Evénement

Financement climat: Jouahri mobilise ses troupes!

Par Safall FALL | Edition N°:4898 Le 15/11/2016 | Partager
35 milliards de dollars à trouver d’ici 2030 pour les objectifs du Maroc
Banques, assurances, marché des capitaux…La feuille de route du secteur financier
Sur le marché local, ça passera d’abord par la multiplication des produits spécialisés
financement_climat_098.jpg

Abdellatif Jouahri avertit: un rapport d’étape annuel, sous sa supervision, permettra de faire le suivi de l’exécution de la feuille de route (Ph. Bziouat)

Ce n’est qu’une feuille de route pour le moment. Mais elle a tout de même le mérite d’offrir une visibilité inédite sur la contribution du secteur financier marocain, dans ses composantes institutionnelles et privées, au financement des atteintes des objectifs climat du Maroc. Une idée qui en dit long sur ce qui attend les acteurs du secteur. Le Royaume devra en effet trouver quelque 50 milliards de dollars pour réaliser ses engagements climat d’ici 2030 (Contribution déterminée au niveau national, NDC). Sur ce montant, 35 milliards sont conditionnés par l’accès à des financements verts. L’objectif, rappelons-le, est de réduire de 42% les émissions de gaz à effet de serre. Hier, lundi 14 novembre, c’est devant un parterre extrêmement riche -au sens propre et figuré- qu’Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib et coordonnateur institutionnel du pool d’acteurs qui a travaillé sur ce programme, a présenté les grandes lignes de cette feuille de route. Sa déclinaison nationale s’articule autour de cinq axes majeurs. Le premier est plutôt d’ordre opérationnel: «Le développement d’instruments et de produits financiers durables». Banques, compagnies d’assurances et opérateurs du marché des capitaux s’engagent donc à proposer des ressources vertes diversifiées et stables sur le moyen et long terme. Là, le package devrait porter sur la multiplication des véhicules d’investissement verts, à travers notamment l’émission de green bonds. Deux institutions ont déjà fait le pas. Masen et BMCE Bank Capital ont récemment levé à elles seules un total de 170 millions de dollars en émissions vertes. Le même jour, quatre conventions ont été finalisées, rentrant justement dans ce contexte. L’une d’elles porte sur la création du Fonds africain d’efficacité énergétique, d’un montant initial de 200 millions de DH, porté par Attijariwafa bank, la SIE, l’espagnol Suma Capital et un pool d’investisseurs institutionnels marocains. Ce fonds devrait rapidement monter à 500 millions de DH.
L’épargne se mettra aussi au vert. Des produits devront être conçus et lancés par les banques pour la mobiliser auprès des particuliers. Les assurances aussi sont concernées via des produits d’épargne-retraite dont les primes seront placées dans des actifs verts. Pour garantir la mobilisation générale, BAM promet de mettre en place des solutions de refinancement des prêts octroyés par les banques aux projets verts. Une attention particulière sera accordée aux PME/TPE.
Le second axe majeur de la stratégie du secteur porte sur l’implémentation d’une gouvernance fondée sur les risques socio-économiques environnementaux. L’idée est de s’assurer que les bons capitaux iront vers les bons projets, et dans les meilleures circonstances. «Il s’agit pour les régulateurs de s’assurer que les ressources vertes mobilisées soient effectivement allouées à des actifs éligibles», explique le gouverneur de BAM. Cette approche sera déclinée chez les acteurs eux-mêmes via une cartographie des risques. Les banques, assurances et sociétés de gestion d’actifs devront aussi examiner leur propre portefeuille en vue de quantifier leur empreinte carbone ainsi que celle des actifs qu’elles détiennent.
 La feuille de route prévoit aussi, en 3e axe, la «promotion de l’inclusion financière en tant que vecteur du développement durable. Sur ce chantier, le wali de BAM compte sur l’appui de l’Alliance pour l’inclusion financière à laquelle le Royaume a adhéré depuis 2010. Enfin, les 4e et 5e axes regroupés concerneront le renforcement des capacités dans le domaine de la finance durable, ainsi que de la transparence et de la discipline de marché. Les acteurs du secteur ont un rôle de sensibilisation et d’éducation des opérateurs économiques aux préoccupations environnementales, sociales et durables.

La composante Afrique

La feuille de route marocaine intègre aussi une dimension régionale. «Il y a un vrai déficit de mobilisation des financements pour les pays du Sud.  L’Afrique n’arrive à mobiliser que 3 milliards de dollars sur des besoins de 5 à 10 milliards par an. Le gap est encore énorme», déplore Nizar Baraka, patron du Comité scientifique de la COP22. Au menu, figure notamment le renforcement des échanges et des interconnexions entre marchés et acteurs financiers du continent. En marge du Sommet de Marrakech justement, deux plateformes internationales portées par Bank Al-Maghrib et l’Autorité marocaine du marché des capitaux seront lancées. Par ailleurs, Casablanca Finance City (CFC) compte aussi se positionner en hub dans le domaine de la finance climat afin de participer à la mobilisation des ressources. S’y ajoutent les 100 millions de dollars investis par BAM dans les green-bonds de la Banque mondiale pour financer des projets verts dans les papiers.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc