Habillage_leco
Culture

Abdoulaye Konaté : «Le tissage est commun à l’humanité»

Par Aïda BOUAZZA | Edition N°:4918 Le 16/12/2016 | Partager
La grande figure de l’art africain exposera à la Galerie 38 en mars
Il a produit une série d’œuvres avec des artisans marocains
abdoulaye_konate_018.jpg

L’un des plus grands noms de l’art contemporain mondial, Abdoulaye Konaté, devant une des œuvres qui sera exposée prochainement à Casablanca (Ph. Khalifa)

Abdoulaye Konaté est un des géants de l’art africain contemporain à l’échelle mondiale. L’artiste plasticien malien réalise des œuvres, souvent monumentales, en utilisant comme principal matériau, le bazin, un tissu de la région, teinté de façon artisanale avec des pigments naturels. Ces installations/toiles sont composées avec plusieurs languettes de tissus créant des chefs-d’œuvre qui ont été exposées aux quatre coins du monde notamment aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne, au Sénégal, au Japon… Formé à l’Institut national des arts du Mali, il poursuivra son cursus à l’Institut supérieur des arts plastiques de la Havane à Cuba. Ses œuvres ont intégré de nombreuses collections prestigieuses comme le Metropolitan Museum of Art à New York ou encore le Stedelijk Museum à Amsterdam pour ne citer qu’eux. Aujourd’hui, il est directeur du Conservatoire des arts et métiers multimédias «Balla Fasseké Kouyaté» de Bamako au Mali. Après avoir participé à deux expositions collectives à Casablanca et à Fès, il revient en mars pour un solo show avec une série d’œuvres produites avec des artisans marocains.

- L’Economiste: Votre art est essentiellement basé sur le travail du tissu. Pourquoi ce choix?
- Abdoulaye Konaté
: J’ai beaucoup manipulé la peinture à l’huile, l’acrylique, l’aquarelle, la gravure et la sérigraphie... des techniques que nous avions appris à l’Académie. Ce sera par hasard, dans les années 90, où j’ai commencé à travailler les installations et à introduire le textile. Depuis cette période, je suis parvenu à créer une relation entre la peinture et la couleur du tissu. J’utilise le textile comme si c’était de la peinture.

- Pouvez-vous expliquer votre technique?
- Je me suis inspiré de la tradition. En partant des tenues des chasseurs mandingues mais aussi de musiciens ethniques que l’on trouve au Mali, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. J’ai essayé de transformer ses tenues à ma manière en l’adaptant à ma forme d’expression. Mon art est vraiment basé sur un fond culturel.
- Vous préparez une exposition inédite avec des artisans marocains cette fois-ci…
- Tout d’abord, le concept de travail avec le textile est maintenu et le tissu que j’utilise est aussi un produit de l’artisanat. En travaillant avec des artisans marocains, je reste dans le cadre global de ma réflexion. Le plus intéressant c’est qu’il s’agit d’une rencontre de cultures et de deux visions du textile que j’essaie de travailler en une seule œuvre. J’avais déjà opté pour la même méthode de travail avec Aissa Dione à Dakar où l’on a produit une seule pièce essentiellement pour exposition qui s’est tenue à l’Institut français. Cette fois-ci, nous allons produire plusieurs pièces pour la Galerie 38. Pour moi, cet échange est très important car il me permet de connaître ce qui se fait dans la sous-région et comment je peux m’adapter à la culture du pays dans lequel j’arrive. Le tissage est quelque chose de commun à l’humanité. On le trouve partout dans le monde avec des variations de techniques de tissage. Le matériel utilisé varie beaucoup. Même socialement le textile permet souvent d’identifier un rang social, une culture religieuse. Avec des analyses je me suis rendu compte que le textile était aussi une possibilité de lecture sociale. Cette différence qui existe d’une zone à une autre nous permet de nous comprendre et je pense aussi que c’est accessible à tout être humain.

- Des évènements comme l’African Art fair, AKAA, 1:54 et bien d’autres voient le jour. Quel impact ont-ils sur l’art africain?
- Ces grands évènements sont très importants car ils permettent de vulgariser la production artistique et de faire connaître ce qui se fait au niveau de la création et des techniques. J’encourage d’ailleurs les jeunes et les moins jeunes à participer à ces rendez-vous qui sont aussi des lieux de rencontres, d’idées et qui permettent de connaître l’autre en tant qu’artiste en découvrant son travail. De ce simple point de vue, c’est déjà très important.

- Comment voyez-vous l’avenir de l’art africain?
- La production en Afrique existe, il n’y avait pratiquement pas de communication et de grandes rencontres. Maintenant ça commence, et nous souhaitons juste que ce ne soit pas des périodes de modes dans le sens de vagues temporelles ou de saisons. Il est plus difficile de monter et plus facile de chuter.

Propos recueillis par
Aïda BOUAZZA

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc