Economie

Commerce mondial : Absence de normes, une facture salée

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4906 Le 28/11/2016 | Partager
Les PME doivent s’adapter aux standards pour réduire l’écart de compétitivité
Entretien avec Arancha Gonzalez, directrice exécutive du Centre du commerce international
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Pour Arancha Gonzalez, directrice exécutive du Centre du commerce international, ces standards constituent une opportunité pour les pays et entreprises, car ils peuvent s’en servir pour augmenter la valeur ajoutée de leurs produits  (Ph. Mokhtari)

- L’Economiste: Discret, le Centre du commerce international est pourtant une des rares organisations focalisées sur les PME/TPE. Pourquoi particulièrement ce segment?
- Arancha Gonzalez
: Parce que ces PME/TPE sont en déficit de connaissance et de compétitivité  et qu’elles constituent plus de 80% du tissu économique de n’importe quel pays. Très souvent,  ces PME/TPE sont dans l’informel et ne respectent pas les standards internationaux et ne peuvent donc  pas participer au commerce international. Tout comme, elles n’ont pas accès aux financements. Ce sont là les dimensions de ce que nous faisons au CCI.  Le Centre est une agence fondée il y a 50 ans par les Nations unies et le Gatt à l’époque, remplacé ensuite par l’OMC, pour créer un pont entre les opportunités commerciales négociées par les pays à la fois multilatérales et bilatérales, avec un objectif d’aider les PME à participer au commerce international. Parce que, d’un côté, les  pays notamment en développement estimaient que les négociations n’étaient que de la théorie sans aucun résultat sur le terrain et que les NU souhaitaient, de leur côté, promouvoir le développement.

- Et 50 ans plus tard, voyez-vous un grand changement?
- Dans tous les cas, il y a un véritable changement politique notamment depuis le Brexit en Grande-Bretagne et l’élection de Trump et l’on commence à se poser des questions sur la distribution des bénéfices du commerce international à l’intérieur des pays et les PME sont  devenues le centre d’action de tous les gouvernements.  Dans l’agenda des NU pour 2030, les PME ont une mention spécifique.  

- Quid des obstacles non tarifaires?
- Les tarifs ne constituent en moyenne plus que 5% des obstacles au commerce pour les PME, 8 à 10% dans les pays en développement. En revanche, les standards et règlements sont responsables de 30 à 40% de leurs coûts.  Les entraves non tarifaires au commerce touchent  ainsi deux fois plus les PME que les multinationales.  Et la moitié de ces obstacles sont à l’intérieur des pays. Le Centre pousse au dialogue entre les pouvoirs publics et les opérateurs privés afin d’en démanteler les plus encombrants et pousser les PME vers l’adaptation des normes.
 - Mais, justement, aux yeux de certaines entreprises, ces normes sont plus des contraintes…
- Elles n’ont plus le choix. Les normes standards sont un des leviers pour que les PME puissent se connecter même aux marchés nationaux.  Aujourd’hui, ces normes sont  à la hausse et de plus en plus  exigées par les consommateurs.  Et plus ces exigences augmentent, plus  elles ont un impact sur les exportations des PME.  Pour autant, ces standards constituent une opportunité pour les pays, car ils peuvent s’en servir pour augmenter la valeur ajoutée de leurs produits. Et une des missions du CCI est d’aider les pays en développement à les assimiler.

- Le continent africain est dans une phase de croissance malgré un contexte mondial déprimé. Le futur pourrait amorcer l’accélération du «made in Africa»?
- L’Afrique est le continent qui connaît la plus grande croissance et attise l’intérêt des investisseurs et le fait que le Maroc prenne le leadership de cette initiative est une très juste idée.  Maintenant, il faut passer du branding à l’acte et au décloisonnement des économies de l’Afrique. Je me promène pas mal dans le continent et je peux vous dire que les procédures douanières et les entraves non tarifaires restent encore phénoménales.  Il y a cette initiative de construire une grande zone de libre-échange africaine, mais il faudrait commencer par les petites choses.  Par exemple, que la zone d’intégration de l’Afrique de l’Ouest élimine toutes ces entraves non tarifaires au commerce.
Propos recueillis par
Badra BERRISSOULE

 

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