International

Turquie: Après les purges, les procès

Par Reda BENOMAR | Edition N°:4928 Le 30/12/2016 | Partager
La célèbre auteure turque, Asli Erdogan, risque la prison à perpétuité
Les gulénistes et les pro-kurdes toujours dans le viseur
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Depuis mi-juillet, le président turc poursuit sans relâche les purges visant à faire taire les voix discordantes (Ph. AFP)

Un tribunal d’Istanbul a ordonné, jeudi 29 décembre, la remise en liberté sous contrôle judiciaire de la romancière turque Asli Erdogan, 49 ans, et de la linguiste Necmiye Alpay, 70 ans, jugées pour appartenance à une «organisation terroriste». Des observateurs envoyés par les consulats français, allemand, britannique et italien, notamment, assistaient au procès. Une forte mobilisation de la société civile aux alentours du tribunal a aussi donné de la voix, sous la pluie battante.
Asli Erdogan, en détention provisoire depuis plus de quatre mois, risque la prison à vie, comme les huit autres prévenus, tous ex-collaborateurs du journal pro-kurde Özgür Gündem. La célèbre romancière turque, qui n’a aucun lien de parenté avec le président, a affirmé vouloir se défendre «comme si les lois existaient» en Turquie, lors de sa première comparution dans un procès pour «propagande terroriste».   
Peu avant le début de l’audience, les autorités turques ont annoncé l’arrestation d’Ahmet Sik, l’un des journalistes d’investigation les plus réputés, dernier d’une liste qui ne cesse de s’allonger depuis le coup d’Etat manqué de juillet et les vastes purges qui ont suivi. 41.000 personnes ont été arrêtées après le 15 juillet 2016.
Au cours des mois qui ont suivi le putsch manqué, des dizaines de journalistes ont été arrêtés et de nombreux médias fermés. Et c’est dans ce cadre que le quotidien Özgür Gündem, auquel collaborait l’auteure, a été fermé par décret-loi, accusé d’être lié au PKK. Arrestations et limogeages ont également visé les milieux pro-kurdes ainsi que des voix critiques du pouvoir. Et le rythme des arrestations ne semble d’ailleurs pas ralentir, le ministère de l’Intérieur ayant annoncé 1.096 arrestations en lien avec l’organisation guléniste au cours de la seule semaine dernière.
Le premier procès de participants présumés au coup d’Etat manqué du 15 juillet s’est ouvert à Istanbul. Une trentaine de policiers comparaissaient pour avoir refusé de défendre le palais présidentiel. Il s’agit du procès le plus important depuis le putsch manqué, même si d’autres ont déjà commencé dans plusieurs villes du pays. Les 29 policiers jugés sont accusés d’avoir refusé d’obéir à des ordres leur intimant de défendre Erdogan, la nuit du putsch manqué. Après celui d’Istanbul, de nombreux autres procès sont prévus dans le cadre de l’enquête sur le coup d’Etat manqué, notamment le 20 février à Mugla, où seront jugées 47 personnes accusées d’avoir tenté d’assassiner le président Erdogan. La tentative de coup d’Etat, qui a fait près de 270 morts et 2.000 blessés, est imputée par Ankara à Fethullah Gülen, installé aux Etats-Unis et qui rejette fermement ces accusations. Au-delà des putschistes présumés, les purges engagées l’été dernier visent également les milieux pro-kurdes et les médias, ce qui a conduit des ONG à accuser le pouvoir de profiter de l’état d’urgence pour étouffer toute voix critique.

 

 

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