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Evénement

Eviter le syndrome de Copenhague

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4898 Le 15/11/2016 | Partager
Et s’assurer que les engagements de l’Accord de Paris profitent bien à l’Afrique
Le continent doit rester uni et surveiller de près les résultats
Pour mobiliser des crédits internationaux et les financements
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Pour Lionel Zinsou, économiste franco-béninois, ex-premier ministre du Bénin et ex-candidat aux présidentielles du Bénin, il n’y a pas que les pays qui ne tiennent pas leurs engagements de donner, il y a aussi ceux qui ne sont pas forcément en état de les recevoir
(Ph. Bziouat)

Eviter les syndromes de Copenhague et de Kyoto. C’est ce à quoi devra veiller l’Afrique, estime Lionel Zinsou, économiste franco-béninois, ex-premier ministre du Bénin, ex-candidat des présidentielles du Bénin et personnalité très connue des milieux bancaire et financier au Maroc. A Kyoto, les fonds ont été consommés par les pays émergents, et pas du tout par l’Afrique alors qu’ils lui étaient destinés. Au Danemark en 2009, les engagements pour l’Afrique avaient été pris, et paradoxalement le continent n’a pas reçu plus de concours pour s’adapter à la transition énergétique, mais au contraire a enregistré moins d’aides publiques au développement.
 
- L’Economiste: L’atténuation et l’adaptation restent le leitmotiv de la COP22. Pensez-vous réellement que cette fois-ci, c’est le bon moment pour le continent africain?
- Lionel Zinsou:
Complètement. Lors de la COP21, les pays africains s’étaient pour la première fois unis et avaient parlé d’une seule voix en conditionnant leur signature du traité en cours de négociation (ndlr: qui donnera lieu à l’Accord de Paris) à des mesures concrètes pour les énergies en Afrique, et de façon générale, pour financer l’adaptation. Du coup, l’Afrique a bénéficié d’une vraie priorité, et des engagements internationaux de ressources sans précédent ont été pris pour le continent. Donc aujourd’hui à Marrakech, il s’agit de savoir ce qui a été fait et s’il y a eu des progrès depuis un an. A Kyoto, la COP qui était associée à des mécanismes de financement destinés aux pays les plus pauvres fondés sur le prix du carbone et la contribution des pays industrialisés avait débloqué des fonds mais qui ont été consommés par les pays émergents et pas du tout par l’Afrique alors qu’ils lui étaient destinés. Le monde se souviendra toujours de la conférence de Copenhague durant laquelle des engagements pour l’Afrique avaient été pris mais jamais tenus. Le continent n’a pas reçu plus de concours pour s’adapter à la transition énergétique, mais au contraire a enregistré moins d’aides publiques au développement. Un vrai paradoxe!
 
- Comment faire en sorte que les engagements promis soient une réalité pour Marrakech?
- Juste une précision, il n’y a pas que les pays qui ne tiennent pas leurs engagements de donner, il y a aussi ceux qui ne sont pas forcément en état de les recevoir. Accéder aux financements demande beaucoup d’efforts. Ce qui a été beaucoup plus facile pour l’Inde, la Chine, le Brésil ou le Mexique, qui ont une capacité très forte à mobiliser des crédits internationaux. Ce sont des pays qui, depuis 1945 et les accords de Bretton Woods, profitent de très loin des concours de la Banque mondiale. Le problème est que lorsque vous êtes un parent pauvre, vous n’avez pas les moyens d’accéder à l’aide pour les pauvres.
 
- Avec l’hostilité du nouveau président américain aux efforts climatiques, ne risque-t-on pas un retour en arrière?
- Trump n’est en effet pas partisan de respecter le traité, ce qui fait une difficulté supplémentaire à la conférence de Marrakech. Alors que durant la COP21, un grand progrès avait été réalisé puisque la Chine, l’Inde et les Etats-Unis, qui étaient hostiles à cette gouvernance internationale du climat, s’étaient complètement révélés à Paris en rejoignant la communauté internationale. Maintenant, on reperd les USA, et on aura probablement une demi-réussite comme ce qui avait été fait à Kyoto.
 
- Face à cela, comment doivent réagir les pays africains?
- Rester unis. Il était très important que la conférence se tienne en terre africaine car tous les regards sont de fait tournés vers le continent. Cela permet de montrer également les efforts d’adaptation accomplis, comme ceux du Maroc qui s’inscrit comme le pays record du monde de la contribution des énergies renouvelables, au mix énergétique d’ici 5 à 10 ans. Le triple A par exemple est une initiative qui clairement fait bouger les lignes, en montrant que la transition est possible. Sa Majesté réunit les chefs d’états africains pour solidairement rappeler au monde qu’il faut les écouter, les respecter et suivre les engagements sur les financements au développement.
 
- Y a-t-il un modèle à suivre pour l’Afrique qui doit faire aussi face à une urbanisation et des besoins en énergies pour ses infrastructures et son industrie?
- Impossible! Ce qu’il faut savoir est que ce que l’Afrique doit faire, aucun autre état n’a eu à le mener. Loger dans la ville 500 millions de gens de plus dans 30 ans est tellement énorme. Les européens ont mis des milliers d’années pour être aujourd’hui 500 millions! Et personne ne peut nous donner de modèles ou de leçons car personne n’a jamais réalisé cela en si peu de temps.
 Propos recueillis par
Badra BERRISSOULE

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