril 2016, sans parler de sa qualité de Program manager au Salon international de l’édition et du livre de Casablanca. Autre irrégularité dénoncée: le choix des 34 auteurs marocains invités à ce salon. «C’est tout simplement scandaleux que les principaux concernés (écrivains, éditeurs, penseurs, philosophes…) ne soient pas conviés à cette réflexion-action autour du livre marocain à l’étranger», dénonce-t-on. Même sentiment de révolte est exprimé par Ghita El Khayat, auteure et éditrice, qui n’a pas caché sa stupeur en découvrant la liste des auteurs qui représenteront la littérature marocaine. 

Dans une déclaration récente à la publication française ActuaLitté, elle s’étonne qu’elle retrouve dans cette liste «tous ceux qui siphonnent les subventions marocaines, francophones et françaises». Et d’ajouter: «Nous sommes définitivement trop peu à rechercher l’excellence et si le livre doit continuer à exister, c’est uniquement de la plus belle des manières possibles». Cette liste est loin de refléter cette diversité et se devrait d’être «réétudiée», martèlent les signataires du communiqué. 
Il est vrai qu’on trouve dans cette liste de grosses pointures de la littérature marocaine, bien que la part belle ait été faite à des écrivains franco-marocains. Certains bien connus sont incontournables dans de telles manifestations, comme Abdelatif Laâbi, Tahar Benjelloun, Leila Slimani, Rachid Benzine... D’autres moins connus comme Kaoutar Harchi ou Maïdo Hamisultane Lahlou... Mais cette liste n’a pas oublié, faut-il reconnaître, des plumes arabophones bien confirmés, à l’instar de Mohamed El Achâari, Youssef Fadel, ou encore Mohamed Berrada. Mais à l’appel manquent aussi des noms qui s’imposent, comme l’historien Abdellah Laroui, le philosophe Abdesselam Cheddadi (dont l’œuvre sur Ibn Khaldûn figure dans la collection Pléiade de la maison Gallimard), ou encore le romancier Abdelhak Serhane et la psychiatre et anthropologue Ghita El Khayat. «Cette liste d’écrivains invités est une première liste et elle est encore ouverte», déclare Ajarraï à L’Economiste. Et d’ajouter: les auteurs présents ont été choisis «en accord avec le ministère de la Culture et des représentants de maisons d’édition. De toute façon, le Salon du livre de Paris ne dure pas plus de 4 jours, et l’on ne peut pas inviter 100 personnes. Nous fonctionnons aussi selon un budget que nous ne devons pas dépasser». 

Critères «limpides et bien  réfléchis»

Quant aux critères qui ont présidé à ce choix, ils sont «limpides et bien réfléchis», précise le commissaire. Il s’agit pour lui «d’écrivains représentatifs de la littérature marocaine qui font de l’actualité, de jeunes plumes, de francophones, arabophones et amazighophones, des Marocains d’ici et de l’étranger. J’avoue que notre tâche n’a pas été facile, et on ne peut pas contenter tout le monde». La programmation choisie du stand marocain dans ce salon, ajoute Ajarraï, tourne autour de la thématique: «Le Maroc à livre ouvert», pour bien mettre en exergue l’ouverture du Maroc sur le monde, sa diversité linguistique, et les relations amicales et privilégiées qu’il entretient avec la France. Tables rondes et conférences auront pour thème la démonstration de cette ouverture, des débats sur l’islam, la francophonie, la communauté marocaine de l’étranger...». 

Mais la grande oubliée dans ce salon, protestent certaines voix, serait la littérature carcérale.
 

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc