Evénement

Maths & Sciences : Catastrophiques performances, encore…

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4908 Le 30/11/2016 | Partager
Les élèves marocains aux dernières places du classement TIMSS 2015
39% des élèves de 4e année du primaire n’atteignent même pas le niveau «bas» en maths
A peine 14% de ceux de 2e année du collège décrochent la moyenne
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Même si leur rendement reste inférieur à la moyenne internationale, pour cette édition, les élèves marocains de 4e année du primaire ont amélioré leur score en maths, alors que leur niveau était en chute depuis 2003. Avec 43 points gagnés, ils ont réalisé la meilleure progression parmi les 21 pays ayant avancé. Lueur d’espoir?

Les résultats étaient prévisibles. Le Maroc est, encore une fois, très mal classé dans l’enquête TIMSS évaluant les acquis des élèves en matière de mathématiques et de sciences. En 2011, il était avant-dernier sur la totalité du classement rassemblant 52 pays. Difficile donc de s’attendre à une grande percée en seulement 4 ans. Pour l’édition 2015 de cette enquête, réalisée depuis 1995 par l’Association internationale pour l’évaluation du rendement scolaire (IEA), un léger mieux a été enregistré (voir illustrations) sur les scores obtenus, mais le constat est toujours aussi amer. En matière de mathématiques, les élèves de 4e année du primaire arrivent 47e sur 49 pays participants. Ceux de 2e année du collège se classent 37e sur 39 pays.
En sciences, les élèves de 4e année du primaire sont avant-derniers sur 47 pays. Leurs camarades de 2e année du collège occupent la 36e place sur 39 pays. Un classement peu glorieux, mais à «relativiser», selon le ministère de l’Education nationale, qui a organisé pour la première fois une rencontre avec la presse afin de partager les résultats de l’étude. «Il ne faut pas oublier le niveau avancé de développement des systèmes des pays participants. Nous savions dès le départ que nous nous comparons à des modèles plus évolués. La décision du Maroc de prendre part à l’étude est d’ailleurs courageuse», estime Mohamed Sassi, directeur du Centre national de l’évaluation, des examens et de l’orientation (Cneeo). «Notre objectif est surtout de tirer des enseignements et de disposer d’une base solide pour concevoir des programmes de réforme adéquats», poursuit-il.
Au niveau international, un échantillon de 312.000 élèves et de 20.000 profs a été étudié pour la 4e année du primaire, et de 270.000 collégiens et 31.000 enseignants pour la 2e année du collège. Au Maroc, un échantillon assez conséquent (parmi les plus importants de cette édition) a été pris. Soit 10.428 écoliers et 722 profs pour le primaire, contre 13.035 collégiens et 1.083 profs au niveau du collège. Des groupes ont été sélectionnés dans toutes les académies régionales, afin de déboucher, in fine,

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Avec 384 points en 2015, les collégiens se sont rapprochés du meilleur score jamais atteint en maths, celui de 2003. Là encore, une légère amélioration de niveau

sur des indicateurs régionaux.
Les résultats obtenus sont, sans surprise, en-dessous de la moyenne internationale. En mathématiques, les élèves du primaire, par exemple, atteignent un score de 377 points, alors que la moyenne des pays participants est de 500. Ils ont, cependant, gagné 43 points en 4 ans. Il s’agit là de la meilleure progression parmi les 21 pays ayant enregistré une amélioration de leur performance en 2015. Quelque 41% d’entre eux ont atteint un score jugé bas (400 points), 17% ont obtenu un score moyen (autour de 475 points), 3% seulement ont pu réaliser un score élevé (550 points) et aucun n’a pu atteindre un score avancé (625). Par ailleurs, 39% ont des scores tellement faibles que leurs résultats n’ont même pas été considérés.
Leurs camarades du collège ne font pas bien mieux, avec une note de 384 points (+13 points par rapport à 2011), en-dessous de la moyenne internationale (500 points). Là encore, les performances de 41% d’entre eux ont été jugées basses. 14% ont à peine eu la moyenne et seulement 2% ont réalisé un score élevé. 43% n’arrivent même pas à atteindre le niveau «bas».
En sciences, c’est le même scénario qui se répète, avec des scores en-dessous de la moyenne internationale, que ce soit au primaire ou au collège, malgré un léger bond par rapport à 2011. Au primaire, 42% ont réalisé un résultat insignifiant en sciences, en-dessous de la note jugée «basse». Néanmoins, pour la première fois depuis 1999, date à laquelle le Maroc a commencé à participer à l’enquête Timss, 1% ont pu décrocher un score avancé.
Au collège, le tiers a été écarté de la notation en raison de son faible niveau, et à peine 17% ont atteint la moyenne. Les pays de l’Asie de l’Est continuent d’être les champions du classement, loin devant les pays nordiques. Singapour arrive en tête en maths et sciences, quel que soit le niveau des élèves. Le pays est généralement talonné, en fonction des matières et des classes, par Hong Kong, la Corée, la Chine et le Japon.

Pourquoi en est-on arrivé là?

Si le Maroc campe toujours en bas du classement, c’est d’abord en raison de la médiocrité du système. Mais deux facteurs ont été lourds de conséquences, à commencer par la faible qualification des enseignants. «Ces dernières années, 30.000 nouveaux profs ont été recrutés sans formation préalable», relève de directeur des curricula, Fouad Chafiki. Les 11.000 contractuels que les académies régionales s’apprêtent à embaucher ne dérogent pas à cette réalité… «Le processus de changement des programmes scolaires est également long et complexe.
Ce rythme nous est imposé par la Charte de formation et d’éducation», poursuit Chafiki. Les outils didactiques à la disposition des profs sont ainsi aujourd’hui dépassés. «Nos manuels n’ont pas changé depuis 2005. Cela fait donc 11 ans. Certains datent même de 2002», regrette le directeur des curricula.Ces deux dernières années, quelques réformes ont été introduites. Mais il faudra attendre encore quelques années pour en constater les effets. Le programme de mathématiques a, par exemple, été revu et rapproché du modèle hypothétique d’évaluation de TIMSS en 2014. Auparavant, il n’en couvrait que 30%. Ce nouveau programme n’est rentré en vigueur qu’en 2015. La même année, un deuxième a été introduit pour l’amélioration de la compétence des élèves en lecture. La méthode adoptée depuis le début des années 2000 avait donné de piètres résultats. Pour rappel, les trois quarts des élèves de 4e année du primaire sont illettrés! Une expérience pilote en lecture est actuellement menée auprès de 90 établissements. Elle sera évaluée en mai 2017.
Il reste encore un long chemin à parcourir. Le système ne s’en sortira, cependant, pas si l’on répète les mêmes erreurs. Notamment en matière de recrutement et de qualification des enseignants.

 

 

 

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