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Education: Quand les parents se ruent sur une école publique

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4902 Le 22/11/2016 | Partager
Sabaa à Casablanca: Un taux de réussite frisant les 100% et un taux d’abandon nul
Un horaire sur-mesure pour la 1re et 2e année du primaire
Management engagé, ouverture sur des ONG, partenaires impliqués…
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Même si les moyens dont elle dispose sont modestes, grâce à ses partenariats avec des ONG et donateurs, l’école arrive à assurer aux enfants un environnement correct, avec une bibliothèque, une salle multimédia, des activités artistiques et sportives...  (Ph. Jarfi)

Vue de l’extérieur, l’école primaire Sabaa, construite dans les années 70 à El Fida, non loin du lycée l’Hermitage, n’a rien d’exceptionnel. Si ce n’est la couleur ocre de ses murs un peu décrépis. Mais derrière sa façade vieillie, se cache un véritable îlot d’excellence. Un établissement vers lequel des parents se bousculent chaque année pour y inscrire leurs enfants. Avec un taux de réussite qui frise les 100%, un taux d’échec et un taux d’abandon nuls, Sabaa se classe parmi les meilleurs établissements de Casablanca. Les deux tiers de ses élèves obtiennent une note supérieure à 6,5/10. La meilleure moyenne va jusqu’à plus de 9/10.  Curieux pour une école publique, pourrait-on se dire. Mais elle est loin d’être la seule. Des exceptions, qui hélas confirment la règle, existent. Quel est donc son secret?
A notre arrivée à l’école, sa directrice, Habiba Essawti, une dame souriante et pétillante, nous accueille chaleureusement. Elle nous ouvre les portes de son école, et aussi son cœur. «Ici, nous gérons la misère», nous confie-t-elle d’entrée de jeu. Le discours est direct et sincère. Pas question de se mettre dans la peau de la fonctionnaire qui cherche à plaire à son administration centrale à travers des slogans  tout faits pour les médias.
De la misère au niveau des effectifs, des compétences, des infrastructures, des moyens financiers... Cette année, à l’instar de la majorité des établissements publics, les effectifs en classe explosent à Sabaa. Les salles de cours accueillent entre 38 et 44 élèves. Au total, 6 enseignants encadrent 238 enfants, dont la quasi-totalité est issue de milieux défavorisés. Des enfants dont les parents exercent des emplois précaires ou sont au chômage, et dont les mamans sont souvent celles qui assurent l’essentiel des revenus des familles.
Le corps pédagogique est vieillissant, avec des profs qui ont tous dépassé la cinquantaine. Le bâtiment contient 6 classes, dont deux sont fermées, car leurs toits sont perméables à l’eau de pluie. L’école est bien inscrite dans le programme national de réhabilitation des établissements scolaires. Cependant, les procédures sont longues et elle risque d’attendre encore longtemps avant d’être remise à niveau.
Les moyens mis à la disposition de l’école sont pauvres, mais c’est sans compter sur la détermination de la directrice qui défie «la misère», au quotidien. A l’entrée, par exemple, où les photos de tous les rois de la dynastie alaouite sont accrochées, une estrade de fortune est montée pour les répétitions théâtrales. Les murs sont habillés de fresques peintes gratuitement par des étudiants des Beaux-arts, avec la participation des élèves. Le pinceau d’un ancien détenu de Tazmamart est également passé par là. Le petit établissement contient une salle qui fait office de bibliothèque, ainsi qu’une deuxième contenant du matériel informatique. Dans la cour de récréation goudronnée, avec cela dit quelques arbres, se trouvent deux petits panneaux de basket-ball, deux buts de football et quelques corbeilles. Des tables cassées, repeintes et recyclées en bancs, y sont également disposées. Les classes sont, par ailleurs, joliment agrémentées.
Les élèves sont disciplinés, peut-être même un peu trop. Lors de notre visite dans les classes, ils nous accueillaient en se levant et nous lançant un bonjour collectif. Durant nos discussions avec leurs profs, ils se taisaient. Pas le moindre chuchotement ou la moindre chamaillerie.
L’école Sabaa, qui mène une expérience pilote depuis maintenant deux ans dans le cadre des mesures prioritaires du ministère de l’Education nationale, adopte un emploi du temps particulier. Les enfants de première et deuxième année sont soumis à un horaire continu de 8h à 13h, avec deux récréations de 10 minutes. Une première à 10h15 et une deuxième à 11h30, où ils peuvent grignoter un goûter plus ou moins consistant. Durant ces pauses, ils ne sont pas mélangés avec leurs camarades plus âgés. Ces derniers suivent, pour leur part, un horaire différent, de 8h à 11h la matinée, et de 14h à 16h45 l’après-midi. «Grâce à cet horaire de la demi-journée, nous gardons les enfants éveillés et nous avons très peu d’absences», relève Habiba Essawti. Avant, il était très difficile de garder les tout-petits éveillés l’après-midi. Certains finissaient par dormir en classe. Beaucoup d’écoles primaires souffrent d’ailleurs de ce problème. «C’est contre la nature des enfants, ils se fatiguent et se lassent rapidement», explique la directrice de Sabaa. L’expérience s’est révélée concluante, et pourrait bientôt être généralisée à l’échelle régionale, puis nationale.
Aux yeux de l’Education nationale, et des parents, Sabaa est un établissement exemplaire. Pourtant, il ne bénéficie d’aucun privilège, loin de là. Il souffre de tous les travers du système. Toutefois, l’école jouit d’un avantage de taille, une directrice entièrement investie dans sa mission. Dans l’administration, qui se résume en fait à un bureau, Habiba Essawti est seule, avec un agent de service (un chaouech). Tout repose donc sur ses épaules. La gestion administrative et comptable, la gestion des urgences, des relations avec les parents, des activités pédagogiques et parascolaires,… La directrice rejoint son école chaque jour vers 7h15 du matin, et ne la quitte que vers 18h ou 19h. Mobilisée sur tous les fronts, elle ne dispose pourtant pas d’un logement de fonction lui permettant d’être tout le temps sur place, prête à parer aux urgences. Essawti, connaît pratiquement tous les élèves de son  établissement, avec leur nom, leurs conditions familiales et leurs particularités. Comme ces deux frères dyslexiques, cette fillette atteinte d’un cancer du sang, cet enfant gâté dont les parents sont démissionnaires, ou encore ce garçon joyeux qui pose tout le temps des questions. Ses enseignants, elle les traite d’abord comme des collègues, mais elle n’hésite pas à sanctionner ceux qui ont pu faillir à leur mission. Avec les parents d’élèves, elle tient à établir un contact permanent. A la fois pour  trouver des solutions aux problèmes rencontrés par leurs enfants, et pour les impliquer dans l’organisation des activités culturelles, artistiques et sportives. Et ils le lui rendent bien, la majorité répondent toujours présent. La directrice veille aussi à ouvrir l’école sur son environnement. Des partenariats ont été établis avec plusieurs ONG (La fondation Mjid, Cobaty international, Al Maa, Amames,…).
«Quand j’étais enseignante, je me disais toujours, que pourrais-je apprendre à mes élèves s’ils ne m’aiment pas. Notre modèle marche mieux parce que les élèves nous aiment et nous font confiance. Les parents aussi nous apprécient et nous respectent», estime Habiba Essawti. «Nous ne faisons, par ailleurs, pas de distinction entre les parents. Tous sont traités sur le même pied d’égalité, quelles que soient leurs conditions», poursuit-elle.
Les enfants sont, également encouragés. Dans les murs des classes et de la bibliothèque, l’on peut voir les noms et les photos de ceux qui ont réussi à obtenir les meilleures notes de l’établissement.  
Le secret de la success story de l’école Sabaa est d’abord lié à son management dynamique et engagé. Une gestion professionnelle, c’est ce qui manque cruellement à nos écoles. L’année dernière, pour la première fois, une expérience de formation initiale de directeurs d’écoles a été menée à Casablanca. Et il était temps!

Deux bénévoles sauvent 2 classes

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L’une est ancienne directrice d’école à Casablanca retraitée et l’autre est comptable, actrice associative, habitant à Mohammedia. Les deux se déplacent chaque jour, à leurs propres frais, à l’école Sabaa à El Fida, pour assurer gratuitement les cours d’une classe de 1re année (37 élèves) et d’une deuxième de 2e année (42 élèves). Elles comblent le déficit causé par des départs d’enseignants non remplacés. Selon les mamans d’élèves que nous avons rencontrées, ce sont elles qui ont sauvé leurs enfants. Sans elles, ils seraient restés à la maison, le temps que le ministère affecte des postes à l’école. Le déficit de profs, essentiellement dû aux départs à la retraite non remplacés et au défaut de gestion prévisionnelle de la tutelle, n’a jamais été aussi critique que cette année.

Toilettes: Le point noir!   

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Des toilettes salles dénuées de chasses d’eau, une odeur nauséabonde, des cafards,… L’état des toilettes de l’établissement est horrifiant. Pourtant, ce n’est pas faute de volonté de la directrice de les réhabiliter. Mais elle n’y a pas été autorisée. Elle a même eu beaucoup de mal à construire un mur de séparation entre les cabines des filles et des garçons, lorsque l’école, auparavant réservée aux filles, est devenue mixte en 2008-2009. «Pour moi c’est une urgence», confie-t-elle. Aux yeux du ministère, il s’agit là d’un chantier de «gros œuvres» qui doit être inscrit dans le cadre du programme national de réhabilitation des écoles. Pas question donc d’y toucher. Sauf que les procédures administratives prennent beaucoup de temps. En attendant, les enfants continuent de subir l’état infect des toilettes de leur école, qui ne peut pas non plus se payer les services d’une société d’hygiène, faute de moyens.

 

 

 

 

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