Analyse

Valorisation des déchets textile: Une mine d’or encore inexploitée au Maroc

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:4931 Le 04/01/2017 | Partager
Un volume de déchets estimé à quelque 200.000 tonnes/an, dont 34.000 exportées
Rembourrage de matelas, tissu non tissé, agrotextile... le recyclage rapporte très gros
L’agriculture et le bâtiment, d’autres débouchés industriellement intéressants
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Pratiquement tout. Les matières synthétiques: comme le Polyester, nylon, polypropylène, Acrylique, et puis le coton naturel et le coton synthétique, la laine et la viscose. Néanmoins, il y a des contraintes techniques qui font que les produits issus du recyclage de déchets textile sont de moindre qualité et perdent de leurs propriétés intrinsèques chimiques et mécaniques. Cette problématique technique fait aujourd’hui  l’objet de plusieurs recherches pour trouver des solutions à intérêt économique intéressant

Pour un pays qui est fortement présent dans le domaine de la confection de vêtement, le Maroc reste très loin dans le domaine de valorisation de ses déchets de textile. Alors qu’une réelle industrie de recyclage et de valorisation des déchets du textile se développe dans le monde depuis les années 90, avec en tête l’Angleterre et plus récemment la Chine, ce domaine semble encore à ses débuts au Maroc. Combien produit-on de déchets du textile au Maroc? et où vont ces déchets? La réponse à la première question reste approximative puisqu’aucun chiffre officiel n’est disponible.
 D’après une étude réalisée dans le cadre d’un doctorat au sein du laboratoire Remtex de l’Ecole supérieure des industries du textile et de l’habillement (Esith), se basant sur des enquêtes et études publiées sur les déchets, le volume total estimé des déchets de textile au Maroc est de 200.000 tonnes par an, dont 34.000 seraient exportées. Plusieurs professionnels dans le secteur de textile pensent que ce chiffre reste raisonnable. En effet, dans les entreprises de confection de textile au niveau des ateliers de coupe, la production de déchets équivaut à 25%. Sachant que plus de 80% des entreprises opérant dans le textile au Maroc sont dans la confection, on peut avoir une idée sur le volume de déchets produits. «Il n’y a pas de suivi de la filière déchets dans le secteur de textile certes, en absence de circuit réglementé des déchets, mais le potentiel d’une valorisation matière est bien là», note Mohamed Tazi, directeur général de l’Association marocaine de l’industrie du textile et de l’habillement. Il faut savoir qu’une bonne partie des déchets du textile est revendue aux recycleurs classiques qui utilisent ces déchets dans le rembourrage de matelas et d’oreillers, bien sûr via un circuit de collecte informel. Le reste des déchets finit malheureusement dans les décharges, alors que la composition de ces déchets est potentiellement recyclable. Néanmoins, plusieurs industriels se sont intéressés au recyclage des déchets de textile, principalement dans la production du non tissé. Ce produit de recyclage englobe des produits comme les filtres, la moquette, les isolants thermiques et acoustiques et les produits pour literie. D’ailleurs l’un des produits à forte valeur ajoutée en matière de textile recyclé est le feutre, un isolant

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Plus de 80% des entreprises opérant dans le textile au Maroc sont dans la confection, enregistrant un taux de production de déchets au niveau des ateliers de coupe équivalent à 25%  (Ph. L’Economiste)

thermique et phonique utilisé dans l’industrie de l’automobile. «Le non tissé est aujourd’hui la seule filière de valorisation des déchets de textile au Maroc. Ses débouchés se limitent actuellement à la literie et à l’automobile. Mais d’autres secteurs sont demandeurs de produits non tissés comme le bâtiment et l’agriculture», explique Omar Cherkaoui, directeur du département R&D à l’Esith. En effet, le département de recherches de l’Esith fait actuellement des recherches sur l’utilisation d’isolants thermiques à base de déchets de textile dans le bâtiment.
Cette filière est intéressante dans la mesure où elle rentre dans le programme national de l’efficacité énergétique (EE) dans le bâtiment. D’ailleurs, la politique nationale de l’EE, qui vise la réduction de la consommation énergétique à hauteur de 12% à l’horizon 2020, encourage l’utilisation de l’isolation thermique des bâtiments à travers des subventions. L’isolation d’intérieur et d’extérieur (murs, toitures et sol) permet jusqu’à 26% d’économie sur la facture annuelle d’électricité. Par ailleurs, le secteur de l’agriculture constitue aussi un débouché intéressant. Dans ce domaine, le recyclage de déchets de textile rentre dans la fabrication de ce qu’on appelle les «agrotextiles».
Ces derniers sont utilisés généralement dans les filières de l’horticulture, le maraîchage et l’arboriculture, comme les anti-grêle, les tissus pour ombrage et pour le paillage, filets de récoltes etc. Encore une fois, le potentiel de la filière de valorisation des déchets c’est l’informel qui est précurseur dans la détection du potentiel économique dans un domaine donné. Avec du tri en amont des déchets de textile, permettant d’isoler les différents types de matières, le prix de vente des déchets en vrac peut passer de 0,60 dh et 0,70 dh le kilo, jusqu’à 1,20 dh. Une différence de prix à considérer sérieusement pour amorcer une filière de valorisation de déchets de textile, à condition de trouver des solutions au maillon faible: la collecte et le tri.

 

 

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