Evénement

Un grand projet de résilience climatique à Settat

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:4898 Le 15/11/2016 | Partager
Il est financé par le Fonds mondial pour l’environ- nement
Son coût est de 5 millions de DH
Premiers résultats satisfai-sants pour 400 petits agriculteurs

Ils sont quelque 400 petits agriculteurs de la région de Settat à bénéficier d’un grand projet de résilience climatique. Celui-ci est financé par le Fonds mondial pour l’environnement et administré par la Banque mondiale. Une visite au site du projet a été organisée dimanche dernier pour la presse étrangère accréditée à la COP 22. Une vingtaine de journalistes venus d’Angleterre, des Etats-Unis, du Japon, d’Afrique du Sud, de Chine, d’Italie, de Belgique, de Suisse, de France ont ainsi pu constater sur le terrain les premières retombées sur les agriculteurs de la région. Ces derniers leur ont fait part des résultats plus que satisfaisants du recours au semis direct.
Les bailleurs de fonds du projet, qui a coûté plus de 5 millions de DH, sont la Belgique, la Suisse et le Japon. Des représentants de ces pays ont accompagné la délégation de journalistes étrangers venue de Marrakech.
Les présidents des 6 associations de petits fellahs de la région qui ont bénéficié des apports du projet leur ont fait part de leur entière satisfaction. Ils ont pu réduire leurs charges inhérentes au labour des sols avant les semences. Un gain qui se chiffre entre 500 et 700 DH/ha. De plus, les semis passent facilement de deux quintaux à 80 kilos par hectare. Donc une réduction immédiate des coûts. En outre, les rendements des terres ont été améliorés de près de 30%. Durant la campagne céréalière 2015-2016, le rendement a atteint 25 quintaux par hectare malgré la sécheresse qui a sévi au cours de cette année. Ce qui n’est pas rien dans une région où la céréaliculture prédomine encore. On estime ainsi que, globalement, les revenus des petits agriculteurs utilisant le semis direct ont été améliorés de 15%. Sans oublier la stabilité du rendement et la réduction des effets de serre. Soit donc des externalités et des services environnementaux qui génèrent eux aussi des revenus certes immatériels, mais inestimables vu leur impact positif sur l’environnement. D’ailleurs, de nombreux petits fellahs ont fait le déplacement pour se renseigner sur la possibilité de bénéficier eux aussi du projet. Il leur a été simplement demandé de se regrouper dans le cadre d’associations, condition sine qua non pour faire partie des bénéficiaires.
Le projet, qui concerne déjà pas moins de 4.000 hectares, est appelé à en couvrir 20.000 d’ici 2020. Il est destiné à atténuer des effets climatiques sur l’agriculture dans cette région. Il a consisté à doter chaque association d’un semoir pour le semis direct. Quand il a été lancé, les bénéficiaires ont également reçu les intrants (semences sélectionnées, engrais et fertilisants).  
Toutefois, de sérieuses contraintes empêchent encore le développement à grande échelle et la généralisation du semis direct. D’abord, le semoir. On n’en trouve pas encore sur le marché national et il faut le commander à l’étranger, notamment en Espagne. L’opération prend du temps car la livraison ne peut être effectuée que dans un délai d’un an à 18 mois.
En effet, la faiblesse de la demande n’encourage pas l’offre. Certes, il y a une demande mais elle reste encore timide, estime Mohamed Boughlala, agroéconomiste et chef du service recherche et développement à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Settat. Ce dernier a également indiqué, à L’Economiste, que deux prototypes de semoirs ont été développés au Maroc et coûtent à qualité égale beaucoup moins cher que ceux importés de l’étranger. Le prix du semoir ne dépasse guère 100.000 DH et il bénéficie du soutien de l’Etat à hauteur de 50% dans le cadre du plan Maroc Vert. Toutefois, l’offre en semoirs gagnerait beaucoup si les autorités compétentes intervenaient directement en dotant des associations de petits fellahs à travers le Maroc de 100 à 200 semoirs. L’offre ainsi boostée va générer, à n’en point douter, une demande conséquente.
Autre contrainte: cette technologie exige un savoir-faire que le petit fellah n’a pas. Aussi, des formations sur l’utilisation des semoirs et leurs réglages doivent leur être dispensées. Figure également le traitement des pousses d’herbes qui apparaissent généralement juste après les premières pluies. En effet, il ne faut utiliser les semoirs pour le semis direct qu’une fois les sols traités et débarrassés de ces herbes. Il ne faut pas non plus hésiter à pratiquer la rotation des cultures. La technologie du semis direct exige une bonne gestion de l’alternance des cultures. Une pratique qui a tendance à disparaître à cause de l’exode rural qui provoque systématiquement un manque de main-d’œuvre agricole.

Un semoir bien marocain

Une entreprise a conçu et développé un semoir marocain. Il représente la première génération des prototypes de semoirs destinés au semis direct. Proposé à bas prix (entre 80.000 et 100.000 DH), il est simple d’usage, sans technologie compliquée: un soc ouvreur trace un sillon d’une largeur de 3 à 7 cm où sont déposés engrais et semences. Ces derniers sont distribués au rythme d’avancement du tracteur. Un dispositif de recouvrement referme le sillon. Cet appareil est capable de semer tous les types de graines (blé, orge, pois chiche, lentilles, pois…). Reste à encourager sa production.

 

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